Santé | 4 mai 2020

Olivier Mares : « Le confinement a aggravé certaines pathologies »

De Emmanuel Razavi
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Depuis le début de la pandémie, les personnels des hôpitaux publics font face à des réalités différentes selon les régions. Alors qu’une grande partie d’entre eux s’apprêtent à retrouver une activité normale en raison du déconfinement annoncé, nous avons demandé à Olivier Mares, chirurgien orthopédiste et traumatologue au CHU de Nîmes, de nous livrer sa vision de la situation. 

                                                                              Entretien conduit par Emmanuel Razavi

GGN : Vous avez travaillé en zone de conflit, notamment à Gaza. Pourquoi la crise du covid n’est-elle pas comparable à une situation de guerre ?

Olivier Mares : En temps de guerre, le stress est permanent, il n’y pas de certitude d’avoir de la nourriture, les réseaux d’eau et d’électricité ne fonctionnent plus. Durant cette crise, L’ensemble des structures du quotidien sont toujours préservées grâce au travail de toutes les personnes ``invisibles´´, dont le courage est à souligner, tout autant que celui des soignants en première ligne.

GGN : D’un côté, on entend dire que le covid va disparaître avec l’été. De l’autre, qu’il faut attendre un vaccin pour le vaincre. Qu’est-ce qui vous apparaît le plus réaliste ?

Olivier Mares : Je ne suis pas expert, je ne me permettrai pas de commenter un sujet très complexe. Je pense que l’évolution après le déconfinement nous apportera des réponses. La problématique de cette crise est la volonté d’avoir des certitudes qui rassurent, mais nous n’avons aucune certitude sur cette épidémie. De plus chaque jour apporte son flot d’informations nouvelles, les connaissances à son sujet évoluent. L’essentiel est de disposer d’un système sociétal, qui s’adapte au fur et à mesure des données qui sortiront. Le bilan de cette crise ne pourra se faire que dans un an et demi, lorsque les chiffres épidémiologiques fiables seront connus.

GGN : A-t-on raison de vouloir déconfiner le 11 mai ? Comment cela va-t-il se passer ? A quoi s’attendre ?

Olivier Mares : Eu égard à l’évolution de cette crise sanitaire, il est logique de déconfiner car la tension diminue et comme le montrent les derniers chiffres de l’Insee, le confinement a même entraîné une sous-mortalité sur un tiers du territoire français. Les modalités de déconfinement seront à adapter par le gouvernement, mais les mesures barrières restent une protection fondamentale à respecter par chacun d’entre nous.

GGN : Quelle est la réalité des hôpitaux face à la crise ? Sont-ils tous logés à la même enseigne, d’une région à l’autre ? Qu’est ce qui a fait défaut aux plus démunis ? Que faut-il améliorer ?

Olivier Mares : Comme on le voit sur les cartes, les situations sont diverses, ce qui a induit une entraide entre les établissements. Le confinement a permis de réduire l’impact sur les établissements de l’ouest et du sud évitant un débordement comme l’ont connu nos collègues d’Alsace et de la région parisienne. Le premier manque est celui de l’information: peu, voire aucun spécialiste n’a prévu cette épidémie, ce qui n’a pas permis d’en prendre la mesure, ni son ampleur. Ensuite, il faudra se poser la question de la dépendance économique vis à vis de certains matériaux médicaux pour éviter le manque d’approvisionnement, et revoir le plan pandémie.

GGN : Pourquoi doit-on craindre de nombreux décès de personnes atteintes d’autres pathologies que le covid?

Olivier Mares : Le covid n’a pas arrêté les autres maladies et le confinement a aggravé certaines pathologies. Nos confrères cardiologues et neurologues revoient des scènes cliniques qui avaient presque disparues. L’ensemble des structures de soins privées et publiques se sont toutefois organisées pour assurer les soins dans de bonnes conditions, quel que soit le statut infectieux. Il ne faut absolument pas renoncer aux soins nécessaires.

GGN : Le CHU de Nîmes où vous exercez semble avoir bien géré la réponse à la pandémie, tant sur le plan médical qu’administratif, sans jamais être débordé. En quoi son organisation est-elle être inspirante?

Olivier Mares : Bien évidemment, nous n’avons pas eu à affronter une vague similaire à celle qui a touché l’île de France ou l’est de la France, mais il faut féliciter nos équipes d’urgences, d’anesthésie réanimation, de gériatrie, d’infectiologie ainsi que l’ensemble des personnels non soignants (du technicien de surface au directeur) qui ont mis en place un système pour prendre en charge les malades qui sont arrivés tout en maintenant un service minimum. Après, de nombreux personnels ont été mutés dans les différents services au prix de contraintes personnelles et familiales importantes. Je crois que comme dans chaque structure, il y a eu pour la plupart un immense élan de solidarité et de volonté d’entraide, que ce soit de la part du personnel hospitalier ou d’initiatives spontanées venant aussi bien de particuliers que de sociétés. En terme d’organisation, la réactivité et l’adaptabilité sont à mon avis les deux mesures les plus importantes à prendre en compte, et cela plus encore pour l’après crise, avec le redémarrage des soins et des files d’attentes qui seront nombreuses après ces huit semaines de confinement. L’effort ne fait que commencer pour reconstruire notre avenir et retrouver le plaisir de vivre.

05/05/2020 - Toute reproduction interdite


Une patiente pratique des exercices de rééducation avec la kinésithérapeute Céline Pytlak à l'unité post-COVID-19 du Centre Hospitalier de Bligny à Briis-sous-Forge, le 29 avril 2020
Benoit Tessier/Reuters
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