Cette semaine, au 7e symposium naval de l’océan Indien, sur l’île de la Réunion, la marine française proposera à ses homologues riveraines des coopérations concrètes en matière de sécurité maritime, de lutte contre les trafics, d’intervention au profit des populations touchées par des désastres naturels. Une manière habile d’affirmer son leadership dans cette zone devenue stratégique.

Par Mériadec Raffray.

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« Observer, alerter, agir ». C’est le triptyque que l’amiral Pierre Vandier, le patron de la Marine nationale, va s’employer à valoriser auprès de ses homologues lors de la 7e édition du Symposium naval de l’océan Indien (nom de code abrégé en anglais : « IONS »). Ce sommet diplomatique se tient cette semaine à l’île de la Réunion. Française depuis 1642, ce caillou volcanique émergé à 1 000 km au large de Madagascar, au cœur d’un espace liquide recouvrant 20% du Globe, borde une cinquantaine d’États accueillant 35% de la population mondiale. Pour la première fois depuis la création par l’Inde en 2008 de cette instance de dialogue et d’échange entre les marines militaires riveraines, la France en prend la présidence pour deux ans. Durant quatre jours, à l’hôtel Lux de Saint-Gilles-les-Bains, au bord du splendide lagon de l’Hermitage, sur la côte ouest de l’île tropicale, ses 25 membres et ses 8 observateurs (dont certains à distance, Covid oblige) travailleront ensemble une série de sujets consensuels. L’unanimité est la règle pour ses décisions, mais cela n’empêchera pas la France de défendre des propositions concrètes avec de bonnes chances de succès.

Dans cette enceinte où se côtoieront l’amiral iranien Hossein Khanzadi et son homologue saoudien ou encore les frères ennemis indiens et pakistanais, le tout sous le regard attentif des observateurs russes et chinois, il ne sera bien sûr pas question d’évoquer la guerre contre le terrorisme. Au menu : la lutte contre les pollutions, le pillage des ressources naturelles, les risques climatiques et environnementaux. Autant de sujets qui sollicitent de plus en plus les marines riveraines et sont générateurs « d’inclusion et de stabilisation », parie le stratège-diplomate Vandier. Qui, par la méthode « tipa-tipa » (les « petits pas », en créole), explique son entourage, veut transformer IONS en un « outil opérationnel » au service de ces missions. Le patron de la marine française caresse en effet l’ambition de conclure ce sommet par des avancées concrètes dans trois domaines favorisant la coopération et la paix : la sécurité et le partage de l’information maritime, l’assistance aux populations en détresse.

Très concrètement, la France va proposer l’organisation dès 2022, pour la première fois sous l’égide neutre et consensuelle de l’IONS, d’un exercice naval d’ampleur d’assistance aux populations en détresse. Avec l’Inde, son allié stratégique, elle s’engage à fournir le gros des moyens, dont un porte-hélicoptère amphibie. Elle militera également pour l’extension du réseau des centres de diffusion et de partage de l’information maritime en temps réel dans la zone, sur le modèle du Mica Center créé à Brest en 2016. Tous les armateurs et les compagnies maritimes françaises sont abonnés à cette structure favorisant les échanges d’information au niveau mondial pour pouvoir faire face aux menaces. Connecté aux centres qui surveillent le Golfe de Guinée et la corne de l’Afrique, où la piraterie est historique, le Mica Center est a aussi en relation avec les quelques centres couvrant déjà l’océan Indien : Singapour, New-Delhi, les Seychelles, Madagascar. « Il faut bien sûr renforcer ce réseau et faire en sorte que les autorités et les acteurs privés du commerce mondial s’y abonnent », expliquent les marins.

Le lieu privilégié des nouvelles démonstrations de puissance navale

En quelques années, l’importance stratégique de l’océan Indien a décuplé. C’est du reste le lieu privilégié des actuelles démonstrations de puissance navale. La zone draine 60% du trafic des hydrocarbures, 40% des containers et l’essentiel du flux des produits agricoles et alimentaires. Le trafic maritime grossit tout particulièrement dans le canal du Mozambique, nouveau bassin de production du gaz naturel liquéfié, dont la consommation explose, et au large de la Réunion, où passe la route (11 000 navires par an) reliant le Cap de Bonne Espérance à l’Asie. Réserve de pêche pour les flottes du monde entier, l’océan Indien voit cette richesse vitale pour certains riverains menacée de disparition par la surexploitation et les prises illégales ; en cinq ans, le pillage du calamar, une espèce clé pour l’équilibre de l’ensemble, a bondi de 800%. Quant aux événements naturels liés au dérèglement climatique, ils affectent un nombre croissant de riverains.

Grâce à son positionnement, la France est aujourd’hui en mesure « d’engager un bâtiment de combat ou un avion en moins de 24 heures dans n’importe quelle zone de l’océan Indien », assure l’amiral Vandier. D’Abu Dhabi aux Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), en passant par Djibouti, La Réunion et Mayotte, 4 000 militaires, dont 800 marins, y sont basés en permanence. Ils assurent la sécurité d’un million d’habitants et veillent sur les richesses du tiers de sa zone économique exclusive. Signe des enjeux transversaux du dialogue qui aura lieu cette semaine à l’hôtel Lux, des instances comme l’Observatoire du climat ou l’Organisation maritime internationale (OMI), y seront représentés.

27/06/2021 - Toute reproduction interdite


Allocution de l'Amiral Pierre Vandier, Chef d'Etat-Major de la Marine, sur la base opérationnelle de l'Île Longue, le 4 septembre 2020.
© Olivier le comte/Marine nationale/Armées
De Meriadec Raffray