Le Docteur Cyril Gauthier est médecin nutritionniste à Dijon. Il brise les idées reçues sur les aliments qui feraient maigrir et nous explique les bonnes habitudes à prendre comme celles dont nous devons nous défaire pour avoir une alimentation équilibrée !

Entretien conduit par Marie Corcelle.

Fild : On parle toujours d’aliments qui font maigrir et qui auraient des vertus pour perdre du poids. Pourquoi est-ce une légende ?

Dr Cyril Gauthier : Chimiquement, dès que nous mangeons un aliment, nous acquérons obligatoirement des calories. À partir de ce constat, un aliment ne fera jamais maigrir. Certains peuvent faire moins grossir, mais c’est une question de densité énergétique, soit le nombre de calories que nous aurons pour un volume. Plus un aliment est dense, plus il apportera de calories pour un faible volume, avec un rassasiement qui sera moindre.
Tout ce qui est artichaut, ananas, citron, graines de chia sont de bons aliments, mais ils n’ont aucune vertu magique d’amaigrissement ou de brûleur de graisses.
On dit par exemple que l’ananas fait maigrir. Il comprend une enzyme, la broméline, censée dégrader les graisses. Mais c’est faux, la broméline dégrade les protéines. Lorsque cette enzyme arrive au contact de l’estomac, elle est détruite par l'acidité et elle n’est contenue que dans la tige et pas dans le fruit… À partir de faits plus ou moins scientifiquement fiables, on en fait un produit miracle.

Fild : Y- a -t-il certains aliments à combiner ou associer avec d’autres et des habitudes à prendre pour respecter correctement les besoins caloriques du corps ?

Dr Cyril Gauthier : Il faut prendre en compte deux choses : la qualité et la quantité. Pour la qualité, il faut manger varié, équilibré, et éviter les produits transformés. Plus on cuisine, mieux c’est. Manger équilibré, c’est manger varié et ce n’est pas si compliqué. Nous pouvons être vigilants face aux sucres. Nous consommons beaucoup trop de sucres raffinés. On les retrouve dans l’alimentation transformée et au petit déjeuner dont on fait un repas à part entière. Mais le problème est que l’on ne mange que du sucre le matin ! Il faut manger des glucides, mais aussi des protéines animales ou végétales. Il faut faire en sorte que notre alimentation réponde à nos besoins physiques ou psychiques, et pas à des habitudes. Il faut manger pour que ça apporte quelque chose.
Il faut également faire attention aux calories liquides : alcool, sodas, tout ce qui est jus. Un fruit se mange et ne se boit pas ! Beaucoup de personnes boivent un verre de jus d’orange le matin sous prétexte que c’est bon pour la santé. Pas du tout ! Pareillement pour le cacao, sous prétexte que ça nous rappellerait notre enfance ! C’est bourré de sucres liquides. Ces sucres descendent trop vite dans le tube digestif qui les absorbe rapidement, et ce qui crée un pic de glycémie et engendre un pic d’insuline. Cela va aboutir à un « coup de barre » deux ou trois heures après, une fringale pour du sucré, et les gens vont avoir tendance au grignotage.

Fild : Toute personne a une manière de s’alimenter qui lui est propre. Pourquoi certains individus vont consommer davantage par rapport aux autres ?

Dr Cyril Gauthier : On a une manière d’expliquer aux patients les choses. On leur fait comprendre que l’alimentation marque la vie de chacun par les émotions qu’elle peut invoquer, via les affects, les sensations qu’elle peut dégager et les besoins énergétiques qu’elle peut couvrir. Manger peut calmer les humeurs, en générer, et répond au besoin physique et énergétique qu’est la faim. Nous avons tous des manières différentes de gérer cela, et c’est pour cette raison que nous sommes tous différents en termes d’apports, sans oublier la question de la génétique. Je vois des patients qui pèsent 150 kilos mais qui ne mangent pas plus que quelqu’un qui en pèse 60. Nous avons des gènes plus ou moins marqués qui nous prédisposent de manière plus ou moins importante à stocker l'énergie. En conséquence, notre génétique n’est pas adaptée à la suralimentation, parce que sur l’échelle de l’histoire de l’humanité, l'Homme a beaucoup plus souffert de sous-alimentation que de suralimentation. Lorsque vous êtes conçu pour résister à la faim et que vous vous imposez une famine artificielle, ça ne marche jamais.
Avoir faim n’est pas un danger. Il faut s’arrêter de manger lorsque l’on arrive à satiété, et ne pas se forcer à finir son assiette. Il faut mâcher lentement pour laisser le temps à notre cerveau de capter l’information concernant l’apport en calories, ce qui nécessite 20 minutes. Les personnes qui mangent en 10 minutes ne peuvent pas ressentir le rassasiement. Le cerveau n’a pas encore reçu l’information selon laquelle les calories sont arrivées via l’intestin grêle, ce qui brouille le signal.

Fild : En ces temps compliqués, que conseillez-vous pour avoir une hygiène de vie et une alimentation saine ?

Dr Cyril Gauthier : Avec la crise sanitaire, les personnes ont perdu leurs repères. Avec le premier confinement, on avait un début et une fin. Dorénavant, il y a un flou, on ne sait pas où l’on va. Les gens sont aussi en perte de repères par rapport à leur alimentation. Manger à telle heure, aller faire ses courses à tel moment… Mais il est impossible de faire ses courses après 18h par exemple. Ce que je conseille donc, c’est d’essayer d’anticiper et de planifier. Ne pas rentrer le soir et se dire ‘’ bon, que vais-je faire à manger ? ‘’. Ce n’est pas bon, car vous générez une situation de stress et d’urgence. Il faut essayer de cuisiner , de manger des fibres et varié, et planifier un moment d’activité physique.

29/03/2021 - Toute reproduction interdite



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De Fild Fildmedia