Société | 8 février 2021

Notre école de pensée : celle du réel

De Emmanuel Razavi
8 min

Fild regroupe des grands reporters et des chercheurs de terrain. Ces derniers amènent un complément essentiel à l’information rapportée par les journalistes, leur expertise nous ouvrant à une réflexion nécessaire quant à notre avenir.

                      Par Emmanuel Razavi

La crise du coronavirus a eu un effet ravageur sur le tissu économique, ainsi que sur la façon dont les Français perçoivent leurs dirigeants. Elle a mis en relief les failles d’un exécutif empêtré dans ses contradictions et apparaissant de fait impuissant à donner un cap clair. Elle a ajouté une forme de stress social, révélant une convergence de crises qui trouvent leur origine dans une société en perte de repères.

Sur le plan national, la crise des Gilets jaunes, l’affaissement de notre système de santé publique, la montée de l’islamisme, les fractures entre les territoires, la gestion de l’environnement et le recul de l’État dans les quartiers perdus de la république sont autant de facteurs qui poussent les Français à souhaiter un cap nouveau.

Au plan international, la France - à l’instar de la plupart des États occidentaux - semble également en perte de vitesse face à la montée en puissance de la Chine, aux crises successives survenues dans le Golfe persique ou encore face à l’arrogance guerrière du président Turc Erdogan. Nos dirigeants semblent démunis, n’apportant que peu de réponses concrètes aux questions que les Français se posent sur leur avenir et celui de leur nation. La France des élites apparaît de fait coupée du réel.

La classe politique française n’est pas seule responsable de cette situation. Une partie des médias a sa part de responsabilité. La télévision, devenue le miroir de la société du spectacle, privilégie aujourd’hui le buzz et l’affrontement idéologique brutal au débat et à la réflexion. L’on peut ainsi avoir le sentiment que pour exister dans les médias, il faut être soit sur la ligne de Plenel, soit sur celle de Zemmour. Deux esprits assurément adroits, mais qui ont joué la carte de l’idéologie au détriment du journalisme.

Organiser des plateaux télévisuels coutant moins cher que d’envoyer des journalistes aux quatre coins du pays ou à l’autre bout du monde, l’idéologie semble ainsi se substituer peu à peu aux faits. Des avocats viennent nous parler de santé, quand des médecins nous parlent de politique. On ne sait finalement plus qui parle, ni d’où.

La presse d’information générale cherche quant à elle à survivre. Réduisant ses coûts, elle diffuse plus que jamais des flux d’informations qui émanent des grandes agences de presse internationales. Quant aux réseaux sociaux, ils oscillent paradoxalement entre l’exploitation de l’émotion et une volonté de moins en moins cachée de contrôler la parole publique, à l’image de Facebook ou Twitter.

La stratégie du buzz et de la surabondance de contenus informatifs couplée à celle de l’émotion met à égalité la parole de l’artiste avec celle du chercheur ou du scientifique, ce qui ajoute au flou ambiant et affaiblit la mission première des médias qui est d’informer à partir de faits établis.

Toute cela donne l’impression d’une rupture avec le réel, d’un manque de réflexion et donc d’une absence de pensée.

Il existe pourtant dans notre pays des chercheurs de terrain et des intellectuels qui ont à la fois l’expérience du monde et des territoires. Des personnalités qui ont prouvé par leur passé leur formidable capacité à prévoir les grands bouleversements auxquels est aujourd’hui confronté le monde. Avec FILD, nous leur donnons la parole. Car leurs analyses sont complémentaires du travail que nous réalisons en tant que grands reporters.

Expérience de terrain et réflexion

Peu nous importe leur positionnement politique, pourvu qu’ils soient respectueux des valeurs de la démocratie et des droits de l’Homme. Peu nous importe que l’on ne soit pas toujours d’accord avec eux. Ce qui nous importe, c’est leur expérience, la qualité de leur réflexion et non pas de les classer arbitrairement dans le camp du bien ou du mal.

Notre conviction, simple, est que leurs travaux méritent qu’on leur porte un grand intérêt parce que les valeurs qu’ils défendent - qui sont autant de gauche que de droite - nous offrent une vision (géo)politique et philosophique et nous poussent à une réflexion nécessaire quant à notre avenir.

Parmi eux, on trouve Jean-Michel Noguerolles, docteur en droit et avocat international, qui défend l’idée d’un plan Marshall pour l’Afrique. Intellectuel humaniste amoureux des grandes civilisations, il a compris que la coopération économique entre les continents africain et européen est un enjeu déterminant à la préservation de la paix.

Olivier Antoine, géopolitologue spécialiste de l’Amérique latine qu’il parcourt sans relâche, nous sensibilise aux menaces environnementales et aux risques qu’elles font peser sur la stabilité des pays de cette immense zone géographique ainsi que sur le reste de la planète.

La volcanologue Anne Fornier, scientifique qui a dédié sa vie aux risques volcaniques et à leur impact sur les populations en Afrique comme en Europe, nous prévient des menaces environnementales à venir, au risque parfois de déranger et de défier les grands trusts internationaux.

Le politologue Guillaume Bigot, « mousquetaire de la République » défenseur des idéaux de la gauche républicaine, décrypte les évolutions de la société française et pose la question de la réforme de nos institutions et de la préservation de notre souveraineté culturelle, économique et politique.

Roland Lombardi, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient et arabophone, sillonne quant à lui les territoires du monde arabe et va notamment à la rencontre des minorités religieuses. Il débat aussi de l'"irréalisme" de la politique française dans le monde arabe, fondé sur les idéologies ou le commerce depuis les années 1960, et lui oppose la Realpolitik de Moscou dans cette région.

Éric Denécé, homme de terrain spécialiste des questions liées au renseignement et président du Centre Français de Recherches sur le Renseignement (CF2R), explique avec pragmatisme que dans le monde incertain du XXème siècle, celui-ci occupe une place de plus importante pour décrypter les rapports de force, anticiper les crises et assurer la sécurité des états contre les mafias et les groupes terroristes.

Alexandre del Valle, brillant intellectuel qui avait prévenu dès 2003 de la menace que représentait le président turc Erdogan pour la stabilité de l’Europe, et qui avait mis en garde dès 1997 contre les stratégies d’entrisme - de ce qu'il a baptisé le premier le "totalitarisme islamiste"- tout autant que contre les velléités de déstabilisation de la politique globale américaine, considère que la force de la France réside dans sa capacité à affirmer les valeurs de la démocratie et de la laïcité tout en se défiant de ceux qui veulent déconstruire son histoire.

Parce que la géopolitique doit aussi tenir compte d’une réflexion sociologique et philosophique, Razika Adnani, philosophe et islamologue, par ailleurs membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l'Islam de France, nous livre régulièrement ses réflexions apaisées et pleine de sens sur l’évolution du fait religieux au sein de la société française.

Parce que reposant sur des faits et une expérience de terrain, le travail d’analyse et de décryptage de ces chercheurs est un complément indispensable à celui des grands reporters qui ont fondé FILD.

Parce qu’ils raisonnent aussi hors des sentiers battus, viennent d’horizons différents et qu’ils nous permettent de débattre de questions essentielles à notre présent et notre avenir, ces intellectuels dont on comprend aisément d’où ils parlent, incarnent selon nous une école de pensée - celle du réel - qu’il nous apparaît nécessaire de mettre en avant.

Pour nos lecteurs d’abord, mais aussi parce que c’est la mission première d’un magazine comme le nôtre de lier l’expérience du terrain à celui de la pensée.

05/02/2021 - Toute reproduction interdite



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