Ce ne sont pas des hors-la-loi, mais les voilà mis au ban de la société par l'adoption du « pass vaccinal ». Les non-vaccinés ne sont pas nécessairement opposés à la vaccination, mais ils refusent ce passeport qui les exclut de la vie sociale. Ils sont aussi en colère contre Emmanuel Macron, qui souhaite les « emmerder », contre un gouvernement qui ne prend pas ses responsabilités, et contre l’impossibilité de débattre. Témoignages.

Par Marie Corcelle

« Je ne suis absolument pas mise en confiance par les décisions gouvernementales et politiques. C’est un cafouillage énorme qui me fait me poser beaucoup de questions. J’ai le sentiment d’être baladée ». Romane, photographe de 27 ans, ne sait plus qui et quoi croire dans cette cacophonie et ce brouhaha permanent. Et parmi les cinq millions de Français qui ne sont pas vaccinés, elle est loin d’être la seule à le penser. Clémence, qui suit des études pour être documentariste à Angoulême, va dans le même sens : « Je suis méfiante, et c’est parce que j’ai peur, sans parler de l’impression de vivre dans une société devenue absurde, où l’on nous dit une chose et son contraire. J’ai besoin de temps pour y voir plus clair car je ne me sens pas en sécurité avec ces différents vaccins et les multiples informations à leur sujet ». Aurélien, responsable marketing à Tours, pointe les nombreuses contradictions inhérentes aux décisions du gouvernement : « Même en possédant le pass, je ne vois pas pourquoi nous devrions arrêter de nous faire tester en même temps, puisqu’on continue de transmettre le virus en étant vacciné. Si demain, je me rends chez une personne âgée ou à risque et qu’elle est vaccinée, c’est censé l’empêcher de contracter une forme grave. Mais si je ne me teste pas et que je suis porteur du virus, ça ne veut pas dire que cette personne ne contractera pas de forme grave. En fait, un non vacciné testé négatif a des restrictions, et une personne vaccinée non-testée n’en a pas. Et je trouve cela absurde et aberrant ».
Au-delà de ces incohérences dénoncées par de nombreux anti-pass, la question de la responsabilité non assumée par le gouvernement pose également problème pour beaucoup, dont le lanceur de la pétition Non au pass vaccinal, Rodolphe Bacquet, auteur de guides touristiques, et qui compte à ce jour environ 1,3 million de signatures : « La loi sur le pass vaccinal selon Olivier Véran est une obligation vaccinale déguisée. Une obligation vaccinale véritable s’apparente à une responsabilité, devant la loi, sur les effets secondaires que pourraient provoquer cette vaccination imposée. Or, en refusant d’avoir recours à ce procédé, le gouvernement en réalité se cache et se défausse d’un point de vue pénal ». De son côté, Aurélien reste persuadé que tant que l’État ne voudra pas prendre ses responsabilités, une partie de la population refusera toujours de se faire vacciner : « C’est se moquer du monde ! Tu te fais injecter quelque chose par des gens qui ne veulent pas en être responsables, et qui ne raisonnent que par une restriction des libertés ».

« Si vous n’êtes pas vacciné, vous êtes un pestiféré et faites mal les choses »


« Je suis pour le débat. Mais aujourd’hui il n’y en a pas. Si vous êtes vaccinés, vous faites bien les choses. Mais si vous ne l’êtes pas, vous êtes un pestiféré. C’est mon ressenti personnel ». Romane regrette cette absence de demi-mesure où le respect du choix de l’autre est inexistant et où la décision de ne pas se faire vacciner renvoie quasi-systématiquement au discrédit. Elle a en outre de plus en plus l’impression qu’un fossé se creuse entre deux catégories de citoyens. Pour Rodolphe Bacquet, la mise en place du pass vaccinal conduit à créer deux classes de citoyens : « Vous avez une discrimination entre ceux qui sont vaccinés et ceux qui ne le sont pas. Dorénavant, on détermine la liberté de mouvement, de travailler, la possibilité de se rendre dans des endroits en se basant sur des raisons médicales ». Aurélien fait part de son incompréhension : « Je trouve que les politiques n’ont jamais été aussi violents envers les Français, on n’a jamais autant classé le peuple en deux catégories, vaccinés et non vaccinés. Je ne comprends pas la manière dont cette histoire de vaccination a été amenée avec autant de violence et autant de pertes de libertés ». « Ça n’est jamais facile d’être minoritaire. De nombreuses fois je me suis sentie rejetée ou oubliée », s’attriste Clémence.
Et les choses ne risquent pas de s’arranger : si avec le pass sanitaire, les non-vaccinés avaient à disposition différentes options pour continuer d’avoir une vie sociale - la possibilité de réaliser des test PCR dont le résultat devait être négatif ou un certificat attestant d’avoir contracté le covid -, ce n’est plus le cas avec le pass vaccinal. Cette mesure est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour Romane : « Quand tu décides de faire un choix pour toi, tu n’as plus le droit à rien, et si tu veux retrouver ta liberté, tu dois faire quelque chose dont tu n’as pas envie. Me faire tester, je trouvais ça normal, et je jouais le jeu : je refusais certains évènements ou de sortir si je ne l’avais pas fait au préalable. Mais ce pass vaccinal, c’est trop. Je n’ai jamais été en colère depuis le début de cette épidémie, mais là, c’est vraiment injuste ». Pour autant, tricher en tentant d’obtenir un faux pass est inenvisageable pour Rodolphe Bacquet : « Tricher, ce serait renoncer. Tant qu’il n’y a pas d’obligation vaccinale assumée, je ne vais pas céder. Si un jour cela devait arriver, je ne souhaiterais pas être hors-la-loi ». Avec l’avènement du pass vaccinal, certains pensent cependant à renoncer, comme Hermine, 20 ans : « Peut-être que je vais finir par le faire. J’aimerais attendre les élections pour voir comment ça va se passer. Peut-être qu’en changeant de président, les choses seront différentes. Mais je pense qu’il y a un moment où on sera obligé d’y passer ».

« Un président ne devrait jamais parler ainsi »

Lors d’un entretien accordé au Parisien, Emmanuel Macron a déclaré aux lecteurs du journal qu’il souhaitait « emmerder les non-vaccinés » en les qualifiant d’irresponsables et en considérant en conséquence qu’il n’étaient pas des citoyens. Des propos qui ont été très commentés et qui n’ont pas manqué de faire réagir les premiers concernés, les non-vaccinés. « J’ai trouvé ça assez déplacé de la part d’un président de la République. Il y a une façon de dire les choses. Je n’étais pas choquée, mais plutôt perturbée. Quand on regarde notre devise, ‘’ Liberté égalité fraternité ‘’, dorénavant le côté fraternité est complètement dissout. Traiter les citoyens d’irresponsables, c’est ce qui est véritablement irresponsable de sa part », explique Hermine. Clémence a trouvé cette déclaration honteuse : « Un homme politique, et surtout un président ne devrait jamais parler ainsi. C’est pour moi une grande faute et le signe du gouffre immense qui sépare le peuple et ses dirigeants ». Des propos qui ne font que renforcer un clivage pour Aurélien : « En tant que personne lambda, tu peux le dire. En tant que chef d’État, mieux vaut s’abstenir. Pourquoi diviser la population alors que l’on devrait être unis ? »

20/01/2022 - Toute reproduction interdite


Manifestation à l'appel du mouvement des "gilets jaunes" contre les restrictions imposées par la France, à Paris, le 31 juillet 2021.
© Sarah Meyssonnier/Reuters
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