Analyses | 28 mars 2019

Neymar, ambassadeur 5 étoiles du Qatar, ou le PSG au service du soft power qatari

De Antoine Grynbaum
3 min

Le point de vue d’Antoine Grynbaum

De quelle manière redorer l’image du petit émirat du Golfe ? Par le biais d’immenses stars du sport faisant la promotion de Doha. Et sur le plan footballistique, Nasser, le Président du PSG s’y est employé pendant des semaines, avant de ramener Neymar Junior dans la capitale.

Une clause libératoire de 222 millions d’euros à payer au FC Barcelone, afin de signer l’un des plus grands coups de l’histoire du marché des transferts. L’impossible se produit le 3 août 2017, Neymar signe au PSG. 222 millions, bien moins cher que n’importe quelle campagne de pub mondiale et un retentissement international, un coup magistral !

Quitter l’Espagne et un club qui avait tout gagné pour rejoindre une équipe n’arrivant pas à dépasser les quarts de finale de Ligue des Champions ces dernières années, peu l’avaient imaginé.

Et les rumeurs les plus folles vont alors circuler. Payé selon Der Spiegel, 36,8 millions d’euros nets par saison, le Brésilien aurait dans son contrat une clause lui imposant le rôle d’ambassadeur de la Coupe du Monde 2022 au Qatar.

Vincent Chaudel, économiste du sport au sein du cabinet de conseil Wavestone nous éclaire : « Au-delà de son potentiel sportif exceptionnel, l’apport de Neymar en terme d’image, de sponsoring, sur un plan merchandising et médiatique, est inestimable. Son transfert pourrait être amorti rapidement : ventes de son maillot 140 euros pièce (alors que le prix tourne généralement autour de 100 euros), augmentation des droits TV du club, tournées estivales lucratives, matchs amicaux facturés plusieurs millions, hausse du prix des loges au Parc des Princes, la marque Neymar offre des possibilités de rentrées d’argent historiques ».

L’ancien joueur du Barça est choyé par le PSG. L’opinion de Neymar et de son agent de père, sont prises en compte dans toutes les grandes décisions du club. Perdre un jour le Brésilien serait perçu comme une perte de l’influence du Qatar dans le monde du sport, et notamment dans la « guéguerre » footballistique, livrée à Manchester City, appartenant depuis l'été 2008 à un fonds d'investissement d'Abu Dhabi.

Le PSG, un outil au service de la stratégie d’influence du Qatar

Au lendemain de l’élimination du PSG par Manchester United, où le Brésilien est-il d’ailleurs parti ? A Doha ! Officiellement pour soigner son pied au sein du complexe médical Aspîre, mais certainement pour échanger également avec le Palais sur les mesures à prendre après cette grotesque élimination. Neymar, 2ème grand ambassadeur du PSG version qatarie, après un certain…Zlatan ! Car il ne faut pas être dupe. En s’achetant de tels joueurs, le Qatar veut montrer qu’il reste un état riche, donc solide, malgré la fragilité endémique de plusieurs de ses entreprises publiques. Dans le golfe Persique et notamment dans la culture bédouine, les apparences sont en effet essentielles. Face à ses rivaux saoudiens qui continuent de l’isoler et de le déstabiliser, l’émirat gazier doit donc briller pour montrer qu’il reste présent dans le jeu des grandes nations, et qu’il a les moyens de se payer ce qu’il veut. C’est là tout le sens de la stratégie d’influence dans laquelle excellent les membres de la famille Al Thani, qui règne sur le Qatar. Le foot n’est pas tant une passion pour eux, qu’un moyen de rayonner internationalement, en faisant un peu d’argent au passage. A l’instar d’autres grandes puissances, ils ont compris l’intérêt du sport en matière de relations internationales.

« Ce que l’on m’a souvent laissé entendre au club ? Que de telles retombées marketing et financières n’étaient pas imaginables à la signature d’Ibrahimovic… », confiait Arnaud Hermant de L’Equipe dans Les secrets du mercato (Solar).

Du côté de Doha et de la famille princière, on s’est longtemps félicité de la dimension prise à l’époque par le Suédois. Neymar est encore un cran au-dessus. Le projet PSG, acte 2, porte un slogan « Rêvons plus grand », avec les plus grandes stars au service d’un Etat assurément.

29/03/2019 - Toute reproduction interdite


Football - Ligue 1 - Paris St Germain v Guingamp - Parc des Princes, Paris, France - 19 janvier 2019, Neymar fête son premier but.
Charles Platiau/Reuters
De Antoine Grynbaum

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