Depuis l'application de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, imposée par la Chine le 30 juin 2020, les voix de soutien à la démocratie se font de plus en plus rares.  Pékin maintient pourtant sa stratégie de terreur, persécutions politiques et incacérations contre un mouvement de résistance qui demande le respect du statut particulier de l'ex-colonie britannique. Réfugié à Londres depuis 2020, Nathan Law est l'une des grandes figures de cette résistance.

Entretien exclusif conduit par Matteo Ghisalberti

 

Fild : Quelle est la situation actuelle à Hong Kong ?

Nathan Law :
Elle est assez désastreuse. Beaucoup de nos libertés ont été supprimées et les rassemblements sont interdits. La loi sur la sécurité nationale permet de poursuivre des personnes ayant tenu certains discours (sur la démocratie, etc. ndlr). Beaucoup de militants pro-démocratie sont en prison parce qu’ils ont participé à une élection primaire, ou ont exprimé une opinion considérée comme une violation de la loi sur la sécurité nationale. Les personnes sont menacées par cette persécution politique et cette stratégie de la terreur. Pour les Hongkongais, il est très difficile d’exprimer une opposition politique.

Fild : Des médias occidentaux évoquent la poursuite d’une forme de mobilisation "souterraine" à Hong-Kong pour la démocratie. Qu’en est-il ?

Nathan Law :
Pour l’instant, les gens respectent toujours la nouvelle norme, mais ils recourent à des moyens plus subtils pour exprimer leur opposition. Par exemple, ils utilisent un langage qui ne viole pas la loi. Ceci-dit, l’ampleur, l’élan, et l’intensité de cette mobilisation est beaucoup plus faible que celle du mouvement de protestation de 2019. Il y a beaucoup de travail à faire pour aider les personnes qui ont été incarcérées pour avoir exprimé leur opposition. On essaie d'offrir un réseau de soutien.

Fild : Avez-vous des nouvelles de Joshua Wong ou d’autres personnes incarcérées ?

Nathan Law :
Oui, même si je ne peux pas les contacter directement, car cela pourrait les mettre en danger. Je sais que certains d’entre eux gardent un bon moral. D’autres s’adaptent à la prison parce qu’ils pourraient y rester pendant des années. C’est difficile d’affirmer qu’ils sont tous en bonne forme, beaucoup d’entre eux essaient de s’habituer à vivre en prison. Ils essaient aussi de garder la tête haute pour rester très forts spirituellement.

« À l’avant-garde du choc entre l'autoritarisme et les valeurs démocratiques »

Fild : Pensez-vous que les pays occidentaux adoptent la bonne attitude sur la situation à Hong Kong ?

Nathan Law :
Je crois qu’ils comprennent l’importance de la situation de Hong Kong, car cette ville montre qu'elle est à l’avant-garde du choc entre l'autoritarisme et les valeurs démocratiques. Tout le monde a pu constater que l’autoritarisme est devenu beaucoup plus agressif. À Hong Kong, la Chine renforce ses positions vis-à-vis du monde. Hong Kong est donc un lieu symbolique, qui permet d’observer et de comprendre quels sont les outils utilisés par le gouvernement autoritaire chinois pour éroder nos libertés. Il y a encore beaucoup de gens qui se battent sur le terrain, même si ce n’est pas aussi évident qu’auparavant. Les gouvernements étrangers devraient être plus vigilants face à la menace de la Chine. Certains pays considèrent la Chine comme la plus grande menace pour leur sécurité et pour la démocratie mondiale. Je pense donc qu’il faut être davantage attentif et mener plus d’actions concrètes.

Fild : Il y a quelque temps, le Royaume-Uni avait envisagé d'octroyer la nationalité britannique à tous les Hongkongais. Cela reste une possibilité réelle ?

Nathan Law :
Il s’agirait plutôt d’ouvrir une voie d’accès à la citoyenneté britannique aux personnes qui ont déjà le passeport des British National Overseas (BNO). C'est-à-dire principalement des personnes nées à Hong Kong avant 1997. Il y a environ trois millions de personnes éligibles. Je pense que c’est un bon système pour assurer la sécurité des Hongkongais qui font face à cette crise politique. De plus, cette option permettrait au Royaume-Uni d’accueillir des talents et des capitaux. C’est « gagnant-gagnant » pour les deux parties.

Fild : Quels sont les moyens de pression de la communauté internationale face à la Chine ?

Nathan Law :
Les pays démocratiques doivent rester unis car il y a beaucoup de choses qui inquiètent Pékin. Comme le boycott des Jeux olympiques d’hiver (début février 2022, ndlr) ou la réduction de la dépendance économique vis-à-vis de la Chine. Cette dernière vit un ralentissement économique, et elle a vraiment besoin d’alliés internationaux. Sa transformation industrielle est hantée par beaucoup d’interdictions et d’ordonnances d’embargo adoptées par les États-Unis, concernant pour beaucoup les technologies.

Fild : Mais le gouvernement chinois ne peut-il légitimement invoquer le principe de non-ingérence pour se défendre ?

Nathan Law :
Le gouvernement chinois a toujours utilisé la politique du « deux poids, deux mesures », comme on l'a constaté pendant la crise du Covid-19 : d’une part, les autorités chinoises ont toujours soutenu qu’il ne fallait pas politiser la pandémie, et de l’autre elles invoquent une raison politique pour empêcher un pays ou une entité politique indépendante d’intégrer la communauté mondiale et de contribuer à vaincre la pandémie. C'est ce double discours qui est notamment utilisé pour tenter de bloquer la participation de Taïwan aux affaires mondiales. Pourtant, lorsque la communauté internationale critique la Chine au sujet du respect des droits de l’Homme, Pékin en appelle toujours au principe de non-ingérence. Je pense qu’il est important pour nous de continuer à nous attaquer à ces violations des droits de l’Homme. Nous ne devons pas nous soustraire à cette responsabilité.


08/09/2021 - Toute reproduction interdite


Un militant pro-démocratie est arrêté par des policiers devant un monument symbolisant la rétrocession de la ville de la domination britannique à la Chine à Hong Kong, le 28 juin 2017.
© Damir Sagolj/Reuters
De Matteo Ghisalberti