Analyses | 18 juillet 2020

Nantes : Symbole de l’embrasement de la France

De Roland Lombardi
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Un peu plus d’un an après celui de Notre-Dame-de-Paris, l’incendie de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes a provoqué une nouvelle vague d’émotion et de colère chez les Français. Une fois de plus, il ne faut pas compter sur l’État français pour apporter des réponses fortes à ce nouvel acte portant atteinte au Sacré et à l’identité même du pays. La colère continuera donc à monter. La seule question est de savoir quand et comment celle-ci finira par exploser...

                                                                                              L’édito de Roland Lombardi

D’après les premiers éléments de l’enquête, trois départs de feu auraient été constatés dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes ce samedi 18 juillet. Malgré des images impressionnantes de l’édifice en flammes, qui n’étaient pas sans rappeler celles de Notre-Dame-de-Paris en avril 2019, l’incendie a rapidement été circonscrit et une enquête pour « incendie volontaire » a d'ores et déjà été ouverte.

« La seule église qui illumine est celle qui brûle ! ». Voilà comment fut commenté l’évènement par des Antifas sur Twitter ! Du côté de l’Élysée et du gouvernement, ce furent les sempiternelles réactions laconiques et insipides sur l’« émotion » et le « soutien aux sapeurs-pompiers ». Encore les mêmes effets de com’ insignifiants. Et toujours rien sur de possibles mesures répressives ou surtout, d’éventuelles menaces à l’encontre des auteurs de ce nouvel acte criminel. Car le drame de Nantes n’est malheureusement pas isolé. D’où le regain de colère d’une grande majorité de Français. En effet, en 2019, 26 incendies ont touché des églises et d’autres lieux de culte catholiques partout en France. À cela, il faut ajouter les nombreuses dégradations de cimetières et de sites religieux. Ainsi, en 2018, selon le ministère de l'Intérieur, le nombre d'actes antichrétiens en France s'élevait à 1 063, en hausse par rapport à 2017 (1 038), contre 541 actes antisémites et 100 antimusulmans. Au passage, la seule lecture de ces chiffres devrait faire taire les mensonges et rabattre le caquet de certains groupes communautaristes et des professionnels de la victimisation...

Comme l’a si bien dit Jean-François Touzé : « Qu’ils soient islamistes, anarchistes, antifas, racailles, satanistes ou dégénérés, ceux qui s'attaquent à nos cathédrales, nos églises, nos calvaires ne se trompent pas de cibles. Ils savent que la France de toujours est une cathédrale, une église, une croix dressée vers le ciel et tendue vers le monde, un passage sacré de toutes nos traditions anciennes et pourtant vivantes. Ils savent que s'il n'est pas chrétien, l'Occident est un cadavre froid et que le soleil européen sans le Christ est un astre mort. Détruire les symboles de notre appartenance et abattre les piliers de notre civilisation, voilà pour eux une priorité ».

Quoi qu’il en soit, les crapules coupables de ces actes doivent être punis sévèrement. Or, il n’y a malheureusement rien à attendre de responsables gouvernementaux sans convictions ni colonne vertébrale, qui ont perdu depuis bien longtemps le sens du Sacré. À cause de leur déconnection du réel, de leur couardise et de blocages idéologiques persistants, les termes de « force » et de « répression » sont devenus pour eux des gros mots.

Devant les régulières attaques islamistes au couteau, les meurtres de la gendarme Mélanie Lemée et du chauffeur de bus, Philippe Monguillot, massacré à mort à Bayonne par des multirécidivistes, les émeutes de quartiers récurrentes, les forces de l’ordre et les pompiers pris à partie quotidiennement et la « starisation » d’une famille de délinquants notoires, le gouvernement nous prouve chaque jour son impuissance. Malgré les notes toujours plus alarmistes des services de sécurité qui s’accumulent sur les bureaux du Ministre de l’Intérieur et du locataire de l’Elysée, c’est encore la politique de l’autruche qui semble de rigueur. Et ce n’est pas un remaniement ministériel « cosmétique », ni un nouveau ministre de l’Intérieur ou un nouveau garde des Sceaux - qui préfère d’ailleurs accorder ses premières visites officielles à des prisonniers et à des jeunes placés en centre éducatif fermé - qui changeront les choses.

Historien des conflits, géopolitologue et consultant en risque pays, mon métier consiste à analyser et interpréter les comportements de sociétés ou de nations en ébullition.

Les signaux faibles et forts que je perçois dans mon propre pays me font malheureusement craindre le pire. La rage, voire la haine de la majorité silencieuse envers un pouvoir qui les abreuve ad nauseam de propagande « progressiste » et culpabilisatrice, se défoulent pour l’instant sur les réseaux sociaux. Mais demain ?

Sans alternative politique sérieuse, cette fameuse « France périphérique » ne vote plus et laisse le monopole des urnes, comme on l’a vu aux dernières Municipales, à une minorité qui ne représente que 10 à 15 % maximum de bobos verts et rouges. Que cela nous plaise ou non, pour l’électorat populaire et de droite, majoritaires, il n’y a pas de personnalités politiques pour canaliser cette colère de manière démocratique.

Certes, il - ou elle - peut encore émerger d’ici deux ans. Mais d’ici là, les frustrations des Français ne vont cesser de croître, le pays va continuer à se fractionner et le fossé se creuser chaque jour un peu plus entre un peuple à cran et une élite dirigeante, adepte du déni et de la politique du « surtout pas de vague ! ».

D’autant plus que l’avenir socio-économique de la France est plus que jamais incertain du fait de la crise financière mondiale liée au Coronavirus.

Tout cela finira mal.

Je ne crois pas aux vastes mouvements populaires. La crise des Gilets Jaunes en a malheureusement démontré les limites. Ce qui est le plus probable - et le plus inquiétant - c’est, à plus ou moins long terme, l’éclosion de petits groupes déterminés à se défendre et à faire justice eux-mêmes. La vague des attentats survenue depuis 2015 a d’ailleurs prouvé qu’il suffisait de quelques activistes pour mettre un pays à genoux.

Si tel était le cas, nous entrerions alors dans une spirale de violences aveugles aux conséquences inimaginables.

Aussi étonnantes soient-elles, la résilience et la patience des peuples ont des limites. Gare alors à l’attaque islamiste, au crime impuni ou à l’humiliation de trop...

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour GlobalGeoNews. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778

19/07/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme réagit alors que des spectateurs se rassemblent sur les lieux d'un incendie à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, en France, le 18 juillet 2020.
Stephane Mahe/Reuters
De Roland Lombardi

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