Analyses | 15 octobre 2019

Municipales à Dijon : Emmanuel Bichot, candidat pragmatique et ambitieux

De Emmanuel Razavi
min

Emmanuel Bichot (LR), conseiller municipal d’opposition au maire de Dijon François Rebsamen (PS), conduira la liste Les Républicains pour les élections municipales de 2020 à Dijon. Pragmatique et ambitieux, il entend redonner à la capitale bourguignonne les moyens de rayonner.  Propos recueillis par Emmanuel Razavi. 

 

Quels sont les 3 axes principaux de votre programme ?

Les trois axes principaux du projet sont le dynamisme économique et l’attractivité de la métropole, la qualité de vie des Dijonnais au quotidien et une citoyenneté locale renouvelée. Après une phase de diagnostic avec la population, nous venons de lancer une grande consultation des Dijonnais sur des mesures concrètes.  Quelles priorités concrètes fixons-nous à ce stade ? La première est la sécurité du quotidien et la tranquillité publique. La sécurité est un droit pour tous. La seconde est celle d’un urbanisme de qualité, à la hauteur d’une ville au patrimoine remarquable mais également des enjeux du réchauffement climatique et de la qualité de vie des Dijonnais. La troisième priorité, c’est de changer de pratiques dans la relation avec les citoyens, avec une plus grande proximité et un plus grand respect. Nous souhaitons une gestion plus économe des deniers publics et plus transparente, réduire le train de vie de la municipalité. Les Dijonnais doivent être consultés et associés aux décisions qui les concernent. Une révolution tranquille est nécessaire.  Nous proposons aux Dijonnais une ville plus sure, plus verte et plus proche d’eux. En un mot, une ville plus « chouette » pour rester dans la symbolique locale !

Quelle est votre vision de Dijon à l’horizon 2030 ?

Nous souhaitons que Dijon, en tant que capitale régionale, consolide sa place parmi la vingtaine de métropoles françaises, même si elle fait partie des plus petites au regard de son aire urbaine. Ce qui suppose une politique volontariste de développement économique et d’attractivité, mais aussi une démarche de partenariat et de réciprocité avec les territoires du département de la Côte d’Or et de la région Bourgogne - Franche Comté. Un rôle de locomotive du territoire plutôt que de forteresse ponctionnant les ressources alentours. C’est en jouant sur ces deux leviers que Dijon répondra à la question de la taille critique, plutôt que par une fuite en avant dans la construction de nouveaux logements. En second lieu, nous souhaitons que Dijon capitalise sur ses atouts pour devenir une référence en matière de qualité de vie, une grande ville à taille humaine, profitant d’être idéalement positionnée entre la région parisienne, l’agglomération lyonnaise, l’Alsace ou la Suisse, avec une résonnance européenne. Et que les Dijonnais soient heureux et fiers d’y habiter.

Comment revitaliser le centre-ville et ses commerces ?

Le centre-ville de Dijon, c’est un espace très symbolique qui appartient en quelque sorte à tous les Dijonnais, qui contribue à l’identité de la ville et à la vie collective. Il ne faut pas oublier que c’est aussi un quartier avec ses habitants, trop souvent oubliés. Le centre-ville doit rester un quartier à vivre pour toutes les catégories de population, un quartier authentique avec ses services, ses commerces de proximité. Les débordements constatés en centre-ville à partir d’une certaine heure ne profitent en réalité à personne. La dégradation de certains immeubles vétustes dans le secteur sauvegardé mérite une attention particulière. Le centre-ville doit rester accessible. La difficulté aujourd’hui est que le plan de circulation rend difficile l’accès en voiture aux parkings existants, qui sont par ailleurs insuffisants à l’est du centre-ville. Nous proposons d’étendre les zones de rencontre, avec limitation de vitesse à 20 km/heure pour les véhicules et priorité aux piétons, ainsi que des navettes électriques pendulaires gratuites accessibles en priorité aux personnes à mobilité réduite, notamment sur la rue de la Liberté et deux axes perpendiculaires. Nous proposons également une refonte de la tarification du stationnement, avec la gratuité pour les courtes périodes.

Comment aider les PME à se développer et créer plus d’emplois ?

Nous avons identifié plusieurs enjeux au niveau de la métropole. Le premier est certainement celui d’une offre foncière et immobilière plus attractive, qu’il s’agisse de la disponibilité immédiate, du prix et des prestations (la desserte, les transports en commun, les réseaux de communication). L’investissement immobilier dans l’accueil des entreprises pourrait être plus volontariste. Dijon a notamment une carte à jouer pour attirer des sièges de PME ou de groupes régionaux. Il faut miser sur les filières d’excellence, en particulier l’agro-alimentaire, la santé et la nutrition, mais aussi afficher une volonté plus large de soutien à l’industrie.

Vous dénoncez une course folle à la construction. Quel est votre projet pour intégrer les nouveaux arrivants ?

Le rythme des nouvelles constructions s’est beaucoup accéléré depuis quelques années, sous l’effet du Plan local d’urbanisme de 2010, dit « éco-PLU », extrêmement laxiste. La majorité en place souhaite l’accélérer encore dans les dix années à venir, avec 15 000 nouveaux logements sur la métropole sur la période 2020-2030, dont près de 10 000 sur la commune de Dijon, au prix d’une densification à outrance. Or la construction d’immeubles ne suffit pas à garantir le développement durable, il faut un équilibre tenant compte de la création d’emplois, la qualité de vie et du profil de la population. Il suffit de regarder l’exemple de Chenôve dans l’agglomération dijonnaise, qui est monté à plus de 22 000 habitants sous l’effet des constructions intensives, pour retomber à moins de 14 000 aujourd’hui. L’INSEE a expliqué comment les étudiants s’installent à Dijon, tandis que les familles quittent Dijon et même la métropole. La proportion de 20 % de logements sociaux fixée comme objectif par la loi SRU ayant été atteinte à marche forcée et dépassée, nous préconisons de se concentrer désormais sur une meilleure gestion du parc existant. Nous souhaitons donner la priorité à la réhabilitation du bâti résidentiel, notamment sa rénovation thermique, et faire reculer aussi bien le nombre de logements vacants (près de 7000 à Dijon) que l’habitat indigne.

En matière d’environnement, comment comptez-vous limiter les ilots de chaleur, amplifiés par les surfaces en béton ?

Nous proposons un projet de végétalisation du centre-ville, sur lequel nous avons travaillé avec des spécialistes durant l’été. En période de forte chaleur, les écarts de température peuvent atteindre facilement 5 degrés entre le centre-ville de Dijon et des quartiers plus végétalisés. Nous avons identifié deux modèles d’îlots de fraicheur particulièrement efficaces au centre-ville : le square des Ducs et la place Dupuis. C’est une combinaison entre des arbres, des massifs végétaux et de l’eau. Il faut jouer sur ces trois éléments pour réduire les effets de chaleur et créer des zones de rafraichissement et travailler en concertation avec les habitants et les usagers. Nous pensons également que la lutte contre les îlots de chaleur doit concerner tous les quartiers. Elle concerne également les bâtiments scolaires. C’est pourquoi, nous prenons l’engagement de modifier en profondeur le futur plan local d’urbanisme 2020-2030 et d’y ajouter un plan de réduction des îlots de chaleur.

Parlez-nous de votre projet de piscine biologique au lac Kir. De quoi s’agit-il ?

Ce projet n’est pas complétement arrêté à ce stade. Notre intention est d’améliorer la qualité des eaux du lac Kir et valoriser l’ensemble du site, pour en faire une référence environnementale et une base de loisirs plus attractive. L’étape préalable est de reconstituer la continuité écologique du lit de la rivière (l’Ouche), qui aujourd’hui traverse le lac et dépose ses sédiments. C’est un projet sur lequel nous souhaitons ouvrir une large concertation.

Où en est la délinquance à Dijon ?

Les Dijonnais constatent et subissent depuis quelques années une augmentation de la délinquance sous différentes formes : + 50 % pour les affaires de consommation de drogue depuis 10 ans, + 40 % pour les agressions physiques depuis 2012, + 40 % récemment pour les tags. Cette dégradation est plus forte dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ou autour du centre-ville la nuit, mais elle est touche à des degrés divers toute la ville. La perception des Dijonnais a changé depuis 2014, l’inquiétude est là. Nous avons une divergence par rapport à la municipalité : la priorité n’est pas de combattre le sentiment d’insécurité, mais bien la délinquance !

Que comptez-vous faire en matière de police ? allez-vous augmenter les effectifs de la police municipale ? Faut-il l’armer ?

Paradoxalement, la municipalité a diminué de plus de 25 % l’effectif de la police municipale entre 2012 et 2016. Cette police n’est toujours pas équipée d’armes à feu, alors que plus de 50 % des 22 000 policiers municipaux en France en sont désormais dotés (37 % en 2014). Nous proposons donc de renforcer la police municipale et d’assurer une présence jour et nuit, alors que le service cesse aujourd’hui à une heure du matin. L’effectif sera plus que doublé pour atteindre 150 agents, lesquels seront équipés d’armes à feu avec une formation appropriée. La politique de sécurité est un tout. Nous mettrons en place la participation citoyenne, une plus grande responsabilisation des mineurs et des familles, des gardiens d’immeubles assermentés dans les ensembles de logements sociaux. Et nous proposerons à l’État de signer un nouveau contrat local de sécurité pour acter cette nouvelle politique de fermeté.

Selon une étude Opinion Way, 60% des Français se défient de l'islam. Quel est votre avis sur cette question ?

Notre position est que toutes les religions ont leur place, mais qu’elles doivent respecter les lois de la République et respecter nos valeurs républicaines. Ce qui conduit à être vigilants envers les pressions communautaristes qui peuvent s’exercer dans certains quartiers, à Dijon comme ailleurs, au nom d’une conception sans doute trop radicale de l’islam. Il est essentiel de préserver la liberté individuelle et la cohésion de la communauté nationale, dont la commune est une composante.

 

16/10/219 - Toute reproduction interdite


Le Palois des ducs et des Etats de Bourgogne à Dijon
Philippe de Dijon / Pixabay
De Emmanuel Razavi

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don