International | 21 octobre 2019

Monde arabo-musulman : le crépuscule des corrompus ?

De Roland Lombardi
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Le Géopolitologue Roland Lombardi nous livre son analyse sur les vagues de contestation contre la corruption dans le Monde arabo-musulman

« Hirak » en Algérie, émeutes en Irak, manifestations en Iran et en Egypte, victoire d’un pis-aller en Tunisie, pourtant berceau des Printemps arabes en 2011, et aujourd’hui, vaste mouvement populaire contre la corruption au Liban... Partout dans le monde arabo-musulman, la jeunesse semble à nouveau se soulever.

Au Sud de la Méditerranée et au Moyen-Orient, ce n’est pas tant le manque de démocratie qui est le problème fondamental, comme veulent nous le faire croire certains idéologues et chercheurs-militants en mal de Grand Soir... L’un des plus grands maux (avec l’islam politique sous toutes ses formes, ne l’oublions pas) du monde arabo-musulman, c’est bien la corruption ! Même si les Occidentaux (et surtout les Français !) sont mal placés pour donner des leçons dans ce domaine, il n’en reste pas moins que le manque d’intérêt du bien commun de la plupart des leaders de la région est un véritable cancer. Cancer qui détruit les jeunesses, les nations et nourrit l’islamisme.

Certes, après les révolutions de 2011, certains nouveaux potentats locaux ont pris conscience de ce fait. Avec plus ou moins de sincérité et avec de très relatifs succès, Sissi fut le premier à s’attaquer à ce problème endémique, suivi dernièrement, on l’a vu, par les militaires algériens. Même Mohammed ben Salman en Arabie saoudite et Assad en Syrie s’y sont attelés. Or, lutter contre la malhonnêteté et la prévarication des élites arabes ne doit pas être seulement un moyen pour écarter d’éventuels rivaux !

Depuis Gustave Le Bon ou l’expérience de Milgram dans les années 1960, nous savons que le degré d’obéissance d’un individu ou d’une société devant une autorité, dépend de la légitimité de cette dernière. L’histoire des révolutions le prouve et tout bon manager le sait pertinemment : lorsqu’il n’y a plus de confiance et de respect envers cette même autorité, la cohésion du groupe ou d’une nation ne fonctionne plus et les choses peuvent alors tourner très mal... Aujourd’hui, et on le voit également en Occident, la « fabrique du consentement » d’Edward Barnays, le père de la propagande et du merchandising modernes, trouve ses limites : le consommateur, surtout lorsqu’il ne peut pas ou plus consommer, redevient très vite un citoyen, et souvent un citoyen violent !

En Occident, à tort ou à raison, l’alternative politique est représentée par les divers « populistes ». Malheureusement, dans le monde arabo-musulman, on l’a vu lors des dernières élections en Tunisie et on le constate également en Algérie (théâtre d’un mouvement sans précédent dans l’histoire de la région de par son civisme et son pacifisme), en dépit d’une conscience politique très forte de la jeunesse, aucune équipe ou leader sérieux n’a encore émergé afin d’incarner le changement de gouvernance.

En attendant, échaudés par leur fiasco dans la prise et leur maintien au pouvoir qui a suivi les printemps arabes, les Frères musulmans de tous ces pays, toujours soutenus par le Qatar et la Turquie, restent en retrait et en embuscade. Dans l’ombre, ils attendent leur heure. Seule organisation d’opposition politique structurée et disciplinée, la confrérie patiente pour rafler la mise...

Au final, nul ne peut prévoir ce que donnera ce mouvement de fond contre la corruption qui traverse la région. Ce qui est certain, c’est que sur les terres historiques et traditionnelles du bakchich, ce combat risque d’être encore très long...

 

22/10/2019 - Toute reproduction interdite


Des manifestants portent des banderoles lors d'une manifestation anti-gouvernementale à Alger, Algérie, le 2 juillet 2019. Photo prise le 2 juillet 2019. La bannière se lit : " Contre la mafia politico-financière"
Ramzi Boudina / Reuters
De Roland Lombardi

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