J’ai un TDAH sévère. Un « Trouble déficit de l’attention et hyper-activité » diagnostiqué depuis maintenant 5 ans. J’ai abordé longuement et plus en détail cela dans mon livre, expliquant que ce trouble définissait beaucoup d’aspects de ma personnalité. Je me souviens d’ailleurs qu’on y a fait plusieurs fois allusion lors du procès de juin 2021, qui s'est soldé par la condamnation de onze personnes m’ayant harcelée et menacée de mort.

La chronique de « Mila en liberté »

Lorsque j’étais à la barre dans la grande salle du tribunal, un avocat de la partie adverse, si je me souviens bien, m’a demandé si cette vidéo que j’avais faite en réponse à mon harcèlement au nom de l’islam était dûe à l’impulsivité chronique symptomatique de mon TDAH (Trouble déficit de l’attention et hyper-activité). J’ai tout simplement répondu que non. Que ça n’avait strictement rien à voir et que n’importe qui pourrait péter un câble et se laisser emporter de cette manière en réponse aux insultes barbares. Je trouve même cela parfaitement légitime, vous savez bien ce que j’en pense. Je n’ai pas douté de mon répondant à ce moment-là, et j’en pense toujours autant.

Mais la question m’a tout de même fait beaucoup réfléchir, je me suis longuement interrogée depuis, constatant avec un peu de recul que je peux vivre mon TDAH comme une force, une fierté ou un handicap. Et qu'il me définit probablement bien plus que je ne l’ai toujours pensé. Je ne me regarde pas avec un œil nouveau, extérieur comme la plupart des gens. Il est donc difficile de faire le discernement de ce qu’il représente ou non de moi.

Mais j’ai fini par admettre qu’au travers de mes actions, expressions et manières d’être permanentes, j’étais carrément le stéréotype ambulant d’un TDAH.

Je n’ai pas de mal à l’assumer, ou plus maintenant.

Je ne me sens pas forcément différente, car je vois déjà la différence et la diversité chez tout le monde.

Il m’est juste difficile de me faire comprendre. Je m’habitue depuis longtemps à expliquer mes comportements aux gens qui m'entourent, dans des relations amicales ou professionnelles : sautes d’humeur, problèmes d'hyperactivité, concentration que je ne sais maîtriser.

La bonne chose, c’est que je suis généralement entourée de personnes très patientes et compréhensives de ma situation. Je ne me sens pas jugée par les autres, et c’est déjà très rassurant. La mauvaise, c’est que ce trouble reste pour le moment peu reconnu en France, et les gens ne sont pas informés comme dans les Pays Anglo-Saxons. Je dois donc faire preuve régulièrement de pédagogie, et la peur qu’on me trouve bizarre ou méprisante devient parfois une corvée.

Mais comme pour beaucoup d'autres questions, je préfère en rire qu’en pleurer. Je ne suis pas du genre à me lamenter sur mon sort. J’ai appris à faire de mes obstacles personnels une force, et parfois même d’en faire les plus belles parties de moi.

Je suis une grande gueule, et j’ai toujours des choses à dire.

« Il faut que j’exerce, que je crée »

J’ai trouvé ça amusant de m’adresser cette semaine à vous, dans cette chronique, pour vous parler avec un peu de sarcasme des inconvénients de mon trouble du dysfonctionnement de l’attention et de l'hyperactivité, mais aussi des avantages !

Lorsqu’on a de lourds problèmes de concentration, on a tendance à avoir la mémoire fragile ou à ne pas être attentif envers nos responsabilités, éléments ou personnes qui nous entourent.

Il faut alors savoir s’organiser et mieux anticiper son quotidien, et apprendre avec le temps quelques trucs qui peuvent dissimuler cela aux yeux des autres, pour ne pas être toujours mis en porte à faux.

Par exemple, je suis devenue une championne dans l’art de dissimuler à mon interlocuteur que je n’écoute plus du tout depuis un bon moment. Regards appuyés, acquiescements de la tête de temps en temps, un petit « oui » ou « d’accord » lâchés de façon aléatoire, tout ça pendant que je suis partie loin, vraiment très loin...

Il m’arrive cependant de partir si loin que je suis incapable de répondre pendant plusieurs minutes à mon interlocuteur s'il me pose une question. J’ai les yeux vides, la bouche entre ouverte et j’ai l’air stupide.

On est nombreux à avoir ce genre d'absence, mais une personne comme moi décroche quasiment à chaque conversation.

Quand j’étais petite, jusqu’à l’adolescence, ma mère s’arrachait les cheveux car je perdais et j’oubliais tous les jours mes affaires. Elle me disait qu’avec tous les vêtements (bonnets, écharpes, manteaux, gants...) que je perdais tous les jours à l’école, j’aurais pu fournir à l’armée du Salut de quoi habiller au moins 50 enfants chaque année. L’avantage, c’est que j’avais des vêtements neufs tout le temps !

Mon univers onirique est extrêmement riche. Je peux vous parler pendant des heures du monde parallèle fantastique que j’ai construit dans ma tête. Je passe ma vie à rêver, dans les moments où je ne dois justement pas me le permettre. Je suis également très influencée et imprégnée des rêves que je fais la nuit, qui me travaillent souvent toute la journée, jusqu’à influencer souvent mon comportement.

Attention ! Vous êtes probablement en train de vous faire l’idée que je suis pratiquement incapable de me concentrer. Eh bien ce n’est pas toujours le cas !

Lorsque que quelque chose passionne une personne TDAH, elle peut complètement captiver son attention jusqu’à lui apporter une concentration excessive.

C’est personnellement mon cas, mais seulement lorsqu’il s’agit d’activités que j’entreprends moi-même. Je suis pour l’instant presque incapable de me maintenir attentive si je n’use que de mon ouïe ou de mes yeux. Il faut que j’exerce, que je crée.

J’ai des milliers d’idées à la minute, ce qui peut me rendre parfois la vie difficile lorsque je dois être à l’écoute des autres. Je suis également une championne du monde pour couper la parole maladroitement des autres des dizaines de fois au cours d’une seule phrase. Ça, c’est quelque chose que je déteste chez moi, je sais que c’est impoli, mais je suis toujours dans les deux extrêmes. Soit je carbure à toute vitesse, je presse tout et je suis trop dynamique - car inconsciemment j’ai peur de tout perdre, d’oublier ce que je veux dire, ce que j’ai en tête ou que mon attention et ma mémoire immédiate me lâche d’une seconde à l’autre - soit je suis tellement loin dans mon esprit que les lumières, voix, ou personnes qui m’interpellent peuvent me rendre terriblement anxieuse jusqu’à la crise de nerfs.

Lorsque je suis en mode « off » et que l’environnement qui m’entoure n’est pas en adéquation avec mon état actuel, c’est extrêmement difficile pour moi.

Que ce soit un endroit calme et que mon hyperactivité se manifeste comme une crise ou que mon entourage ne me laisse pas m’enfermer dans ma bulle.

C’est comme si c’était vital, comme si j’avais deux personnalités opposées et extrêmes en une seule.

Au final, mon hyperactivité et mon manque de concentration sont parfaitement liés.

J’ai beau être fatiguée, je suis rarement capable de le ressentir et de vraiment le réaliser.

Mon cerveau est comme un ordinateur très puissant qui tourne en permanence mais qui rejette certains systèmes, et qui défaille souvent.

« Je vois plutôt ça comme un « super-pouvoir », et j’aime ça ! »

J’ai de grosses difficultés à me repérer dans l’espace et dans le temps. Je me perds même dans des endroits que je suis censée connaître par cœur, et il ne m’arrive que cinq ou six fois par an d’arriver à l’heure quelque part, de n’avoir rien qu’un peu la notion du temps qui passe.

Pour moi, il n’est pas toujours question de motivation, mais plutôt d’impulsivité.

Comme je l’ai dit, j’ai mille idées à la minute. Mais en plus, quand j’ai une idée en tête, il faut qu’elle se réalise tout de suite.

Championne du monde de la rapidité de réalisation d’une idée, entre le moment où elle germe dans ma tête et le moment où je la mets en action, il ne s’écoule parfois qu’une fraction de seconde. Avec à la clé, un résultat pas toujours garanti...

Je ne suis pas très ponctuelle. Je suis souvent dans l’immédiat ou dans la très longue attente, et je ne sais pas toujours si c’est un défaut ou une qualité.

Et je découvre souvent des trésors chez moi. Pour un TDAH, un objet rangé est un objet qui a disparu à jamais de sa vie. Quel plaisir quand il le découvre quelques semaines, mois ou années après !

Je trouve moi-même cela étrange, mais j’ai toujours eu des difficultés à manipuler quelque objet du quotidien, ou à faire certains mouvements avec, comme tenir un stylo ou des couverts ; car en plus d’être TDAH, je suis dyspraxique, gauchère avec une forme d’ambidextrie au niveau des yeux (je n’ai pas d’œil directeur).

Vous avez un petit coup de barre, besoin de vous asseoir un peu ? Votre corps vous abandonne et a besoin de repos après une grosse et dure journée ... Pas moi ! Ce n’est jamais l’énergie et le dynamisme qui me manquent. Surtout si je ne prends pas ma Ritaline, ce médicament fait d’amphétamines qui m’aide à maintenir un peu ma concentration et à calmer mon besoin de bouger, de me déplacer en permanence et de toucher à tout.

Je peux être autant fatiguée que vous sans y prêter attention. Ce n’est pas toujours une bonne chose, mais je vois plutôt ça comme un « super-pouvoir », et j’aime ça !

Pour finir avec un dernier aspect positif, car je reconnais ne pas en avoir cité beaucoup, ce « handicap » nous mène tout de même à voir le monde d’une façon différente, sans qu’on ne sache vraiment l’expliquer. Cela nous apporte un esprit généralement plus créatif et vaste.

Nous sommes différents sur le plan « cognitif » et certaines de nos caractéristiques deviennent des forces potentielles. On pense « hors du cadre », ce qui nous rend toujours plus imaginatifs !

Peut-être que vous êtes vous-même porteur d’un trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité, ou que vous êtes parent d’un enfant qui l’est. Possible même que vous ayez pu reconnaître une personne de votre entourage dans mes lignes.

J’espère en tout cas vous avoir éclairé en abordant ce sujet-là, sur lequel je compte encore m'exprimer, notamment au plan scolaire, étant moi-même passée par là.

Je veux donner l’exemple, encore et encore, et montrer qu’on peut tous apprendre, quelles que soient nos manières de fonctionner et notre connexion intime avec notre entourage. Tout est beau à découvrir, et encore plus sur soi-même.

Mila

06/10/2021 - Toute reproduction interdite


Portrait de Mila par Marc Wild Passion
© Marc Lamey/DR
De Mila