J’espère me tromper, mais aujourd’hui, avec l’évidente et malheureuse amplification des réseaux sociaux, je pense que nous avons tous été victimes à différentes échelles de discriminations physiques, et principalement en ce qui concerne nos corps. J’entends encore dans tous les coins des réflexions très indécentes, ou des allusions plus discrètes, piquantes et détournées, sur des gens qui les subissent, ou même qui me concernent...

La chronique de « Mila en liberté »

Que l’on soit gros, petit, maigre, trop noir ou blanc, qu’on ait une poitrine opulente, des vergetures ou des cicatrices, on sera toujours moins légitimes, aux yeux de certains, à oser se montrer « en vrai » ou sur internet, de se vêtir comme bon nous semble, et de s’assumer comme on veut le faire.

Et on entend la petite musique désagréable du « il fallait s’y attendre » lorsqu’on se fait insulter, comme si avoir une « particularité » visible qui ne correspond pas aux attentes - de personnes qu’on ne connaît généralement même pas - donnait le droit aux autres de nous mépriser. Le harcèlement et la discrimination gratuite des corps sont des violences psychologiques pour les victimes, et ce n’est pas parce que le jugement, même inconscient, est purement humain qu’on doit excuser cela en le désignant comme un phénomène de société.

Avec tous les problèmes qu’on a déjà à régler quotidiennement : il y a cette confiance en nous-mêmes parfois ou toujours manquante qu’on a bien du mal à maîtriser, ces complexes qu’on essaie de libérer ou contre lesquels on veut lutter, ces réflexions et jugements qui se multiplient et qu’on craint, comme si on voulait préserver notre identité.

Car oui, je pense que la valeur qu’on attache à notre apparence prend plus de place qu’à une certaine époque sur notre identité propre depuis l’apparition des réseaux sociaux.

« Une grande partie de ma génération se mobilise »

Nous n’avons pas grandi dans une société où la diversité des corps occuperait les plus hautes marches sur le podium des valeurs. Et je vois des militantismes qui dénoncent cela, qui prônent l’acceptation de soi avec toutes les marques et morphologies qui existent. J’admire ce combat, et je soutiens ces militantismes.

Aujourd’hui, quand on est un personnage public, et surtout une femme sur les réseaux sociaux, on se fera insulter, parfois lyncher massivement pour des « cuisses trop grosses », des bourrelets, des grains de beauté ou un corps « trop plat », même lorsqu’on ne met pas en avant son corps. Les internautes sont parfois persuadés qu'on n'a rien d'autre à faire de notre précieux temps que d’être à la hauteur de leurs attentes. Et pour satisfaire quoi ? Une libido ? Un ego fragile ou un complexe d’infériorité ?

Je ne veux même pas le savoir.

Je suis fière de voir qu’une grande partie de ma génération se mobilise aujourd’hui, et de plus en plus, pour prôner le « Body-Positive » et sensibiliser les gens à ces violences psychologiques, à toutes ces phrases, mêmes rares et détournées, qui peuvent changer et horrifier le regard d’une personne sur elle-même, renforcer des idées noires et des complexes douloureux.

Mila.

14/10/2021 - Toute reproduction interdite


L'application Instagram est vue sur l'écran d'un téléphone le 3 août 2017.
© Thomas White/Reuters
De Mila