Interviews | 27 avril 2020

Michel Onfray : « Le temps est venu de fédérer les souverainistes ! »

De Emmanuel de Gestas
6 min

Le philosophe Michel Onfray lance la revue Front Populaire avec d’autres intellectuels de sensibilité souverainiste. Son objectif : face au bloc élitaire, rassembler un bloc populaire et national. Par le débat, la réflexion et les idées.

                                                Entretien conduit par Emmanuel de Gestas.

 

GGN : Pourquoi avoir choisi de nommer votre revue Front Populaire ?

Michel Onfray : Pour deux raisons. La première, pour faire un clin d’œil au moment historique connu avec cette expression et qui a permis, en juin 1936, d’obtenir des avancées sociales substantielles sans que le sang soit versé, sans tribunal révolutionnaire, sans guillotine, sans Terreur, sans lois sur les suspects. A cette époque, le peuple fut mis à l’honneur. Pour autant, nous n’assumons pas toute la politique de Léon Blum ! Nous ne sommes solidaires ni de sa chambre qui vote les pleins pouvoirs à Pétain, ni de ses ministres qui n’aident pas l’Espagne républicaine qui appelle au secours, ni les yeux doux à un Parti Communiste français  alors stalinien – s’il faut préciser…  Précisons que ce mook n’est pas une revue consacrée à cette période de l’histoire de France.

La seconde parce qu’il existe déjà un front populicide, j’emprunte ce dernier mot à Gracchus Babeuf, constitué par l’union de la gauche libérale et de la droite libérale autour de l’Etat maastrichien qui s’est constitué contre les peuples, contre les nations, contre les Etats. Ce front populicide est au pouvoir en France depuis 1983, après que Mitterrand eut renié le socialisme au profit du projet européiste, mais surtout depuis 1992, date du Traité de Maastricht. L’actuel président de la république, Emmanuel Macron, a fusionné clairement droite et « gauche » sous son nom – souvenez-vous qu’EM, les initiales de son mouvement En Marche, sont ses propres initiales…   Mais il ne sait pas conduire ce char populicide trop puissant pour lui.

GGN : Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à sa création ?

Michel Onfray : 70% des inscrits aux élections ne votent pas pour ce projet : le souverainisme est majoritaire en France, droite et gauche confondues. Or la minorité maastrichienne impose sa loi – matraquage quotidien de l’idéologie dans les médias concentrés dans quelques mains de propriétaires maastrichiens richissimes, mais tout de même subventionnés par l’argent du contribuable,  usage césarien de la V° République avec oubli que, pour elle, la souveraineté revient au peuple qui s’exprime dans des élections ou des référendums, mépris des référendums quand ils ne sont pas en faveur de Maastricht (Traité européen en 2005), usage de la démocratie représentative contre le peuple avec les consentement des députés et sénateurs (Traité de Lisbonne en 2008), criminalisation intellectuelle de toute pensée souverainiste, tout ceci fait étrangement songer à la société décrite par Orwell… Le temps est venu de fédérer intellectuellement cette opposition.

GGN : Vous invoquez la nécessité d’unir les « souverainistes des deux rives ». Comment réussir là où, de Séguin à Marine Le Pen, en passant par Villiers, Montebourg ou Chevènement, leurs principaux chefs de file ont toujours échoué ?

Michel Onfray : L’échec s’est fait sur la question de l’immigration. Une chance pour les souverainistes de gauche, une malédiction pour les souverainistes de droite. Or, l’immigration ne doit pas être essentialisée : elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. L’immigration de judéo-chrétiens dans l’espace national ou européen n’est pas comparable à l’immigration islamique : la première ne porte pas un autre projet de civilisation, la seconde, si. Il faut donc aborder ce sujet en nominaliste : elle est bonne, comme le pense la gauche, quand elle apporte un peuple qui a envie de contribuer au projet occidental et qui souscrit à l’idéal républicain – liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme. En revanche, elle est mauvaise quand elle draine un peuple, ou des peuples, qui n’ont aucun souci de contribuer à cet idéal, mais qui veulent au contraire l’abolir pour imposer le leur.  L’islam est porteur d’une civilisation dans laquelle les humains sont inégaux et classés selon leur appartenance religieuse ; dans laquelle la liberté n’existe pas puisque tout est voulu et décidé par Dieu ; dans laquelle les femmes sont inférieures aux hommes et les homosexuels condamnés, pourchassés, parfois, dans certains pays, exécutés. Quand on défend un projet de civilisation dans laquelle la fatalité remplace la liberté, l’inégalité se substitue à l’égalité, la communauté prend la place de la fraternité, la phallocratie celle du féminisme et la théocratie celle de la laïcité démocratique, on entre fatalement en opposition avec la civilisation occidentale. Sur ce sujet, la gauche souverainiste pèche par irénisme, la droite souverainiste par essentialisme.  Nous tâcherons d’éviter l’irénisme et l’essentialisation.

GGN : Si les souverainistes de droite et de gauche s’entendent sur le retour du cadre national, ils peuvent diverger sur les politiques à mettre en place. Comment créer un consensus ?

Michel Onfray : Il faut procéder avec méthode. Le temps de l’union et de la fédération pour créer une contre-force, un contre-pouvoir, au front populicide, est une chose. Celui de la construction, de la reconstruction arrive après. Comparaison n’est pas raison, mais construire la Résistance en y appelant le 18 juin 1940 ne coïncide pas avec reconstruire la France en 1944. Le jour de son Appel, de Gaulle est seul, le jour du Programme du Conseil national de la Résistance il ne l’est plus. Il nous faut d’abord construire une dynamique. Puis nous songerons à un programme commun. Mais cet ensuite n’est pas renvoyé aux calendes grecques. Nous avons le souci critique de l’analyse mais également, dans un même temps, celui de la proposition positive. J’ajoute que l’époque a changé. Qu’au temps du couple Villiers-Chevènement, l’Europe maastrichienne n’a pas encore montré son vrai visage. On peut prendre leurs discours pour des propos de Cassandre et en faire des oiseaux de mauvais augure. Trente ans plus tard, on découvre qu’ils avaient raison. Et le peuple le comprend lui aussi. Ce qui change la donne. La pitoyable gestion de la pandémie de coronavirus montre à ceux qui avaient encore besoin de preuves l’impéritie de l’Europe maastrichienne. Que des particuliers taillent des masques dans des slips pour endiguer la contamination  dit tout à qui veut bien voir !

GGN : Dans le cadre de ces nécessaires débats programmatiques, quelle place pour vos propres convictions girondines, mutualistes, et libertaires ?

Michel Onfray : Je suis dans cette aventure un parmi d’autres : ça n’est pas une revue à ma gloire, c’est une revue qui veut penser et repenser le souverainisme, rassembler cette force-là, faire émerger des propositions très concrètes. Je pense que la pensée girondine et celle de Proudhon ont largement de quoi contribuer au débat. Front populaire n’est pas un mook césarien ou bonapartiste, c’est un laboratoire dans lequel, via une plateforme à laquelle nous travaillons, le peuple s’exprimera dans un Parlement perpétuel constitutif d’un programme. Nous voulons que les choses partent de la base que nous nous proposons de fédérer. Rien à voir avec une logique de lider maximo…

« Emmanuel Macron n’a pas la carrure de la fonction ».

GGN : Quel regard portez-vous sur la gestion de la crise du Coronavirus par le Gouvernement et le Président de la République ?

Michel Onfray : Pitoyable, minable, déplorable… Le chef de l’Etat, qui n’a pas l’étoffe d’un chef et se retrouve dans les ruines de l’Etat, est perdu. Il suffit de mettre bout à bout les communications du gouvernement : elles sont toutes contradictoires. Le masque inutile, puis obligatoire, la restauration des frontières une sottise, puis décidée, les écoles impossibles à fermer, puis fermées, les personnes âgées confinées plus longtemps, puis non, les tests ni fiables, ni utiles, ni nécessaires, puis commandés, le déconfinement régional, puis jacobin, les commémorations du 8 mai annulées, puis honorées, etc. Je le dis depuis le débat, Emmanuel Macron n’a pas la carrure de la fonction. Il n’est pas à la hauteur, ni spirituellement, ni historiquement, ni politiquement, ni humainement. Depuis 1992, les présidents français sont les marionnettes de l’Etat profond. Les autres parvenaient à le dissimuler : lui, non… Pire : avec ses maladresses, il révèle le mécanisme en plein jour, comme un magicien qui trahirait le secret de ses tours sur scène !

GGN : Déjà se profile le « monde d’après », et un gouvernement « d’union nationale » est évoqué. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Michel Onfray : Ce gouvernement national se fera, s’il se fait, avec les maastrichiens de droite et de gauche. Il ferait en même temps  ce que la politique française fait se succéder depuis trois décennies. Au lieu d’avoir Sarkozy puis Hollande on aurait Sarkozy et Hollande. Ce serait le retour des coupables de la situation dans laquelle nous nous trouvons : Juppé et Fabius, Raffarin et Ayrault, Fillon et Cazeneuve ! Ils claironneraient : « L’Europe a failli ? nous avons la solution : plus d’Europe encore » … Non merci comme disait Cyrano. Non merci

28/04/2020 - Toute reproduction interdite.


Michel Onfray - Front Populaire
DR
De Emmanuel de Gestas

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