Economie | 20 décembre 2020

Michel Lecomte : « Toutes les plateformes de e-commerce menaçent les petits commerçants »

De Fild Fildmedia
4 min

Ancien industriel puis journaliste, Michel Lecomte est le fondateur de Smartrezo, un réseau social et média collaboratif français. Il propose une alternative aux GAFAM. Il met en garde les petits commerçants contre la digitalisation non raisonnée de leurs établissements encouragée par le gouvernment. 

Entretien conduit par Marie Corcelle


Fild : Que pensez-vous de l’appel à la digitalisation précipitée  des petits commerces ?

Michel Lecomte : La digitalisation des commerces -  c’est-à-dire le  e-commerce local - est indispensable car les usages ont changé. La crise du covid a poussé les consommateurs à utiliser le e-commerce et beaucoup le découvrent et vont y prendre goût.  Mais la volonté du gouvernement de pousser les commerçants à entrer dans ce monde va leur faire courir un grand danger.  Il n’y a pas que Amazon qui est dangereux, toutes les plateformes de e-commerce  menacent les petits commerçants car elles sont toutes aidées par les GAFAM.            


Fild : Quels dangers encourent ces commerces ?   

Michel Lecomte :  La digitalisation brutale va utiliser l’internet des GAFAM : les balises de Google analytics, les balises de média-métrie, les algorithmes de Facebook…  Automatiquement, lorsqu’un consommateur va visiter la boutique en ligne d’un vendeur, il va être tracé. Ces fameuses balises vont permettre de savoir ce que le consommateur ou client sera venu regarder. C’est ce que l’on appelle les « données de navigation ».  Il ne faut pas croire que quelqu’un qui va sur votre boutique d’e-commerce va acheter tout de suite. Comme dans la vraie vie,  le consommateur met en concurrence les boutiques. Il va aller voir le même produit dans différents magasins. Entre-temps, les fameuses balises de traçage des GAFAM vont permettre d’afficher exactement le même produit sur la page Facebook ou  Instagram du client/consommateur. Et là, le consommateur pourra lire ce message « Si vous achetez chez nous, vous serez livré dans 24h ». Les gens  vont donc acheter sur de grandes plateformes comme  Amazon, Darty, Cdiscount… En aucun cas ils ne le feront chez le petit commerçant local car le service rapide n’est pas proposé. Quand vous n’y connaissez rien au numérique et que l’on vous conseille de mieux travailler votre page Facebook afin d’y présenter vos produits, vous ne savez pas qu’il y a un piège. Facebook a sa propre marketplace faisant concurrence au petit commerçant.     
In fine, la digitalisation brutale - en oubliant de retirer toutes ces balises -  va conduire à tuer les commerces encore plus vite. 


Fild : En quoi la plateforme Ma ville mon shopping, incitée par le gouvernement et lancée par La Poste est une fausse bonne idée ?              

Michel Lecomte :
Il y a une dizaine  de plateformes de ce genre qui ont été labellisées par le gouvernement et la DGE (Direction générale des entreprises ). Il faut bien comprendre le fonctionnement d’une marketplace : les consommateurs remplissent un panier en ajoutant des produits de différentes boutiques. Ils règlent en une seule fois sur la plateforme. Cette dernière va payer les vendeurs au prorata de ce qu’ils ont vendu. Le client achetant un article dans une boutique via Ma ville mon shopping, n’acquiert donc plus ses achats directement auprès commerçant. La plateforme va récupérer l’intégralité des données des clients de tous les vendeurs. Le nom, le prénom, l’adresse, le téléphone, les habitudes d’achat… Ces plateformes sont  espionnées par les GAFAM car elles ont toutes les balises de Google et de média-métrie sur leurs pages ! Les petits commerçants locaux font ainsi face à une multitude de pièges qu’ils ne peuvent déceler. Avec la crise du covid, ils vont percevoir environ 500 euros de la part du gouvernement en janvier, en vue de se doter de ces outils numériques.  En théorie, un site de e-commerce coûte entre 4000 et 5000 euros. Là, on leur dit que ça ne leur coûtera rien et qu’ils  percevront de l’argent. Autrement dit, on va donner de l’argent au commerçant pour qu’il se tue lui-même !          

Fild : Quelle alternative proposez-vous ?    

Michel Lecomte : Il y a aujourd’hui  une opportunité de retourner à un véritable internet, qui n’est pas celui des GAFAM.  J’ai lancé une plateforme numérique souveraine où il n’y a pas de balises de traçage. Nous faisons en sorte que nos membres premiums -  des médias, des villes, des entreprises et des associations - publient tous leurs contenus sur un média commun dans chaque territoire. Les habitants/consommateurs peuvent trouver sur notre Smartrezo toutes les informations dont ils ont besoin sans être abonnés.  Avec l’absence de balises, il est impossible aux GAFAM de savoir ce que vous regardez chez nous. Vous n’aurez ni publicité ciblée, ni de mise en concurrence entre petits commerçants.     
Smartrezo défend les territoires. Et un territoire commence à partir d’une commune.  Nous avons donc créé une marketplace - qui n’en est pas une stricto sensu – permettant de mettre en avant les boutiques locales et de lancer le e-commerce de proximité en toute sécurité pour chaque commerçant. L’idée est de faire marcher l’économie locale en achetant dans sa zone. Quelqu’un qui vient sur notre réseau précise son lieu de résidence - Bordeaux par exemple -  et il aura ainsi toutes les boutiques locales lui proposant le produit qu’il recherche. Si le produit qu’il souhaite n’y est pas, le site lui indiquera  d’autres  boutiques qui le vendent.  Nous apportons surtout le service indispensable qu’attendent et exigent les consommateurs.  

08/12/2020 - Toute reproduction interdite



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