Michel Barnier se prépare à participer à la primaire LR. Comme tous les autres candidats de la droite, il a été auditionné par les députés du parti la semaine dernière, lors de leurs journées parlementaires à Nîmes. Sa sortie spectaculaire et inattendue sur l’immigration et l’Union européenne en a étonné plus d’un. Est-ce une sincère prise de conscience ou un simple slogan de campagne à la mode ?

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

C’est en août dernier que Michel Barnier a annoncé son souhait de se présenter à la primaire des LR en vue de l’élection présidentielle de 2022. Depuis, les divers sondages le donnent entre 8 et 13 %. Un score pour le moins honorable mais qui le place encore derrière Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Pour les médias mainstream et la majorité des cadres de son parti – plutôt centristes et qui n’ont pas déjà choisi leur champion en la personne d’Emmanuel Macron –, la candidature de Michel Barnier peut être séduisante.

Plusieurs fois ministre (Environnement, Affaires européennes, Affaires étrangères, Agriculture et Alimentation), l’ancien commissaire européen (deux fois) de 70 ans a de l’expérience, tant sur le plan national qu’européen. Par ailleurs, il a encore belle allure. Même si un certain charisme lui fait défaut. Sa stature consensuelle, son image d’Européen convaincu et son style très « ancien monde » ne peuvent que plaire au landerneau parisien.

Chez les militants et les potentiels électeurs LR, c’est autre chose. Nombreux le trouvent « trop fade, trop morne, trop monotone ».

C’est pourquoi, lors de son entreprise de séduction auprès du parti la semaine dernière, pendant ses journées parlementaires, l’ancien élu de Savoie a déclaré à propos de l’immigration : « Il faut retrouver notre souveraineté juridique » et ne pas être « menacés en permanence d’un arrêt ou d’une condamnation de la Cour de justice européenne ou de la Convention des droits de l’Homme, ou d’une interprétation de notre propre institution judiciaire » !

Ces déclarations « choc » ont provoqué un véritable tollé chez les « bien-pensants » et bien-sûr à Bruxelles : « Barnier se zemmourise », « Comment une telle phrase peut-elle avoir été prononcée par un Européen aussi engagé ? » s’est interrogé Clément Beaune, ministre de Macron pour les Affaires européennes, « C’est un naufrage, un pacte faustien » …

Effectivement, ce revirement sur l’Union européenne venant d’un ex-commissaire européen et ancien négociateur en chef depuis 2016 pour l’UE lors du Brexit, ne pouvait que surprendre.

Cette sortie est-elle vraiment sincère ? Michel Barnier a-t-il enfin pris conscience des dérives technocratiques, impopulaires et désastreuses du pouvoir bruxellois ?

C’est peu probable. Car sinon, pourquoi n'y a-t-il jamais eu de sa part aucune action, ni même un simple mot pour dénoncer les nombreuses aberrations de gouvernance et de choix de l’UE ? Au contraire, Michel Barnier a toujours été l’un des plus grands et farouches défenseurs du « projet européen ». Pourquoi ferait-il alors, s’il était élu, une politique en complète contradiction avec celles qu’il a défendues bec et ongles pendant toutes ces années ?

Michel Barnier s’est-il discrédité ?

C’est une réalité, l’électorat français s’est « droitisé » depuis des décennies, notamment chez les abstentionnistes, déçus voire écœurés par les trahisons de la droite et les insuccès répétés du FN puis du RN. D’autant que l’éditorialiste Éric Zemmour est en train d’imposer ses thèmes dans la campagne…

Le père de la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, Nigel Farage, est peut-être celui qui résume le mieux l’état d’esprit de l’ancien commissaire européen : « Michel Barnier est le plus grand hypocrite de tous les temps ».

Avec cette dernière sortie, Barnier s’est encore un peu plus discrédité aux yeux de beaucoup d’éventuels électeurs de droite, toujours orphelins et qui n’ont pas attendu le leader britannique pour se faire une idée du personnage. Car l’intéressé représente en définitive tout ce dont la majorité des Français (les 70% d’abstentionnistes) ne veulent plus : des politiciens prêts à tout et à toutes les belles paroles pour gagner une élection en occultant leur inaction et plus de quarante ans de promesses non tenues, ainsi que leurs multiples renoncements sur le régalien, la souveraineté, la sécurité, l’immigration et bien d’autres domaines.

Pour les autres, minoritaires mais qui votent encore et qui, par intérêts ou aveuglement, se satisfont toujours de ce genre de professionnel de la politique, il leur reste Xavier Bertrand ou mieux, le champion toutes catégories en la matière : l’actuel locataire de l’Élysée. Pourquoi iraient-ils chercher ailleurs ce qu’ils ont déjà ?

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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16/09/2021 - Toute reproduction interdite


Le négociateur de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier discute avec Nigel Farage, membre du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) au Parlement européen à Strasbourg, le 5 avril 2017.
© Vincent Kessler/Reuters
De Roland Lombardi