Fildmedia.com a établi le « Top 5 » des villes françaises les plus sales, à partir de critères objectifs pas très reluisants : poubelles qui débordent, décharges sauvages, encombrants déposés en dehors des jours prévus à cet effet... En prenant également en compte la perception des habitants et des associations qui se mobilisent contre ce fléau aggravé par les incivilités. Paris, Marseille et Toulouse sont sur ce podium peu glorieux.

Par Marie Corcelle

1. Paris : championne... d'Europe !

À Paris, le problème de la saleté a tendance à « s'incruster ». En 2019 déjà, la plus belle ville du monde s’était déjà vue décerner un titre peu enviable par le journal britannique The Guardian: celui de ville la plus sale, non pas de France, mais d’Europe ! Depuis lors, la situation ne s'est guère améliorée. Elle a même empiré. Mais le mécontentement des parisiens s'organise. À travers le lancement du hashtag #saccageparis par le compte Twitter @PanamePropre, les internautes postent des milliers de photos pour dénoncer l’insalubrité de la capitale et s’en donnent à cœur joie. En vue des élections municipales de 2020, un sondage Ifop soulignait l'ampleur du problème, en montrant que l’un des enjeux majeurs pour 71% des Parisiens était celui…de la propreté. Un chiffre qui en dit long, malgré les 550 millions d’euros annuels destinés à rendre la capitale propre. En réponse à cette demande des citoyens, la reine maire Anne Hidalgo s’était dégagée de toute responsabilité en disant que c’était « le vivre-ensemble qui ne fonctionnait pas ». Une partie des habitants de la capitale a pourtant choisi de mettre les mains dans ce cambouis. À l'instar de Yoshiko Inai, présidente de l’association Green Bird, qui nettoie les rues de Paris régulièrement avec le soutien actif de ses adhérents, mais aussi grâce à toutes les âmes de bonne volonté qui décident de descendre dans la rue de manière spontanée pour prêter main forte. « Les principaux déchets que l’on trouve sont des mégots, des tickets de métro, des emballages…», explique Yoshiko Inai. Une façon de sensibiliser les citoyens à la propreté, car au-delà de la gestion municipale, la saleté est aussi liée aux incivilités.

2. Marseille : la propreté en grève

Sacs d’ordures éventrés, poubelles trop pleines renversées sur la voie publique, rues transformées en véritables dépotoirs : à Marseille, il vaut mieux parfois marcher avec les yeux tournés vers les gabians... qui planent au-dessus des monticules de déchets. Les Marseillais ne s'y habituent pas, mais la confiance dans les pouvoirs municipaux étant aussi mince ici qu'à Paris, les habitants se mobilisent. Georges-Edouard Legré a ainsi cofondé l’association 1 déchet par jour . Le concept, comme son nom l’indique, consiste à ramasser un déchet quotidiennement. « C’est un défi envers soi-même, pour inciter le monde entier à le faire. Et on peut le faire de manière amusante, comme se photographier en ramassant une ordure et en postant le cliché sur les réseaux, en taguant vos amis pour les inciter à le faire. Si chacun dans le monde ramassait un déchet, la planète serait nettoyée en un jour », explique Georges-Edouard Legré. Pourtant, à Marseille, l'initiative tient de la gageure ou du travail de Sisyphe. Et les grèves récurrentes des éboueurs n’aident guère la deuxième plus grande ville de France à devenir moins sale. Pas plus tard que le 24 octobre, les agents de propreté ont à nouveau cessé de collecter les ordures, qui s’accumulent un peu partout, encore plus que d’habitude. Les citoyens qui participent aux nettoyages bénévoles sont assurés qu'il ne manquera jamais de déchets pour leurs « selfies » postés sur leurs réseaux sociaux.

3. Toulouse : les poubelles débordent

Après #saccageparis, c’est #saccagetoulouse qui a vu le jour il y a quelques mois afin de dénoncer la saleté de la métropole. Les berges de la Garonne - qui traverse la ville – sont souvent recouvertes d’ordures en tout genre, ce qui suscite l’exaspération des habitants. L’association Champ d’actions, pour tenter de remédier au problème, nettoie chaque dimanche les bords du fleuve. « On a nettoyé 120 km de berges depuis la création de l’association, et nous ciblons beaucoup de nos actions sur les mégots de cigarettes, qui sont les déchets les plus présents », explique sa fondatrice Florence Ducroquetz. Mais il y a plus grave. Car ici comme à Marseille, les poubelles débordent : « Il y a des incivilités bien sûr, mais ce n’est qu’une des raisons. Pour moi, c’est un problème de dysfonctionnement. Il n’y a pas assez de bennes ni de ramassage. Au moindre coup de vent, à la moindre pluie, les déchets s’éparpillent sur le trottoir, et finissent par atterrir dans la Garonne, et on voit cela partout ». La promenade au bord du fleuve perd vite, en effet, sa dimension romantique, avec les poubelles qui ressemblent à des amas d’ordures, et les déchets qui s'éparpillent dans les rues alentour. Pour Florence Ducroquetz, c'est une question de manque de moyens, insuffisants pour répondre « à cette surconsommation des habitants qui engendre tous ces déchets ». Particulièrement en fin de semaine, semble-t-il, puisque les vendredis et samedis, les services municipaux ramassent en moyenne 400 kilos de déchets hors poubelles, notamment les « souvenirs festifs » des bouteilles vides abandonnées sur les places du centre-ville et sur les berges de la Garonne. La mairie de Toulouse a pris une décision qui laisse circonspect pour dénoncer l'amoncellement de ces déchets sauvages : afin de sensibiliser ses administrés, la Ville a décidé de ne pas nettoyer pendant quelques jours une partie de la place Saint-Pierre, où de nombreux étudiants se réunissent le jeudi soir. Une mesure mal appréciée par les riverains, d'autant plus exposés à la saleté.

4. Montpellier : la rivière charrie les déchets

Comme Toulouse, Montpellier est traversée par un fleuve : le Lez. Et comme dans la « ville rose », les berges sont ici souvent considérées comme des dépotoirs. L'antenne locale de Greenpeace a récemment donné l’alerte, en organisant une action de nettoyage, et en lançant une pétition pour presser la métropole d’agir. Comme à Toulouse, de nombreux détritus s'accumulent régulièrement sur les bords du Lez, qu’il s'agisse de cannettes ou de cigarettes. Même causes, mêmes effets : dès qu’un déchet n’est pas jeté dans une poubelle, il se retrouve dans le cours d’eau, poussé par le vent ou la pluie.

Mais au-delà, le problème de la saleté reste récurrent à Montpellier : le mouvement Nous Sommes le dénonce à travers des happenings et des images « choc ». L'une de leurs banderoles représente un rat constitué de déchets. Un clin d’œil à la phrase de l’ancien maire Philippe Saurel, qui avait déclaré que si la ville n’était pas propre dans 10 ans, il mangerait…un rat. En attendant, ce sont les Montpelliérains submergés par l'excès de déchets sauvages qui continuent d'avaler des couleuvres.

5. Aix-en-Provence : une décharge à ciel ouvert

Si on pense au cours Mirabeau lorsqu’on évoque Aix-en-Provence, cette belle image se voit entachée par la décharge sauvage située sur le plateau de l’Arbois, près de la gare ferroviaire. « On y trouve principalement des rebuts issus du BTP. Sur le taux global de déchets, 50 à 60% sont minéraux mélangés à de l’amiante, des matériaux d’isolation… Mais aussi beaucoup d’éléments de carrosserie, comme des pneus et des pare-chocs », explique Julien Bertrand, directeur de Mat’ild, l’entreprise chargée de la dépollution du site. Les dépôts sauvages d'ordures s'accumulant ici depuis 2012, le chantier s'annonce compliqué : « En termes de volume, nous avons des estimations jusqu’à 150 000 mètres cubes d'après les relevés sur le terrain, ce qui est colossal ». Si le tri est effectué sur place à l’aide d’engins mécaniques pour les déchets les plus imposants, ceux de petite taille doivent être envoyés sur une zone de tri spécifique. Un travail qui risque de prendre du temps, pour une facture d'autant plus lourde, à charge de la municipalité d'Aix-en-Provence et de ses administrés.

03/11/2021 - Toute reproduction interdite


À Marseille, les habitants laissent souvent trainer leurs déchets dans la rue sans avoir recours aux encombrants. Marseille le 25 juin 2021
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