La députée (non-inscrite) du Bas-Rhin lance sa « force de rassemblement politique » baptisée Ensemble pour les libertés (EPL). À neuf mois des législatives, où elle compte s'engager, l’élue donne les grandes lignes de sa vision pour la France de demain. Un projet qui rappelle le programme originel d'Emmanuel Macron... qui n'a jamais été appliqué, selon l'ex-députée d'En Marche.

Par Alixan Lavorel

« C’est révoltant ». Ce sont par ces mots que Martine Wonner, députée du Bas-Rhin déchue de La République En Marche, clôture la présentation de son nouveau mouvement : « Ensemble pour les libertés » (EPL). Même si le terme de « mouvement » ne convient pas plus ici que celui de « parti » : « C'est plutôt une force de rassemblement citoyenne ». Après un discours particulièrement critique à l’égard du gouvernement et une relecture du serment d’Hippocrate - que la psychiatre avait prononcé en 1991 lors de son ordination - , la députée s'attaque à la gestion de la crise sanitaire, en revenant sur ses interventions remarquées à l'Assemblée Nationale : « Pourquoi devrais-je, aujourd’hui, renoncer à mes vœux prononcés hier ? […] Je regrette que depuis la mise en place de cet état d’urgence sanitaire, le 23 mars 2020, dans ce magnifique hémicycle qui est la maison du peuple, nous n’ayons malheureusement pas pu avoir un seul vrai débat démocratique sur la crise du Covid ». Mais Martine Wonner ne tient pas à personnaliser les débats. Accrochée à son pupitre comme pour un meeting, lors que sa conférence de presse de présentation, elle prévient les journalistes : « Je ne parlerai pas de moi ». Car c’est bien là l’essence de sa force de rassemblement : ne pas faire reposer les idées de campagne sur une seule personne, mais sur un ensemble de futurs adhérents. Des citoyens issus de la droite comme de la gauche, « voulant faire entendre leurs voix et résister face à une administration qui dicte « de là-haut » la loi aux professionnels de santé et aux Français ».

Mais finalement, quel est le positionnement de la présidente d’EPL, tantôt désignée par certains comme « la gauchiste de la République en Marche », et classée par d'autres « à la droite de la droite, entre les Philippot, Dupont-Aignant et Le Pen » ? L’électron libre de l’Assemblée nationale se considère comme quelqu’un « de très équilibrée », ne suivant qu’une devise : « Une économie très forte pour beaucoup plus de solidarités ». Mais pour l'heure, Martine Wonner se contente de survoler les mesures qu’elle aimerait mettre en place en France, ne voulant pas « présenter un programme présidentiel, mais créer un mouvement où toutes ces questions seront réfléchies ensemble ». La députée se contente donc de donner quelques pistes, notamment sur sa volonté de poursuivre l'extension du numérique en France, mais en « remettant les données dans les mains de leurs propriétaires ». Au chapitre santé, Martine Wonner persiste dans sa logique en qualifiant les vaccins contre la Covid-19 de « substances non transparentes », tout en appelant à l’autorisation de tous les traitements efficaces contre la maladie. Enfin, elle annonce vouloir mettre la valorisation du territoire et du terroir au centre de son projet politique, tout en rejetant la « fermeture des frontières ou le protectionnisme ».

Cap sur 2022 ?

Martine Wonner n’apporte finalement que très peu de propositions concrètes sur les transformations à entreprendre dans notre pays, à neuf mois des élections législatives, où elle entend pourtant jouer un rôle. En effet, la députée de la quatrième circonscription du Bas-Rhin sera « candidate à sa réélection sous l’étiquette d’Ensemble pour les Libertés », en juin 2022. « Je crois qu’il faut arriver à sortir de cette logique des partis politiques, car ils défendent avant tout leurs propres intérêts, avant de penser collectivement. Mais aujourd’hui, si certains citoyens membres ou affiliés à des partis venaient rejoindre notre force de rassemblement, bien évidemment nous nous en réjouirions ». Aucune alliance n’est donc annoncée pour le moment, mais la porte ne semble pas fermée. Martine Wonner balaie cependant l’idée de se présenter à la présidentielle en avril prochain, jugeant comme « indécent » le nombre de candidats « se réveillant un matin avec l’idée de sortir seul la France du gouffre dans lequel elle est enfoncée ». Suivez son regard. Appelant à « dépoussiérer des institutions qui dysfonctionnent », la députée de l’Est souhaite que l’élection de 2022 ne se déroule pas « comme les précédentes », tout en refusant de répondre si elle soutiendrait une candidature ou non.

Un rassemblement qui se définit donc comme « à l’opposé des partis politiques traditionnels », ouvert à tous les citoyens, de gauche comme de droite. Une candidate se présentant elle-même comme une personne « centrée » et tenant un discours rimant fréquemment avec une forme d’« en même temps », que ce soit sur les vaccins, le numérique ou la souveraineté nationale… Sans pour autant établir un programme politique clair à l’approche des échéances électorales. Martine Wonner ne serait-elle pas, paradoxalement, en train de reprendre les éléments de son ancien chef et désormais opposant numéro un, Emmanuel Macron ? Un candidat qu'elle a soutenu il y a cinq ans, mais à qui elle reproche de ne pas avoir tenu ses promesses électorales ? À moins que, même en dehors de la Macronie, certaines habitudes soient difficiles à perdre. « Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même », prévient Nietzsche.

23/09/2021 - Toute reproduction interdite


Martine Wonner Députée de la 4ème circonscription du Bas-Rhin
© DR
De Fild Fildmedia