Le journaliste Olivier Dubois est retenu en otage au Mali depuis plus de 10 mois. Son ami de longue date Marc de Boni, ancien grand reporter au Figaro, a fondé le comité de soutien « Free Olivier ». Ce proche de la famille d'Olivier Dubois milite ainsi pour maintenir intact l'espoir d'une libération prochaine.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : Quelle est la personnalité d'Olivier Dubois ?

Marc de Boni : Olivier est quelqu’un de méticuleux, passionné et très humain. Je lui dois beaucoup ! Il a notamment été présent dans des moments personnels et familiaux difficiles. Il a été un soutien sans faille pour moi. C’est aussi un journaliste qui ne craint pas de se confronter aux sujets difficiles, et qui n’a pas sombré dans la facilité de ce qui fait « cliquer » ou de ce qui va attirer l’opinion. Olivier a toujours eu à cœur d’aller au fond des choses, que ce soit dans sa vie personnelle ou dans son travail. C’est d’ailleurs ce qui l’a amené dans le désert du Sahel, car il avait bien compris – un peu avant tout le monde – que c’était à cet endroit que se jouaient des enjeux géostratégiques pouvant avoir des répercussions sur le monde entier. Je dois ajouter à ce portrait ses talents d'excellent cuisinier, toujours prêt à rassembler ses amis autour d’un bon repas pour débattre avec ardeur jusque tard dans la nuit.

Fild : Quel est l'état d’esprit de la famille d’Olivier Dubois aujourd’hui ?

Marc de Boni : Olivier est avant tout un père aimant, un compagnon et un fils qui manque aujourd’hui à sa famille. Celle-ci a d’abord dû encaisser le choc, avant que l’on s’organise très rapidement au sein du comité de soutien, pour leur apporter notre appui et agir comme une caisse de résonance afin de réclamer sans cesse sa libération. Dix mois d’attente et d’incertitude, c’est épuisant. Car au fond, il n’y aucune certitude et aucun contact direct. Il est très difficile de savoir dans quelles conditions peut vivre Olivier aujourd’hui, et c’est une vraie torture pour sa famille. D'un autre côté, l’espoir et la confiance que tout va finir par s’arranger sont toujours là.

« Les autorités maliennes et françaises sont investies pour trouver une solution »

Fild : Pourquoi avoir créé ce comité de soutien et avec quels objectifs ?

Marc de Boni : Ce comité a en fait été créé comme une évidence. Quand nous avons appris qu’Olivier était privé de sa liberté de mouvement, il est apparu comme nécessaire d’apporter un soutien matériel, logistique et de communication à sa compagne, et sa famille. Ce genre de combat est très long et difficile psychologiquement. Il faut s’allier à plusieurs et unir ses forces pour tenir dans la durée. Nous avons très rapidement ouvert des groupes sur Signal ou Facebook avec toutes les personnes de bonne volonté pour organiser un décompte, créer une présence sur les réseaux sociaux, fédérer nos soutiens, organiser des événements médiatiques avec un seul but : qu’Olivier ne soit pas oublié.

Fild : Avez-vous des informations fréquentes de la part des autorités françaises ou maliennes sur l’évolution de la situation ?

Marc de Boni : C’est compliqué. Ce genre d’affaire se négocie souvent sous le manteau, à l’abri des regards, et en toute discrétion. Il y a des choses qui se jouent et dont on n’est pas totalement au courant. Ce qui est normal car cela fait partie du jeu. On sait que les autorités maliennes et françaises sont investies pour trouver une solution. Mais dans l’état actuel des choses, il est évident que les Maliens ont la main sur les discussions, alors que l’armée française se désengage progressivement du pays ; et d'autant plus depuis la rupture des discussions diplomatiques entre le Mali et la France. La famille Dubois a eu du mal à être reçue par les autorités françaises, et les informations sont assez rares. Je ne vous cache pas que nous avons vécu des moments d'angoisse ces derniers temps, sans vouloir tirer des conclusions hâtives sur les récentes évolutions de la situation au Sahel, et en particulier au Mali. C’est un contexte compliqué, mais ça n’atteint ni notre moral, ni notre motivation, ni notre espoir de le voir revenir au plus vite parmi les siens. Les dernières nouvelles que nous avons eu venaient du tweet d’un journaliste malien à l’automne dernier, qui atteste avoir rencontré et discuté avec un membre du groupe qui détiendrait Olivier.

Fild : Qu’attendez-vous du président Macron ?

Marc de Boni : Je souhaite au candidat Macron qu’il s’offre une belle victoire en réussissant une libération dans les meilleures conditions. Je souhaite aussi que le président de la République renoue avec le Mali, qui est un pays frère de la France depuis très longtemps, et qui est aujourd’hui dans une situation inédite. C’est très dommageable, pour les Français comme les Maliens. La seule chose que je peux attendre en tant que citoyen, c’est un apaisement des relations, pour renouer un dialogue qui ne peut que bénéficier à Olivier et améliorer sa situation. Encore une fois, ce sont des réalités de terrain très complexes ; il n'est pas sûr que le Président, seul depuis l’Élysée, soit aux commandes et fasse des miracles.

17/02/2022 - Toute reproduction interdite


Olivier Dubois
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De Alixan Lavorel