International | 23 juillet 2018

Mali: Gao, les ressorts de la "paix fragile"

De Meriadec Raffray
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Légumes, épices et chinoiseries en tout genre constituent le fonds de commerce du marché Damien Boiteux. Le principal lieu d’échanges de Gao a été baptisé du nom du premier soldat français de Serval mort au combat. Après la reconquête du printemps 2013, la France a financé la réalisation du bâtiment couvert qui abrite les étals de viande et de poisson. A deux pas de la place de l’indépendance et de la mairie, la vie quotidienne bat son plein, signe du retour d’une « paix fragile » dans cette ville de 80 000 habitants, capitale historique de ce Nord-Mali baptisé Azawad par les Touaregs, où toutes les ethnies du pays sont représentées. « C’est la véritable caisse de résonnance du Mali », décrypte le colonel Olivier Vidal, un solide parachutiste qui représente ici le patron de l’opération française, le général Bruno Guibert, dont le PC est au Tchad. Reportage

Pour consolider son travail de sécurisation de la zone et le retour des autorités locales, désormais présentes jusqu’à Assongo et Ménaka, dans ce Liptako à la fibre autonomiste convoité par les djihadistes, la force Barkhane marche dans les pas de Serval. Sur le terrain, ses équipes dédiées aux actions civilo-militaires dressent un bilan de « l’environnement humain des opérations » et détectent les opportunités d’action à effet rapide et à la mesure de ses moyens – très limités : 30 personnes, 700 000 euros de budget annuel.

 A Djidara, en périphérie de la ville, une activité coopérative de maraîchage existe depuis 1945. La force française a financé la rénovation des motopompes servant à remonter l’eau du fleuve pour irriguer les parcelles. Elle a fourni un lot d’outils de réparation et des instruments de jardinage. Exploités par 70 familles, les 3,5 hectares en culture font vivre 500 personnes. « L’eau, c’est la vie : vraiment, on peut remercier La Barkhane tellement son aide nous a été précieuse », disent ses responsables. L’adjudant-chef Festim, du 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP), pilote les projets locaux : « Le coût est faible, l’impact est maximum. Mes partenaires réclament d’autres pompes pour agrandir le jardin. On verra, car ils se heurtent à un problème de main d’œuvre : les jeune renâclent à travailler la terre… ». Les mots d’ordre de ce soldat polyglotte sont « écoute et discernement ».

Une autre équipe s’active à Ménaka, 20 000 habitants. Elle a confié à des entreprises locales le soin de réaliser des forages pérennes (120 m) pour approvisionner en eau potable 2 000 personnes. Les puits ont été connectés à un château d’eau de 1000 litres et à quatre fontaines. « On a mené des études pour éviter que les puits soient confisqués par des propriétaires privés et pour que l’eau profite autant aux communautés Songhaï, Daoussak et Tamachek », explique le capitaine de corvette Sylvain, le patron des ACM de la force. En parallèle, ses équipes ont réhabilité deux puits existants à proximité d’écoles, permettant leur réouverture et la reprise d’une micro-activité d’agro-pastoralisme et de maraîchage. Enfin, elle a acheminé un groupe électrogène pour palier la source défaillante principale d’électricité de la ville.

Entre juillet 2017 et juillet 2018, Barkhane a mené 128 projets dans la bande saharo-sahélienne, dont 90% au Mali. Education, santé, eau, agriculture, infrastructures, denrées alimentaires : « Le peu que nous apportons aux populations leur fait un bien fou car elles manquent de tout », confie le général Guibert. Il déplore la frilosité des acteurs du développement à venir sur le terrain : « Ils ont du mal à passer des déclarations à l’action. Le processus est très lent, il y a une vraie mobilisation intellectuelle à réaliser ». Pour asseoir une paix durable au Sahel, répètent les militaires, il faut déployer une stratégie globale : militaire, politique, diplomatique et de développement économique. « Le retour des Fama et de l’Etat malien dans la zone doit s’accompagner d’une action au profit des populations. Cela doit faire l’objet d’une stratégie précise, incluant l’Agence française du développement, la Banque mondiale et les entreprises ».

 

24/07/2018 - Toute reproduction interdite 


Gao, marché de Damien Boiteux, 28 juin 2018. Les responsables de l'action civilo-médicale de la force Barkhane visitent leurs contacts dans la ville plusieurs fois par semaine. L'écoute et le discernement sont leurs mots d'ordre.
De Meriadec Raffray

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