International | 22 avril 2018

Mali: Barkhane dans le piège du Sahélistan

De Meriadec Raffray
3 min

Les voix qui critiquent l’action de l’armée française au Sahel vont jusqu'à évoquer un échec stratégique comparable à celui de l’Afghanistan. La situation se durcit, mais l’opération Barkhane marque indéniablement des points dans une course de vitesse contre les katibas terroristes.

Mi février, la force Barkhane surprend et neutralise une vingtaine de djihadistes dans le Nord-Est du Mali. Sur un mois, une soixantaine a subi le même sort. C’est un coup sévère porté à un ennemi qui aligne moins d’un millier d’hommes dans toute la région, sait se fondre dans la population et évite tout combat frontal. Il illustre la redoutable efficacité opérationnelle de l’armée française au Sahel. A l’inverse des analystes qui théorisent son « échec », en comparant volontiers le sort de cette opération à l’engagement en Afghanistan. Au Sahel, nous « gagnons clairement », a déclaré le général François-Xavier de Woillemont, l’ancien patron de Barkhane lors d’un récent colloque à la Sorbonne.

Depuis août 2014, date de la création de Barkhane, plusieurs centaines de suppôts d’Al Qaeda et de l’EI ont été éliminés, ainsi que la plupart des chefs de l’offensive de janvier 2013 vers Bamako, déclencheur du retour de l’armée française dans la zone. Mais l’ennemi se régénère suffisamment pour maintenir la pression, et il est très mobile. Des obus de mortiers visent à nouveau les emprises françaises dans le nord de l’Azawad, foyer des rebellions touarègues. Le 2 mars, le groupe décimé en février revendique la double action meurtrière conduite à Ouagadougou, au cœur de la capitale burkinabé (une trentaine de morts). Par ailleurs, les katibas affinent leurs techniques à l’aune des leçons apprises par leurs « frères » de Daech échappés de la souricière du Levant. Leurs attaques à l’engin explosif improvisé sont plus régulières et plus meutrières (4 blessés et deux morts français entre janvier et février). Renseignés par la population, ils ciblent les véhicules PC et sanitaires.

Il est bien sûr impossible de « tenir » le terrain avec 4 500 hommes. Depuis l’extension de la zone d’opération aux pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger, Tchad), la stratégie de Barkhane vise donc à contenir la violence à un niveau acceptable pour permettre le retour de l’Etat au Nord-Mali. Problème, le volet politique ne suit pas : les accords d’Alger (mai 2015), négociés sous la contrainte, se heurtent au réel, comme le précédent (2006), qui a fait long feu.

En attendant, les hommes du général Guibert, l’actuel patron sur place, donnent du temps aux armées régionales pour remonter en puissance et apprendre à travailler ensemble. C’est à cela que sert la force africaine du G5 Sahel que la France a porté sur les fonts baptismaux. Ses premiers 5 000 hommes devraient être opérationnels au printemps, avec l’appui financier de la communauté internationale. Voilà pourquoi aussi les attaques djihadistes redoublent : la réussite du G5S signerait l’échec des « émirs » du Sahel.

Ces derniers ont le temps pour eux. Chassés du Nord, ils ciblent le centre du Mali ; la région est peuplée de Peules qui se montrent sensibles à leurs prèches après s’être longtemps tenus à l’écart de l’affrontement historique nord-sud. Sur ce territoire mité par l’islam radical, l’ambiance est quasi « insurectionnelle ». Pendant ce temps, « IBK », le président Malien, ne semble s’intéresser qu’à sa réélection en juillet prochain. Les Français le soupçonnent de double, voir de triple jeu. Du côté de Balard, les opérationnels martèlent : « Ne pas perdre est, au XXIè siècle, une forme de victoire ». Mais ajoutent que la paix durable ne se gagne pas sans un effort en faveur du développement économique et de la gouvernance politique. Ce sont les deux volets qui pèchent au Mali, et sur lequel ils n’ont pas la main.

26/04/2018 - Toute reproduction interdite.


Members of a French military medical unit carry an injured soldier towards a NH 90 Caiman helicopter during the regional anti-insurgent Operation Barkhane in Inaloglog, Mali, October 17, 2017
De Meriadec Raffray

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