La réélection écrasante de Isabel Díaz Ayuso, nouvelle figure de la droite espagnole, aux dernières élections régionales de Madrid, récompense la présidente de la seule Communauté Autonome d'Espagne n'ayant pas appliqué de restrictions sanitaires strictes depuis le printemps 2020.

Par  Francis Mateo, en Espagne. 

Bien que régional, le scrutin du 4 mai dernier l’élection du nouveau parlement de la Communauté Autonome de Madrid a eu un retentissement national en Espagne. Car en premier lieu, Pablo Iglesias (leader du parti d'extrême gauche Unidas Podemos) avait quitté son poste de vice-président du gouvernement espagnol pour tenter d'arracher la région de Madrid à la droite, qui y règne depuis 26 ans. Ensuite parce que la présidente sortante du PP (Partido Popular, de droite), Isabel Díaz Ayuso, avait saisi l'opportunité de cet affrontement direct avec l'ex-numéro deux du gouvernement pour transformer le vote en motion de censure contre la politique du président espagnol Pedro Sanchez. Ce dernier s'était d'ailleurs également engagé en soutenant son candidat socialiste - et fidèle compagnon de route - Angel Gabilondo. Enfin et surtout, Isabel Diaz Ayuso a bâti sa campagne sur un seul mot : « Liberté ». Madrid est en effet la seule Communauté Autonome d'Espagne à ne pas avoir appliqué de restrictions sanitaires strictes depuis le confinement du printemps 2020. Les milliers de Français venus profiter des nuits madrilènes animées au cours des dernières semaines peuvent en témoigner !
Au-delà de l'enjeu local et national espagnol, l'élection peut également se prêter à une lecture européenne si l'on considère que c'est la gestion de la crise sanitaire du gouvernement central qui était en cause. C’est ce qui a sans doute justifié une participation record de 76,2% alors que le scrutin était organisé pour la première fois en semaine !

Une sanction de la gestion sanitaire du gouvernement espagnol

Le résultat est sans appel : c'est un véritable plébiscite pour Isabel Díaz Ayuso, et a contrario une défaite criante pour les deux partis alliés de gauche du gouvernement national, PSOE et Unidas Podemos. Pablo Iglesias a immédiatement pris la mesure de sa déroute en se retirant de la vie politique. Le leader de Unidas Podemos (l’équivalent espagnol de La France Insoumise) a aussi échoué dans sa stratégie d'associer et de diaboliser la formation d'extrême droite Vox et le Partido Popular, au cours d'une campagne polarisée et tendue. Grâce à sa victoire écrasante, Isabel Díaz Ayuso est même en mesure de gouverner en solitaire, puisqu'elle recueille à elle seule plus de sièges que l'ensemble des opposants de gauche.
L'effondrement du PSOE et de Unidas Podemos au parlement régional de Madrid résonne donc comme une condamnation sans appel de la politique du président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, et notamment de sa gestion de la crise sanitaire. Car si Isabel Díaz Ayuso a gagné son pari en remportant haut la main ces élections anticipées, c'est aussi parce que l'évolution de la pandémie est sensiblement la même à Madrid que dans le reste des Communautés Autonomes d'Espagne, pourtant soumises à des restrictions parfois draconiennes. Les tendances épidémiologiques dans la capitale espagnole ne sont pas non plus différentes des évolutions constatées en France ! Une observation d’autant plus troublante que les courbes de contaminations sont partout à la baisse. À compter du 9 mai, l'Espagne mettra d'ailleurs un terme à l'état d'urgence décrété depuis plus d'un an.

En attendant, l'heure de rendre des comptes a peut-être déjà sonné, en Espagne comme ailleurs.

05/05/2021 - Toute reproduction interdite


La dirigeante du gouvernement régional de Madrid et candidate du Parti populaire Isabel Diaz Ayuso participe à une réunion de clôture de la campagne électorale avant les élections régionales, à Madrid, le 2 mai 2021.
© Susana Vera/Reuters
De Francis Mateo