Après les appels au boycott des produits français et les manifestations anti-françaises dans plusieurs pays musulmans, Emmanuel Macron a souhaité expliquer la liberté d'expression et le concept de laïcité de façon à lever les « malentendus ». Il l'a fait dans le cadre d'un entretien accordé à la chaîne de télévision Qatarienne Al Jazeera samedi 31 octobre. Si les mots du Président de la République sonnaient juste, le choix d'intervenir sur une chaine de télévision liée à la nébuleuse islamiste était-il pour autant pertinent ?

                                                                                                      L'édito d'Emmanuel Razavi

Emmanuel Macron a eu les mots justes sur Al Jazeera.

L'on peut toutefois trouver surprenant qu'un président de la République, insulté non seulement par une partie de la rue arabe, mais aussi par le président turc Erdogan, s'oblige à un tel acte de justification sur une chaine de télévision qui est la première à manipuler les faits.

Il y a bien sûr différentes tendances qui existent au sein du groupe audiovisuel qatari.

L'intention du Président était par ailleurs louable.

Cependant, le courant de pensée qui domine sur cette chaine est favorable à l'islamisme propagé par l'organisation des Frères Musulmans. Ceux-là même qui ont inspiré la nébuleuse djihadiste et qui furent les alliés, en leur temps, du régime nazi.

L'on a ainsi vu s'exprimer sur son antenne, depuis des années, de nombreux ennemis de l'Occident, favorables à la Charia.

Al Jazeera a ainsi eu pour principal conseiller éditorial, au sein de sa direction, Jassem Soltan, membre de l'organisation des Frères musulmans, partisan du Jihad 2.0 sur Internet et des boycotts qui frappent de plein fouet les entreprises Françaises depuis 2018.

Sur Al Jazeera, a aussi officié Youssef Al Qardawi, chef spirituel de la branche Qatarienne des Frères Musulmans, qui a appelé des jeunes à se « kamikazer » en Israël et en Irak dans les années 2000, et affirmé qu'Hitler n'avait pas fini le travail en parlant des juifs.

Le problème a un nom : l'Islamisme.

Si une fois encore, on peut saluer le discours du Prédisent de la République, parfaitement clair, on ne peut que regretter de le voir se justifier sur un canal pro-islamiste appartenant à un pays qui ne respecte ni la liberté d'expression, ni les droits de l'Homme et qui est, de plus, accusé de pratiquer l'asservissement par plusieurs ONG.

Rappelons tout de même que les boycotts anti-français n'ont à l'origine rien à voir avec les caricatures de Charlie Hebdo, comme nous l'avons déjà expliqué dans nos colonnes. Ils ont commencé en 2018 au Maghreb, ciblant de grandes entreprises françaises implantées en Algérie et au Maroc.

Rappelons aussi qu'en Algérie, il n'y eu aucune affaire de caricatures avant qu'explose la guerre civile dans les années 90.

Le problème a un nom : l'Islamisme.

Dommage que le journaliste d'Al Jazeera n'ait pas cru bon de le rappeler.

Tout au long de l'entretien, il a d'ailleurs tenté de pousser Emmanuel Macron à se justifier.

Si les réponses de ce dernier furent justes, il demeure ainsi un arrière-goût de syndrome de Munich à vouloir absolument apaiser une situation en allant l'expliquer chez l'adversaire.

Car n'en doutons pas : cette chaine de télévision aux mains du Qatar, principal sponsor - avec la Turquie - des Frères musulmans qui poussent au boycott anti-français, propage des valeurs opposées aux nôtres.

Se justifier sur ses ondes, c'est prendre le risque de concéder à ceux qu'elle soutient, une forme de victoire.

Emmanuel Macron avait tant d'autres façons d'adresser un message apaisé au monde arabe, via d'autres chaines de télévision, dans autres pays du Moyen-Orient qui ne sont pas nos rivaux et qui, eux, n'ont pas appelé au Boycott.

On peut le regretter.

02/11/2020 - Toute reproduction interdite.


Le cheikh Yussef al-Qaradawi serre la main du président d'Al Jazeera, le cheikh Hamad Bin Thamer Al-Thani, lors d'un forum à Doha le 30 mai 2008.
Fadi Al-Assaad/Reuters
De Emmanuel Razavi