Analyses | 2 mai 2019

Macron, Président du Storytelling

De Maya Khadra
3 min

Les annonces d'Emmanuel Macron, en conclusion du grand débat national, ressemblent à un cautère sur une jambe de bois pour la majorité des Gilets Jaunes, un verbiage insatisfaisant pour les partis de l'opposition, et semble plus ou moins positif pour une partie de l'opinion publique. Pourquoi le Président peine-t-il à convaincre ? En raison de son usage du storytelling !

 

Le Storytelling macronien est un leitmotiv qui revient avec une régularité pugnace à chaque discours du Président. Il s'agit en fait d'une stratégie de communication enseignée dans les grandes écoles de management et dont les balbutiements ont pris racine aux Etats-Unis, où l'académicien Kenneth Blanchard en a parlé dans son édifiant livre One minute manager. L'énarque technocrate Macron est le disciple de cette école de leadership dans le domaine du management. Le Story telling est une stratégie adoptée pour pallier un manque d'actions et d'initiatives et pour enjoliver une situation critique qui a pour seul remède de faire des promesses, de donner des engagements aux contours flous et de faire de longues élucubrations philosophiques. Le Grand débat national, véritable foire d'empoigne où des sujets en vrac, tantôt superflus et sans lien avec la réalité, tantôt touchant aux plaies profondes de la nation française, fut la matrice de cette fanfaronnade discursive. Des séries de cinq heures et demie à sept heures de questions-réponses avec des élus locaux et des citoyens lambda, des budgets faramineux déployé pour peaufiner les démarches logistiques et territoriales, plus de trois mois qui ont écarté de l'agenda de l'Elysée les ambitions extraterritoriales et européennes du Président « progressiste ».

 

La montagne aurait-elle accouché d'une souris ? Loin s'en faut. Les annonces d'Emmanuel Macron après le Grand débat national ont été énoncées dans un long discours bien mis en scène, en position assise pour prendre le temps de mener à bon port l'argumentaire présidentiel tant attendu, non sans rappeler une certaine aura gaullienne. La logique du « en même temps » tant affectionnée par le jeune président a encore eu le vent en poupe. Le discours était parsemé de miroirs aux alouettes, les promesses avaient l'éclat étincelant de la poudre de perlimpinpin et certaines mesures sont restées loin de la rigueur scientifique et de la précision chiffrée...

 

Stratagèmes du storytelling

Séduire pour mieux conquérir. Le RIC, que l'on pourrait appréhender pour mille et une raisons, a été la principale revendication des derniers mois de grogne populaire. Or, il a été balayé d'un revers de main par le Président. Mais, « en même temps », Macron a annoncé la LIC ou loi d'initiative citoyenne, sorte de troisième voie entre le RIC (référendum d'initiative citoyenne) des « gilets jaunes » et le RIP (référendum d'initiative partagée) déjà en vigueur. Le droit de pétition est reconnu. Mais, n'oublions pas qu'il existe de manière presque permanente depuis la Révolution française et est actuellement défini par l'ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et par le Règlement. L'annonce prend alors des allures redondantes. Pareil pour la réduction des impôts qui s'attaquerait aux niches fiscales des entreprises et pas des particuliers ... Car cette mesure a été énoncée depuis février par le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, en vue de trouver une solution face à la suppression de l'ISF. Darmanin n'avait pas écarté alors l'augmentation des impôts de certains foyers pour financer ce projet. Ce qui contredit totalement avec les annonces du Président sur la baisse généralisée des impôts. Sans oublier aussi que dans chaque niche fiscale, il y a un chien, potentiel ami du système, prêt à mordre. Les magnats de la finance seront-ils toujours aux basques de Macron ?

Le Storytelling se poursuit avec le leurre de la dose parcimonieuse de la proportionnelle. A quoi servirait une proportionnelle fixée à 20% si le nombre de sièges à l'Assemblée est réduit de 25 à 30% ? Le même système se reproduira et les verrous qui bloquent certains partis minoritaires ne sauteront pas. Au contraire, ils rouilleront sur place. La nébuleuse a entouré d'autres mesures présidentielles comme la fin des déserts médicaux et la création d'emplois. Dans une France périphérique où le nombre de fonctionnaires est réduit après la désertification administrative des provinces, quelle crédibilité a-t-on quand on projette d'insuffler plus de services médicaux, quand même les petits bureaux de poste ferment ? Quelle crédibilité a la promesse de la création d'emplois quand le gouvernement chante les louanges de la robotisation qui réduirait jusqu'à 14% des postes d'ici 2025 ?

Nos malheurs entrent toujours par des portes que nous leur ouvrons. La grogne populaire s'est fait sentir, non sans dérapages déplorables et violents, le 1er mai à Paris. Beaucoup de mesures annoncées par le Président sont louables comme la réindexation des retraites. Mais calmer la rue française reste un objectif non atteint pour le moment. Le storytelling, les classes de CE1 réduites à 24 élèves et la création du Haut conseil écologique, semblent ne rien y faire.

 

02/05/2019 - Toute reproduction interdite


Le président français Emmanuel Macron prend des notes en écoutant une question lors d'une conférence de presse pour dévoiler sa réponse politique à la révolte des gilets jaunee à l'Elysée, Paris, le 25 avril 2019
Philippe Wojazer/Reuters
De Maya Khadra

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