Analyses | 24 février 2021

Macron populaire, mais pas réélu !

De Guillaume Bigot
3 min

 Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron nous a habitué à ménager la chèvre et le chou avec son « en même temps ». Ce tic de langage peut agacer mais semble fonctionner.  Les derniers sondages montrent que la côte de popularité du président remonte. Son « en même temps » y est-il pour quelque chose ?

       L'édito de Guillaume Bigot. 

Jupitérien, Emmanuel Macron décide d’en haut et, en « même temps », organise des consultations citoyennes et des grands débats.

Il ferme des centrales mais relance la filière nucléaire. Il nomme Darmanin et Dupont Moretti. Il juge que la colonisation est un crime contre l’humanité mais écarte toute repentance. Il dénonce la mort cérébrale de l’Otan mais n’envisage pas d’en sortir. Il veut protéger les frontières mais surtout pas les fermer. Il appelle de ses vœux le retour de la souveraineté tout en souhaitant plus d’Europe. Il entend relocaliser mais étend le libre-échange. Il n’est pas de gauche sans être de droite.

La liste des oppositions ou des contradictions assumées par le président est presqu’interminable. Et c’est son droit.

Seulement, vouloir une chose et son contraire, c’est rejeter la conflictualité. Refuser la contradiction, c’est aussi entériner l’ordre établi.

Le philosophe Alain disait : « Lorsqu’on me demande si la coupure entre hommes de droite et hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche »

Aujourd’hui, qui prône le « en même temps » n’est certainement pas opposé à la construction européenne, à l’État de droit ou à la globalisation. C’est même forcément un centriste social-libéral. Ce qu’est Emmanuel Macron. Ce « en même temps » semble refléter le sens de la mesure. Adhérer au « en même temps », c’est être hostile à ce qui est radical et favorable à ce qui est pondéré.

En réalité, ce choix de l’équilibre est aussi celui du courtisan et du flatteur. Qui veut plaire ne veut pas contredire.

Le président excelle dans l’art de braquer pour mieux caresser dans le sens du poil. Il surjoue constamment des ruptures imaginaires avant de tomber d’accord avec les laïques et avec les islamistes, avec le Medef et avec les Gilets jaunes, avec Washington et avec Pékin et toujours au service de Berlin et de Bruxelles.

Cette technique paraît séduire. A 15 mois du premier tour, le baromètre Ifop et un autre sondage BVA donne 42% d’opinions favorables au chef de l'État. Emmanuel Macron n'avait plus connu un tel niveau d'adhésion depuis 2018.

Ces sondages doivent être tempérés.

Le président remonte car il a, enfin, refusé l’avis des experts. Sa nouvelle popularité mesure surtout le soulagement des Français de ne pas avoir été reconfinés.

Or, cette décision est réversible et l’élection est encore loin.

Moins le président réforme et plus il est populaire. Mais la France peut-elle rester ainsi bloquée entre son refus de la mondialisation et son rejet du populisme ?

En même temps est une recette antipolitique.

La politique consiste à trancher des dilemmes, à emprunter une direction plutôt qu’une autre, au risque de se tromper. Gouverner, c’est choisir.

Choisir le « en même temps », c’est renoncer à choisir. En réalité, son projet pour 2022, c’est qu’il n’en a plus.

24/02/2021 - Toute reproduction interdite


Une famille regarde le président Emmanuel Macron lors d'un discours télévisé à Paris, le 14 juin 2020
Benoit Tessier/Reuters
De Guillaume Bigot

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