Emmanuel Macron est déjà entré en campagne pour sa réélection. Comme tout président se représentant devant les électeurs, il devra s’appuyer sur son bilan. A un an de l’élection présidentielle, quel est-il ?  

La chronique politique de Roland Lombardi

Lorsqu’il a été élu en mai 2017, le plus jeune président de la République française avait promis qu’il serait un nouveau type de chef d’État. Sa jeunesse et son dynamisme apparent étaient prometteurs. On ne peut, il est vrai, occulter son ardent désir de réformes. Il affichait sa volonté indéfectible de transformer le pays en voulant faire de la France une « startup nation ». Or, après 4 ans de mandat, à défaut d’avoir réformé le pays, celui-ci se retrouve plutôt en piteux état. Certes, Macron n’est pas comptable de l’entreprise de sape progressive, volontaire ou pas, découlant de l’incurie et des erreurs de ses prédécesseurs. Quoi qu’il en soit, au regard de la somme des graves crises qui touchent aujourd’hui la France, le rôle du président sortant, dans le délitement du pays, est plus que déterminant.

Déjà, ses supporters essaient de nous vendre le fait que la crise de la Covid-19 étant « unique » et « sans précédent historique » – ce qui est vrai –, personne n’aurait mieux fait que lui et son gouvernement. En tout cas, il est difficile de croire que l’on aurait pu faire pire…

Il n’est nul besoin de revenir sur la gestion calamiteuse de cette crise avec ses multiples couacs, ses mensonges d’État, ses nombreux cafouillages et rétropédalages, son absence totale de stratégie de fond… Un vrai fiasco et, à bien y regarder, un véritable scandale d’État ! Les diverses instances internationales ne s’y sont pas trompées puisque la France se retrouve 73e sur 98 au classement des pays ayant le mieux géré la crise sanitaire !

À la décharge du président et de ses gouvernements, la seule note positive, si l’on peut dire, ce sont les mesures prises pour que le pays ne s’écroule pas suite à la pandémie et à l’aune d’une crise socio-économique dévastatrice pointant à l’horizon. Sur ce point, l’économiste Sébastien Laye rappelle justement que : « durant la crise sanitaire – du moins durant les deuxièmes et troisièmes vagues, car sur la première, la France a souffert d'un large retard sur l'Allemagne – le gouvernement aura eu au moins la lucidité de maintenir à flots les commerces et entreprises fermées par décision administrative, via des aides directes, des reports de charges et des prêts d'urgence, pour un effort représentant 100 milliards au total probablement à la fin de la crise, soit presque 5% du PIB. À rebours de la doxa macroniste, ce chiffre reste modeste comparé aux 10% allemands, alors que le plan de relance tarde à se concrétiser sur le terrain... »

Le grand démolisseur !

Cela étant dit, il n’en reste pas moins que par ses choix fort contestables durant la crise sanitaire, le président a littéralement détruit les petits commerces, les bars, les restaurants, les lieux culturels… Tout ce qui fait l’âme de la France.

Auparavant, il avait déjà fini par détruire le peu de lien qui restait entre les Français – qu’il ne connaît pas – et le pouvoir, avec notamment la fâcheuse gestion de la crise des Gilets jaunes.

De même, il a surtout détruit l’image présidentielle et l’autorité de l’État. Impossible d’oublier le limogeage du général de Villers suite à une bouffée d’autoritarisme. Comme il est impossible d’oublier la série de clichés polémiques d’Emmanuel Macron qui circulent encore sur les réseaux. Ils ont beaucoup fait jaser, fait scandale et surtout, jeté l’image de la fonction présidentielle dans le caniveau, tout en discréditant, radicalement et pour longtemps, l’autorité du président auprès de la majorité de ses concitoyens, mais également à l’international. Le premier fut pris en juin 2018 lors de la fête de la musique, où l’on voit le couple présidentiel, à l’Élysée, entouré d’un groupe de « danseurs » et de « musiciens » se réclamant de la communauté LGBT noire et dont le chanteur portait un T-shirt volontairement provocateur où l’on pouvait y lire : « Fils d’immigré, noir et pédé ». Le second, datant d’octobre 2018, est une photo du président lors d’une pause dégradante avec des prisonniers aux Antilles qu’il enlace (!) et dont l’un d’entre eux fait un doigt d’honneur à l’objectif...

Ajoutons à cela la destruction du père, de la famille et de la filiation (« votre problème, c'est que vous croyez qu'un père est forcément un mâle », loi PMA…). Puis, la destruction de la haute administration et du corps préfectoral…

Pour finir, n’oublions pas la dispersion « façon puzzle » par le président de toute opposition démocratique et sérieuse, à gauche comme à droite, en vue de sa réélection.

Au-delà de vouloir également « déconstruire l’Histoire de France » comme il l’a personnellement déclaré, le résultat au bout de quatre ans est donc assez flagrant. La « casse » du pays par le président est profonde.

Dans son histoire, la France a eu à sa tête de grands bâtisseurs comme de piètres gestionnaires des affaires courantes. Or, avec Macron, et dans un laps de temps relativement court, le pays n’a jamais connu un « démolisseur » aussi méthodique et aussi déterminé !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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18/05/2021 - Toute reproduction interdite


Le président Emmanuel Macron assiste à une conférence de presse à la Résidence des Pins, à Beyrouth, le 1er septembre 2020.
© Gonzalo Fuentes/Reuters
De Roland Lombardi