Analyses | 17 février 2020

Macron et le séparatisme islamiste

De Emmanuel Razavi
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Le président de la République Emmanuel Macron a prononcé son discours sur le séparatisme islamiste. Que faut-il en retenir ? Emmanuel Razavi, Grand reporter, co-auteur avec Alexandre del Valle du livre « Le Projet, stratégie de conquête et d’infiltration des Frères Musulmans en France et dans le monde », donne son point de vue.

Combien de journalistes de terrain, d’éducateurs, de chercheurs, de policiers, d’élus locaux de gauche et de droite ont mis en garde la république contre la menace islamiste qui pèse sur elle depuis 30 ans ? Combien d’entre eux ont dénoncé l’entrisme des Frères Musulmans dans les associations et certaines institutions ? Combien d’entre eux sont menacés, quotidiennement ?

Et pourtant rien, strictement rien n’a été fait.


Pire, une partie de l’extrême gauche et des médias bien-pensants se sont empressés de les mettre au pilori de la bien-pensance au nom d’un progressisme dévoyé, quand les gouvernements successifs se sont montrés plus démagos les uns que les autres.
Nous le rappelons souvent sur ce site, attaché à l’information de terrain : qu’il s’agisse d’Al Qaïda au Moyen-Orient ou des Frères Musulmans en France, ces deux organisations forment les maillons d’une même chaîne.
En ce qui concerne la confrérie islamiste, peu importe ses habillages en associations loi 1901 sur notre territoire. Ses théoriciens veulent y établir le califat. Ils le disent et l’écrivent depuis des décennies. Pour le savoir, il suffit de lire les textes de leur fondateur Hassan al Banna et de son disciple Seyyed Qutb, ou d’écouter encore les sermons de Youssef Al Qardawi, le prédicateur qatari dont on trouve les ouvrages sur ce qui est licite ou ne l’est pas dans nombre de librairies islamiques françaises.
Si, comme le dit Emmanuel Macron, « on ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures à celles de la République » et que « Le séparatisme islamiste est incompatible avec l’indivisibilité de la République », alors il ne faut pas de demi-mesure.
Bien sûr, il a raison de dire qu’il faut mieux contrôler les financements des lieux de culte et qu’il faut des imams qui parlent français. Mais cela ne suffira pas.
S’il veut réellement lutter contre le séparatisme islamiste, le président doit fermer toutes les associations liées aux Frères Musulmans en France, et interdire les organisations salafistes. Cela rendra un immense service à la France, et bien sûr à nos concitoyens de confession musulmane, qui ne veulent pas entendre parler de ces VRP de l’islamisme.
Il faut écouter les gens de terrain tels nos reporters, ou encore Naëm Bestandji, ce militant féministe et laïque, qui a longtemps travaillé dans le domaine socio-culturel auprès des enfants et des adolescents des quartiers populaires. Confronté depuis les années 1990 à l’avancée de l’intégrisme musulman dont, dit-il, « les filles sont toujours les premières victimes par le contrôle des corps et des déplacements », il dresse une expertise de terrain très éclairante sur la façon dont il a vu le discours frériste se répandre et toucher un certain nombre de jeunes. Il en va de même des témoignages de la courageuse sénatrice du Val d’Oise Jacqueline Eustache Brinio, qui a vu croitre sur ses terres la menace du totalitarisme islamiste, ou encore de nôtre consoeur Zineb El Rhazoui.

Ce dont Macron n’a pas parlé
De l’interdiction de l’UOIF qui se revendique de la mouvance frériste, de son école des imams à Saint-Léger de Fougeret, le président n’a pas parlé.
Il a évoqué à demi-mot l’islam politique, mais n’a pas expliqué qu’il est à l’origine un mouvement islamo-révolutionnaire qui a formé l’ADN d’Al Qaïda, et qui sévit aujourd’hui dans notre pays.
Il n’a pas parlé non plus de la peur et des agressions subies par les juifs de France, qui voient bien monter ce nouvel antisémitisme véhiculé dans les quartiers par les salafistes et l’organisation des Frères musulmans.
Il n’a pas davantage évoqué la situation des journalistes français menacés de mort par ces mêmes Frères Musulmans, de leurs plaintes classées sans suite, des nombreux financements de l’islamisme par le Qatar, exception faite de la mosquée An Noor de Mulhouse, des 250 associations liées aux Frères Musulmans réparties sur notre territoire.
Bien sûr, ses références à la Turquie ont montré qu’il avait conscience de son activisme idéologique et religieux dans nos quartiers. Avec raison, il a ainsi laissé entendre qu’il n’était pas question que ses lois se substituent à celles de la République.
S’il a rappelé qu’il ne voulait pas que son action soit perçue comme « un plan contre l’Islam », c’est qu’il connaît bien mal nos concitoyens musulmans, parfaitement intégrés à la vie de la république, qui sont souvent les premiers à dénoncer l’islamisme. Au passage, c’est aussi bien mal connaître les Français, qui n’ont jamais sombré dans l’amalgame, y compris après les attentats djihadistes qui ont endeuillé notre pays.
Alors oui, il faut rendre hommage au président pour son discours. Mais il faut craindre qu’il n’ait pas suffisamment nommé les choses, par peur de déplaire à une partie de son entourage, et donc qu’il ne fasse pas davantage que ses prédécesseurs.
Car les véritables racines du mal qu’il prétend combattre, ce sont les Frères Musulmans. Ils sont la matrice même du djihadisme contemporain. En finir avec le séparatisme, c’est donc les nommer, et les interdire.
En clair, s’il prend la mesure du danger qui nous guette, le plan d’action du président de la République n’est pas à la hauteur des enjeux.

18/02/2020 - Toute reproduction interdite


Des musulmans se rassemblent devant la mosquée Arrahma après la prière du vendredi 26 septembre 2014 à Nantes, pour rendre hommage au guide de montagne français Hervé Gourdel décapité par un groupe islamiste algérien.
Stéphane Mahe/Reuters
De Emmanuel Razavi

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