Interviews | 30 mai 2021
2021-5-30

Lydia Guirous : « L’assimilation est la solution pour recréer un creuset républicain »

De Fild Fildmedia
4 min

Lydia Guirous se bat sans relâche contre le séparatisme et le communautarisme. Pour y faire face, l’essayiste a signé son dernier ouvrage " Assimilation : en finir avec ce tabou français " (Editions de l'Observatoire, 2021). Elle propose de renouer avec l’assimilation républicaine, délaissée depuis trop longtemps par les pouvoirs publics.

Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Pensez-vous que le modèle d’assimilation français a encore de l’avenir ? Est-ce un sujet tabou ?

Lydia Guirous : L’assimilation est effectivement un sujet tabou récupéré par l’extrême-droite et qu’on a longtemps dénigré. Elle est une chance que l’on donne aux personnes pour faire souche dans le pays. Nous ne sommes pas dans une immigration de passage mais dans une installation sur plusieurs générations. L’objectif est de vivre dans de bonnes conditions. L’assimilation est la seule façon de pouvoir être pleinement français, de s’assimiler à la communauté nationale, sans oublier d’où l’on vient naturellement.

Fild : Comment expliquez-vous l’échec du concept d’assimilation au profit de celui d’intégration ?

Lydia Guirous : Au début des années 1980, au moment du regroupement familial, de nouvelles populations sont arrivées avec une différence culturelle plus importante. Elles étaient souvent d’origine nord-africaine puis africaine subsaharienne. C’est à ce moment-là que l’assimilation a été abandonnée. C’était une erreur que nous payons aujourd’hui. Les détracteurs de l’assimilation ont avancé que c’était une violence faite aux personnes qui arrivaient sur le territoire, et qu’il s’agissait d’une négation de leur histoire et d’une partie de leur vie. Mais paradoxalement, cette exigence d’assimilation est toujours dans le Code civil, avec l’article 21-24. Pour être naturalisé, il faut faire preuve de son assimilation. On doit exiger que la naturalisation et la régularisation soient conditionnées à une assimilation réelle, avec un vrai contrôle. On aurait dû conserver les mêmes exigences qu’on a eu vis-à-vis des Italiens ou des Polonais pour ne citer qu’eux. En laissant tomber l’assimilation pour aller vers une intégration qui repose sur le "fait ce qu’il te plaît", et une forme de République "open bar", cela nous a mené dans le mur du communautarisme et du séparatisme. Ce refus d’exiger l’assimilation pour ces nouvelles populations relève du mépris et de la condescendance. Certains estimaient qu’elles n’étaient que de passage, ou qu’elles n’étaient pas capables de réussir à s’assimiler et de comprendre l’universalisme. C'était une erreur et cela relevait d'une forme de racisme « bien-pensant ». Toutes ces populations étaient aussi intelligentes que les autres et pleines de volonté. Elles ont donc été écartées de la société française, elles ont été jetées dans les bras de ceux qui jouent la carte de la division et notamment de l’islam politique qui commençait à gangrener les esprits.

Fild : Quelles sont les solutions pour lutter contre le communautarisme actuel ?

Lydia Guirous : La seule solution aujourd’hui est de relancer l’exigence d’assimilation non seulement pour les populations qui arrivent, mais aussi pour celles qui sont déjà présentes et qui sont déjà administrativement françaises mais qui éprouvent une certaine haine, voire un rejet de la culture et du mode de vie français. Il va falloir reconstruire des Français de cœur et d’âme. Cette reconstruction sera longue et doit passer par l’École de la République. Les sondages et les études montrent qu’il existe une jeunesse française qui rejette la France et qui préfère les lois de la charia à celles de la République. Face aux discours des racialistes qui mettent en avant nos particularismes, ce qui nous différencie plutôt que ce qui nous rassemble et qui veulent détruire l’unité nationale, l’assimilation est la solution pour recréer un creuset républicain.

Fild : Quel lien faites-vous entre les racialistes et islamistes ?

Lydia Guirous : Toutes ces mouvances sont imbriquées les unes avec les autres. Les racialistes sont dans une optique de communautarisation, de segmentation de la population française, où chacun doit être dans sa case, où toute personne est déterminée par sa naissance, son origine ethnique et sa confession religieuse. Les gens ne doivent plus se rencontrer, ils doivent vivre les uns contre les autres. Il y a chez les racialistes comme chez islamistes une volonté de détruire, une volonté de revanche et de soumission. Ces idéologies avancent main dans la main pour que la France vive un genou à terre dans la repentance perpétuelle. Leur objectif est l’anéantissement de l’idéal républicain, de l’universalisme et donc de la France pour laquelle ils vouent une véritable haine.

25/05/2021 - Toute reproduction interdite


Un buste de "Marianne ", lors d'une cérémonie d'accueil de la citoyenneté au palais préfectoral de Nice, le 22 janvier 2016.
© Eric Gaillard/Reuters
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