7,4 millions de Français vivraient dans des déserts médicaux. Pour pallier ce problème d’accès à un médecin, la plateforme de coordination de soins Medicalib mise sur le déplacement à domicile des professionnels de santé. Interview de son cofondateur, Nicolas Baudelot.

Entretien conduit par Marie Corcelle

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Fild : Où sont les déserts médicaux en France ?

Nicolas Baudelot : Il y en a parfois à proximité des grandes agglomérations, comme en Île-de-France, aux alentours de Nanterre. Au niveau des zones rurales, il y a de moins en moins de professionnels de santé, puisqu’il y a peu de patients. C’est très frappant avec la « diagonale du vide », depuis le nord-est de la France jusqu’à la région Aquitaine. Si les paramédicaux comme les infirmiers couvrent encore une grande partie du territoire, à l’inverse, il y a des endroits où l’accès à des médecins est bien plus complexe.

Fild : Pour quelles raisons existe-t-il des déserts médicaux ?

Nicolas Baudelot
: Il y a d'abord une volonté des professionnels de santé de s’installer dans des zones urbaines ou péri-urbaines. Ce ne sont pas des gens à part, ils souhaitent comme la majorité de la population un accès simplifié aux services, des transports efficaces, etc... Donc, petit à petit, il y a une concentration de la population dans les grandes agglomérations, et les personnes qui choisissent l’option de la ruralité ne peuvent pas bénéficier du même niveau d’accès aux soins que l’on peut trouver en ville. Il faut également ajouter à cette situation un manque de professionnels de santé pour répondre à une demande de plus en plus importante. Cette dernière, à domicile ou en cabinet, ne cesse de s’accroître en raison du vieillissement de la population.

Fild : Est-il envisageable d'imposer aux jeunes médecins de s’établir un minimum d’années dans les déserts médicaux avant de choisir le cabinet de leur choix ?

Nicolas Baudelot : Cette option n’a jamais été mise en place pour les médecins, mais elle l’est pour les infirmiers. Il y a des zones sous dotées ou sous-dotées ; en fonction de celles-ci, il est possible ou non de s’installer*. Le but étant d’inciter implicitement à se rendre dans des zones en manque d’infirmiers. Mais imposer aux professionnels de santé de s’établir dans un endroit donné, eux qui ont fait un grand nombre d'années d'études et qui s’y sont considérablement investis, reviendrait à leur interdire de choisir leur droit d’exercice. Un principe d’incitation à s’installer dans des zones sous-dotées, avec des aides pour lancer une activité plus simplement, a peut-être plus de sens. Les médecins sont opposés à la contrainte d’installation, mais les pouvoirs publics doivent faire face à un réel besoin, qui est celui d’assurer la santé de tous les citoyens.

Fild : Que proposez-vous pour tenter de répondre au problème des déserts médicaux ?

Nicolas Baudelot : Medicalib est une plateforme de mise en relation des patients et des professionnels de santé qui se déplacent à domicile : infirmières, kinésithérapeutes, sages-femmes. Quand vous faites une demande de soins sur Medicalib, vous accédez aux zones d’intervention de tous les professionnels de santé. Il est donc possible de donner aux patients un accès à l’ensemble de ceux qui peuvent se déplacer à domicile. Vous faites une demande en trois minutes, et vous obtenez une réponse en moins d’une heure. Cela permet de limiter les déserts médicaux : l’obligation de parcourir 40 kilomètres pour une consultation est une véritable barrière.

* Un infirmier libéral désireux de s’établir dans une zone de tension ne pourra le faire que pour succéder à un infirmier libéral sur le départ : https://www.medicalib.fr/blog/zone-sous-dotee-zone-sur-dotee-ou sinstaller/#:~:text=Une%20infirmi%C3%A8re%20souhaitant%20s'installer,et%20les%20conditions%20d'installation

28/03/2022 - Toute reproduction interdite



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