Environnement | 1 juillet 2019

Lutte contre les déchets plastiques en mer : les ONG se mobilisent

De GlobalGeoNews GGN
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Le 8 juin dernier, lors de la journée mondiale des océans, de nombreuses associations ont lancé l’alerte sur les déchets plastiques en milieu marin. Pour lutter contre cette pollution, plusieurs initiatives ont été lancées. Tour d’horizon des actions menées et de leurs problématiques. Par Marine François (avec la rédaction).

 

On estime que 5 à 13 millions de tonnes de déchets plastiques se déversent dans les océans chaque année.  Cette situation impacte non seulement les espèces marines, (plus de 800 sont touchées avec des cas de morts par ingestion ou d’étranglement d’après l’ONU), mais aussi l’économie avec un manque à gagner pour la pêche et le tourisme. La conséquence la plus directe sur notre vie est bien évidemment la santé : des polluants toxiques issus du plastique se retrouvent dans les aliments marins que nous consommons. Face à cette situation, certaines ONGs cherchent des solutions pour limiter le plastique en mer.

Des flotteurs contre le « 7ème continent » : The Ocean clean up

Le projet  The Ocean clean up  a été lancé en 2013 par le néerlandais Boyan Slat, alors âgé de 18 ans. Suite à une conférence au « TEDx talks », il a a levé plus de 20 millions de dollars avec son ONG.  Durant l’été 2018, le premier nettoyeur est testé dans la baie de San Francisco. Il s’agit d’un système de 60 flotteurs reliés par un filet de 3 mètres de profondeur, formant une zone en U. Ce dispositif permet d’emprisonner les déchets. Grâce aux filets, les déchets ne passent pas sous les flotteurs, mais les animaux marins ont la possibilité de s’échapper en passant en dessous. Les plastiques rassemblés sont ensuite collectés par un bateau puis ramenés sur la terre ferme afin d’y être recyclés. Ce premier test a cependant rencontré quelques difficultés.  Une version à grande échelle est envisagée en 2020, avec pour objectif de diminuer de 50% la superficie du « 7e continent » en 5 ans. Cette initiative est toutefois nuancée par le français Simon Bernard, fondateur de The Plastic Odyssey : « Tous les 3 jours, une quantité de plastique égale à celle accumulée dans le 7ème continent se déverse dans l’océan depuis les villes côtières. Sans parler des microparticules qui ne pourront pas être récupérées. Attention donc à ne pas parler au sens large de ‘nettoyage d’océan’ » 

Les Bateaux nettoyeurs  : Le Manta et Plastic Odyssey

Le lancement du Manta, un bateau « mangeur de déchets » imaginé par le navigateur Yvan Bourgnon avec l’ONG « The SeaCleaners » est prévu pour 2023.  Il sera capable de traiter en flux continu le plastique ramassé pour créer son propre carburant. Hybride, il fonctionnera avec 75% d’énergies vertes issues des éoliennes et des panneaux solaires présents sur le bateau, mais aussi par la valorisation des déchets collectés. Les plastiques qui passent en dessous de ce navire de la taille d’un terrain de foot seront récupérés par des tapis roulants. Ils seront ensuite triés puis compactés. Les déchets recyclables seront traités à terre, les autres seront convertis en carburant nécessaire au bateau. Pour un montant de 35 millions d’euros, le bateau sera capable d'avaler et de compresser jusqu'à 600 m3 de plastiques, soit 250 tonnes de déchets, ce qui représente « les déchets annuels d’une ville comme Agen ! » précise Antoine Rodat, community manager de The SeaCleaners. « La capacité de collecte est presque infinie, puisque tous les plastiques collectés sont traités ». Des sonars y seront installés pour faire fuir les cétacés, et les tapis seront conçus comme étant peu agressifs. Ainsi, si des animaux sont récupérés, ils pourront être remis à la mer. Pour Antoine Rodat, les objectifs de The Ocean Clean-up et de The SeaCleaners sont complémentaires. « Nous privilégions les zones estuaires, puisque c’est par là qu’arrive la majorité du plastique, alors que The Ocean Clean Up s’attaque aux hautes mers. Nous nous réjouissons de tout projet faisant émerger la réflexion sur la protection des océans. C’est juste dommage que leur récupération se fasse avec un bateau qui consomme du gazoil ».

De son coté, Simon Bernard part d’un constat : la dépollution du plastique contenu dans les océans n’est pas possible, car elle menace l’écosystème. En effet, la collecte de micro particules à l’aide d’un filet a pour conséquence collatérale le ramassage des planctons présents dans l’océan. Impossible donc à mettre en place. « La solution est à la source. Il faut créer tout un écosystème de recyclage à l’échelle humaine ».

Plastic Odyssey a donc mis au point des machines de recyclage en « open source » (sans brevet), pour que tout le monde puisse y avoir accès. « Il existe des solutions pour recycler le plastique, mais elles ne sont pas adaptées aux pays les plus pauvres. Nous essayons de rendre les technologies accessibles à tous ». Pour faire connaître ces solutions, les améliorer et les adapter aux contextes locaux des pays les plus pollués, Plastic Odyssey a créé son bateau-atelier qui partira en 2020 pour 3 ans, avec 33 escales prévues. « Chaque partie du bateau – de la cuisine à la salle de bain - est construite de façon à présenter les alternatives à l’utilisation du plastique et des possibilités de recyclage. L’équipage est constitué d’ingénieurs et d’anthropologues pour que l’on puisse adapter notre technologie à chaque lieu d’escale. » L’objectif est de rencontrer des locaux afin qu’ils puissent créer leurs propres entreprises de recyclage in situ. « Par un effet boule de neige, tout un ensemble de personnes pourront vivre de leurs ateliers de recyclage. On limitera alors à la fois la pollution, et la pauvreté. ». Pour son carburant, le bateau utilisera le plastique transformé par pyrolyse.

Inertie des pouvoirs publics ?

Ces trois initiatives relèvent toutes du secteur privé. Pourquoi ne proviennent-elles pas des pouvoirs publics ? Pour Antoine Rodat, les raisons sont multiples : calendrier électoral, visions à court-terme, ou encore famille politique. La responsabilité partagée de la pollution des océans est aussi une explication : « Pourquoi dépenser notre argent national pour aller collecter des déchets qui viennent du monde entier ? ».  Sans parler de la longueur des procédures administratives.  Pour lui il n’y a rien d’étonnant à ce que ces initiatives soient privées, de même que les fonds récoltés. « Ces dernières années, la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) a connu un essor important. Les entreprises s’intéressent donc à ce genre de projets. » Antoine Rodat précise cependant qu’il y a une prise de conscience progressive dans la sphère politique. « On commence à avoir des réunions avec des députés, une étape a été franchie. Nous avons des contacts avec les pouvoirs publics qui commencent à reconnaître le projet comme une des solutions. A Bruxelles, nous avons pu présenter nos actions à M. Juncker, le Président de la Commission européenne, lors d’une remise de prix. ». Même s’il n’existe pas d’initiative permettant de nettoyer les microplastiques sans impacter l’écosystème, ces trois projets ont pour enjeu commun de réduire la formation de microparticules de plastique à long terme. En amont, Plastic Odyssey veut limiter le plastique qui se déversera dans les océans avec une sensibilisation et des entreprises locales de recyclage, et en aval, The Ocean Clean-up et The SeaCleaners souhaitent débarrasser les océans des déchets visibles de surface.

Ces projets ont ainsi le mérite de sensibiliser le grand public à la pollution des océans, pour que nous puissions chacun à notre échelle en limiter l’impact.

 

02/07/2019 - Toute reproduction interdite


Prototype de bateau de Plastic Odyssey
Collectif Vous/Plastic Odyssey
De GlobalGeoNews GGN

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