Élu maire de Perpignan en juin dernier, Louis Aliot dresse le bilan des premiers mois de son mandat et détaille ses mesures pour rétablir la sécurité et la confiance dans une ville qu’il estime avoir été laissée à l’abandon.     

Entretien conduit par Emmanuel de Gestas. 

Fild : Quelle était la situation de votre ville lorsque vous en avez été élu Maire en juin dernier ?

Louis Aliot : C’était une ville à l’abandon, avec une équipe municipale en place depuis plus de trente ans. C’était un véritable système, arrivé au bout de sa logique. Ces gens-là croyaient qu’ils détenaient la vérité révélée et n’écoutaient rien de ce qu’on leur disait. Perpignan s’est appauvrie et a sombré dans l’insécurité. Il y avait un laisser-aller total dans les quartiers, dans lesquels une jeunesse totalement abandonnée restait oisive et livrée à elle-même. Sans compter les problèmes grandissants de communautarisme.

Fild : Pourquoi avez -vous fait le choix de ne pas nommer d’adjoint à la sécurité et de vous en charger vous-même ? Quels sont concrètement les résultats de cette stratégie ?

Louis Aliot : Je voulais avoir un regard direct sur une situation extrêmement préoccupante, notamment le trafic de drogue, par rapport auquel l’État ne fait pas grand-chose. C’est là tout le drame de l’insécurité, parce qu’il y a derrière ce trafic des phénomènes induits d’argent facile, d’argent sale, sans compter les dégâts en termes de santé publique. J’ai procédé au recrutement de vingt-cinq agents supplémentaires de police municipale. J’ai mis en place des brigades de nuit, jusqu’alors inexistantes. J’ai ouvert deux nouveaux postes de police en centre-ville, dont un à proximité du quartier Saint Jacques, réputé difficile. Deux autres postes vont ouvrir à la périphérie de Perpignan, au Vernet et au Moulin à Vent. Nous essayons de remettre de la proximité, de l’ilotage et de la visibilité de la police dans nos rues. Pour rétablir la sécurité, tout simplement.

Fild : Quel est le pouvoir réel du maire en matière de sécurité ? Faut-il l’étendre ?

Louis Aliot : Je ne pense pas. Il y a une police municipale qui a ses prérogatives, différentes de celles de la police nationale. Mais on peut faire beaucoup de choses en collaboration avec la police nationale. Ce que nous déplorons, sur le terrain, c’est que la police nationale n’a plus les moyens d’assurer la sécurité de nos concitoyens. Par conséquent, elle s’appuie dorénavant beaucoup sur nous. Je demande donc que l’on renforce et développe la police nationale. À chacun son métier, à chacun sa mission. Le maire est chargé de la sécurité publique dans sa commune, pour autant nous ne pouvons pas nous substituer à la police nationale. Je fais donc pression sur les services de l’État pour qu’ils renforcent la police nationale, car elle permettra à notre police municipale de faire ce pourquoi elle est faite, c’est-à-dire de la prévention et de la proximité.

Fild : Perpignan est l’une des villes de France les plus touchées par la pauvreté. Comment luttez-vous contre ce phénomène ?

Louis Aliot : C’est un vaste sujet. On a laissé s’installer la pauvreté dans certaines communautés, avec un chômage dramatique. Outre la question du trafic de drogue, il y a celle des épiceries de nuit, qui sont davantage des lieux de deal que des commerces. En fait, en luttant contre l’insécurité, nous permettons, un peu, le retour à une certaine sécurité économique. Cela permet à des entreprises d’avoir une plus grande confiance, et de voir l’avenir autrement. Nous travaillons évidemment avec l’agglomération pour faire venir de la valeur ajoutée, des entreprises, des commerces, car c’est cela qui donnera du travail et limitera la pauvreté. Nous avons beaucoup de travail pour réhabiliter les logements, afin que ceux-ci soient décents, notamment en luttant contre les marchands de sommeil. Enfin nous tachons de réinsérer des jeunes, en leur donnant l’autorité et le cadre qui parfois leur manquent, en mettant des moyens dans les maisons de quartiers, et en embauchant des éducateurs. Nous essayons de repeindre la politique des quartiers en bleu-blanc-rouge, pour remettre de l’apprentissage républicain, pour rétablir une conscience de ce qu’est la France, de ce que nous sommes. C’est en s’assimilant à notre nation qu’on luttera aussi contre la pauvreté et contre cette fracture de certains jeunes qui ne sont plus du tout en osmose avec la société elle-même.

Fild : Perpignan est connue pour abriter une importante population gitane, mais également extra-européenne, concentrée dans certains quartiers. Comment casser les ghettos communautaires ?

Louis Aliot : En pratiquant la vraie mixité sociale. C’est-à-dire en proposant des logements, des emplois dans les quartiers. Mais surtout, à la base de tout cela, en rendant ces quartiers sûrs. Car nous constatons que lorsque nous parvenons à reconquérir des rues, à y remettre de la tranquillité publique, de jour comme de nuit, les gens n’hésitent pas à y acheter des appartements ou des maisons, même si le quartier est considéré comme difficile.

Cela passe aussi par le rétablissement de l’autorité, tant de l’État que de la municipalité, mais aussi des services publics, de l’emploi et de la sécurité. Cela permet d’intéresser tout le monde et d’éviter que les individus se replient sur eux-mêmes ou sur leur communauté. C’est aussi le devoir du maire de parler à tous, et aussi à ceux qui refusent les règles de l’assimilation à la France. À ceux-là, je dis : comportez-vous comme des Français ou allez vivre ailleurs.

Fild : On a le sentiment d’une rupture de plus en plus profonde entre les élites parisiennes et les décideurs, ou les élus issus des territoires. Comment l’expliquez-vous ? Comment y remédier ?

Louis Aliot : Il suffit simplement que l’État écoute et fasse confiance aux élus de terrain. Ils connaissent mieux la population que quiconque. Mais ce qui caractérise le plus l’immobilisme et la stérilité de la décision gouvernementale ou politique, c’est le manque de courage. Si l’on veut arrêter, ou mettre en œuvre un certain nombre de choses, il faut s’en donner les moyens et prendre la décision. Malheureusement aujourd’hui, tout le monde a un énorme parapluie, et dès qu’il y a un problème, on l’ouvre en essayant de passer à travers les gouttes. Mais cela ne peut pas être une politique. Si l’on veut rétablir l’autorité de l’État, remettre la décision au centre de la politique nationale, et que la province soit intéressée par ces décisions-là, il faut écouter la province, tout simplement.

Fild : Votre victoire et le début de votre mandat à la mairie de Perpignan ont été marqués par une logique de rassemblement, bien au-delà du RN, ou même de la droite. Marine Le Pen va-t-elle s’inspirer de votre stratégie lors de la prochaine élection présidentielle ?

Louis Aliot : Je pense que Perpignan est un assez bon exemple, parce que nous avons bâti une alliance électorale, pas une alliance de partis politiques. Nous avons réuni des personnes, des personnalités, des profils venants d’horizons différents, mais qui n’étaient pas aux responsabilités dans leurs partis. Et nous les avons réunis autour d’un projet. Donc je pense que Marine Le Pen, à l’échelle nationale, peut tout à fait faire cela. Elle est d’ailleurs en train de le faire et de le proposer. Elle rassemble au-delà des étiquettes et des états-majors, qui n’ont plus de sens, avec des élus, des membres de la société civile, pour bâtir la majorité de demain. Cette majorité sera nécessairement pluraliste, surtout pas monocolore. Elle tiendra compte de toutes les sensibilités, et pas que de la droite, parce que cette solidarité, cette fraternité française, on peut la retrouver dans tous les partis, et qu’elle manque au niveau national. Moi je pense que derrière Marine Le Pen, il est possible de jeter les bases de ce nouveau rassemblement qui permettra la renaissance de la France.

25/02/2021 - Toute reproduction interdite


Une rue du quartier de Saint-Jacques à Perpignan, le 10 mars 2020
Elizabeth Pineau /Reuters
De Emmanuel de Gestas