Economie | 29 juillet 2019

L’industrie de la Défense, une filière d’excellence pour la France

De GlobalGeoNews GGN
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+ 30 % de chiffre d’affaires à l’export sur la période 2017-2018 avec près de 200 000 emplois. L’industrie de la Défense ne s’est jamais aussi bien portée depuis près de 20 ans. Avec les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni, la France fait partie des 5 plus gros exportateurs d’armes au monde. Par Charles Thomé

 

En 2018, les entreprises françaises de la Défense ont enregistré une hausse de 30% de leur carnet de commandes à l’export pour un montant total de 9,1 milliards d’euros. En 2019, le secteur représente 200 000 emplois, soit 13% de l’industrie française. « C’est une autonomie stratégique, un outil d’influence dans les relations internationales » résume Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS et responsable pour ce think tank des questions liées à l’industrie de la Défense. « Cela permet à la France de ne pas dépendre d’un autre pays ».

 

Début juillet, le président de la République, Emmanuel Macron, a inauguré le Suffren, premier sous-marin nucléaire d’attaque du programme « Barracuda ». Prévue en six exemplaires, cette commande doit être livrée en 2029 à la Marine Nationale et rester en service jusqu’en 2060. Coût de l’opération : 9 milliards d’euros. Monstre de 4.700 tonnes pour 99 mètres, le Suffren est l’engin le plus imposant et le plus complexe jamais construit par l’industrie française, signe de sa vitalité. « La Défense est un moteur technologique extraordinaire pour le civil […] Les TGV ont par exemple été construits à partir de turbines de sous-marins nucléaires » précise Fabrice Wolf, rédacteur en chef du site Méta-défense.fr et spécialiste de l’économie de ce secteur. « Nous sommes par ailleurs l’un des quatre pays, avec les États-Unis, la Chine et la Russie, à être indépendant au niveau défensif ».

 

Le Drian, homme providentiel ?

 

Le changement significatif se fait avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense du quinquennat Hollande (2012-2017). En 2015, les chiffres du secteur montent en flèche avec un chiffre d’affaires total à l’export de 16,9 milliards d’euros – 3 fois plus qu’en 2012 où le montant total des commandes n’a pas dépassé 5 milliards d’euros – puis 14 milliards d’euros en 2016. « L’ère Hollande est caractéristique d’une bonne répartition des rôles entre les entreprises privées et l’État. Cela n’était pas le cas sous l’ère Sarkozy où il y avait une confusion des rôles » explique Jean-Pierre Maunly.

Pour autant, est-ce que cela signifie que M. Le Drian a été l’homme providentiel du quinquennat précédent ? « Il faut faire attention avec cette interprétation. Oui, il a été au cœur du dispositif, car il connaissait bien les dossiers. Néanmoins, cela reste un concours de circonstances » explique le spécialiste. « La situation géopolitique à partir de 2012-2013 était favorable à ce que les principaux prospects comme l’Égypte et le Qatar profitent de la situation pour renouveler leur flotte d’avions. En 10 ans, aucun Rafale n’a été vendu et en l’espace de deux ans, nous en avons vendu plus de 70 […] Les gros contrats sont rares. Un pays ne renouvelle son équipement que tous les 40 ans ».

 

 Vers une industrie européenne ?

 

Compte-tenu des budgets de l’État, l’industrie de Défense française ne peut être viable avec les seules commandes passées par la Direction Générale de l’Armement (DGA). Elle est dépendante de ses exportations. En 2018, 50% de l’exportation a été réalisée en direction des pays du Golfe dont le Qatar et l’Arabie Saoudite, et 25% en direction des pays européens. Pour Jean-Pierre Maulny, l’exportation sur le continent relève plus « de la coopération européenne en matière d’armement que de l’exportation d’armes à proprement parler ».

Les avantages d’une industrie de Défense européenne sont nombreux, mais les terrains d’entente restent toutefois difficiles à trouver. « Actuellement, nous avons un écosystème qui s’est structuré indépendamment, avec une approche très conservatrice. C’est ce qui explique les conflits entre industriels, d’autant plus qu’il est impossible de donner du travail à tout le monde » analyse Fabrice Wolf. Pour le spécialiste, il est primordial de tendre vers une industrie européenne. « D’un côté, la France et l’Allemagne développent le SCAP – Système de Combat Aérien du Futur – tandis que l’Angleterre développe en parallèle le Tempest, projet d’avion de combat furtif 6ème génération. On va se retrouver avec plus ou moins deux fois le même avion au niveau européen. C’est ridicule ! ».

 

La nouvelle stratégie spatiale de la Défense à l’horizon 2030, dévoilée le 25 juillet par la ministre des Armées, Florence Parly dont le but est d’assurer une protection militaire aux satellites français, participera pleinement à ce processus d’indépendance stratégique adoptée depuis des décennies en France.

 

30/07/2019 - Toute reproduction interdite


Un avion de chasse Rafale français décolle du pont d'envol du porte-avions Charles-de-Gaulle opérant en Méditerranée orientale le 9 décembre 2016.
/Stephane De Sakutin/Pool/Reuters
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