Analyses | 8 septembre 2019

Libération d’otages : Un travail particulièrement complexe pour le Renseignement

De Chems Akrouf
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Nous avons demandé Chems Akrouf, ancien officier à la direction du renseignement militaire, de revenir en des termes simples sur le travail méconnu des services en cas de prise d’otages. Explications, à partir de l’exemple sahélien !

Au-delà du « véritable exploit », selon l'expression de la ministre des Armées Florence Parly évoquant l'opération des forces spéciales pour libérer les deux otages français enlevés dans le nord du Bénin et secouru dans la nuit du 9 au 10 mai 2019 - causant malheureusement la mort de deux commandos marine - il convient de saluer le travail de renseignement essentiel à la conduite de ce type d'opération.

Ainsi au Sahel, où les ressortissants étrangers sont considérés comme un butin pour les groupes terroristes, l'armée française et les services de renseignement ont développé une forte connaissance des mouvances terroristes et de leurs modes opératoires.

L'obtention du « GO ! » donné par président de la République afin de lancer une action de libération d'otages, nécessite en effet de nombreuses conditions.

Il y a ainsi tout un travail réalisé en amont, lequel permet de mettre en place un plan d'intervention qui doit convaincre le Chef d’Etat-Major des Armées. Réalisé par une poignée d'experts appartenant à la direction du Renseignement Militaire (DRM), et la direction Générale des Sécurité Extérieur (DGSE), il doit combiner tous les renseignements provenant de plusieurs ‘’capteurs’’, exploitant toutes les ressources disponibles. Dans les faits, les analystes traitent des milliers de données ‘’captées’’ en temps réel, provenant de l'imagerie satellitaire, d’écoutes, de drones, des passages d'avion de reconnaissance tels les mirages F1, afin de pouvoir identifier le groupe qui est derrière l'enlèvement.

Des groupes terroristes habitués à tromper les services de renseignement

Il faut avoir conscience que les groupes terroristes du Sahel sont fortement connectés à la population locale, exerçant une menace contre ceux qui pourraient les dénoncer. Il arrive aussi régulièrement que des locaux, non membres de cellules terroristes, soient tentés d'enlever des ressortissants étrangers afin de les revendre à un groupe, ou tout simplement de l'informer de l'arrivée à l'aéroport de certains touristes. Les jihadistes ont aussi, depuis de nombreuses années, développé des méthodes de ‘’contre-mesure’’ afin de se protéger des services. Ils disposent ainsi d'armements adaptés, de lance-roquettes, de lunettes de vision nocturne, et piègent les axes routiers avec des mines cachées et régulièrement déplacées, afin de neutraliser leurs poursuivants. Ils entèrent aussi de l'armement près des lieux où ils pourraient être pris à parti. A cela s’ajoute la dissimulation de leur campement, le camouflage de l'entrée de certaines grottes creusées sous le sol, voire leur dissimulation sous des carcasses de véhicules, afin de tromper les reconnaissances aériennes. Ils utilisent également des protocoles d'échange avec des mots-clés, clonent leurs cartes SIM plus de 100 fois avant de les revendre sur les marchés locaux afin rendre difficile leur localisation.

Les services de renseignement français ont donc renforcé leurs méthodes, utilisant des linguistes d'écoute parlant plusieurs dialectes locaux, et des spécialistes appelés « les oreilles d'or », capables de reconnaître une voix et son intonation afin d'authentifier un individu. Ils se servent aussi de l'exploitation de nouvelles méthodes d'analyse satellitaire permettant de suivre les traces de véhicules invisibles à l'oeil nu, en exploitant le magnétisme présent dans le sable...

Cependant, ces renseignements ne peuvent donner de vraies certitudes. Le travail de renseignement repose donc avant tout sur l'expertise des agents du renseignement qui parviennent à entrer dans la tête des terroristes, connaitre leurs habitudes, leurs méthodes et leurs vices…

C’est donc au prix du travail et des efforts ‘’titanesques’’ de tous ces acteurs du renseignement, qui œuvrent de concert, que les unités des forces spéciales peuvent obtenir du renseignement raffiné, et envisager une action.

04/09/2019 - Toute reproduction interdite


Un soldat français effectue une patrouille CIMIC (Coopération civilo-militaire) lors de l'opération Barkhane à Gossi, Mali, le 30 juillet 2019.
Benoit Tessier / Reuters
De Chems Akrouf

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