Quatre candidats à l'élection présidentielle sont exclus du débat de ce lundi soir 14 mars sur TF1 : Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, et Philippe Poutou. Soit un tiers des prétendants officiels à l'Elysée ! Une exclusion qui a fait réagir le béarnais Jean Lassalle. Lettre ouverte en guise de réponse, valable pour tous les autres candidats privés de débat.

Par Philippe David

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Cher Jean Lassalle,

Permets-moi tout d’abord de te tutoyer dans cette lettre, puisque nous nous tutoyons dans la vie de tous les jours et que nous partageons, outre notre passion pour le ballon ovale, un amour sans limite pour les montagnes pyrénéennes, toi le 100% béarnais et moi le quart bigourdan, et quelques amis communs.

Je t’ai entendu samedi, sur l’antenne de Cnews, répondre par ces mots à Jean-Pierre Elkabbach, suite à ton éviction du débat de ce soir sur TF1 : « Ils me considèrent comme un candidat de merde et inutile ! De merde, oui ! Comme s’il pouvait y avoir en France des candidats réels et des candidats de merde dont on n’a pas besoin ! ».

Un mot de Cambronne que tu as utilisé pour la seconde fois dans cette campagne, puisque le 23 février sur BFMTV, tu avais parlé de « campagne de merde » avant d’ajouter : « Cette campagne, c'est une campagne de merde. On ne dit rien, à part des insultes, des injures d'une vacuité insaisissable ». Des propos peu amènes mais qui résumaient en une formule lapidaire la « campagne », les guillemets s’imposent, que nous sommes en train de vivre ou plutôt de subir.

Oui, comme toi je suis scandalisé par ce débat qui fait l’impasse sur le tiers des candidats, mais qui respecte malheureusement les règles imposées par l’ARCOM, l’ex-CSA, dans notre pays qui n’est plus qu’une démocratie d’apparence.

Revenons tout d’abord à la genèse de l’élection présidentielle au suffrage universel voulue par le Général de Gaulle en 1962. Cette élection était faite pour être la rencontre entre un homme ou une femme et le peuple, avec comme garde-fou un nombre de 100 parrainages d’élus, chiffre passé à 500 aujourd’hui, qui a déjà éliminé pas mal de candidats potentiels. Une fois cet obstacle passé, il ne devrait donc plus y avoir de « petits » ou de « grands » candidats, mais des candidats tout court mis sur la même ligne de départ et dans les mêmes conditions de compétition.

Que nenni ! Puisqu’on nous a pondu une usine à gaz faite de « temps d’antenne » et de « temps de parole » matinés de « principe d’équité » jusqu’au 28 mars et de « principe d’égalité » à partir de cette date, vous apprécierez la nuance. Ne restait plus qu’à y instiller une grande quantité de poids politique des candidats en prenant en compte les résultats aux précédentes élections, leur nombre d’élu et… les sondages, dont on a vu la totale fiabilité lors des dernières élections régionales, puisqu’ils nous promettaient 4 ou 5 régions dans l’escarcelle de Rassemblement National qui n’en a gagné aucune.

Bref, mon cher Jean, tu as compris, pour citer Coluche qui disait que « Les Hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres », qu’il en était de même des candidats à l’élection présidentielle ; au point qu’on peut se demander si, en plus de leur prénom et de leur nom, on ne devrait pas ajouter sur le bulletin de vote : « candidat de première catégorie » pour certains, et pour d’autres, comme tu l’as dit, « candidat de merde ».

Mais non Jean, ni toi ni aucun candidat ou candidate n’est un « candidat de merde ». C’est le système politique de notre pays dans lequel on a pu s’asseoir sur le vote des Français contre le Traité Constitutionnel Européen lors du Traité de Lisbonne, ou qui fait que des partis représentant 20% des voix ne soient quasiment pas représentés au parlement, qui est un système de merde. Un système dont les Français ne peuvent mais, et qui ont trouvé pour un grand nombre d’entre eux leur manière de protester dans l’abstention.

Cher Jean, je me permets, pour conclure cette lettre, de t’embrasser, et te propose d’aller manger une garbure en buvant un verre de Madiran dans tes montagnes béarnaises ou dans mes montagnes bigourdanes après cette « campagne ».

Adichatz é pourta bé pla, Jan !*

*Au revoir et porte toi bien, Jean !

13/03/2022 - Toute reproduction interdite


Une photo combinée montre les candidats à l'élection présidentielle française de 2022 ;
© Sarah Meyssonnier/Johanna Geron/Gonzalo Fuentes/Stephane Mahe/Reuters
De Philippe David