La fonte des glaciers, le détachement d’icebergs parfois grands comme des villes de France ou la montée des eaux sont des phénomènes devenus au fil des années une difficile réalité. Alors que le dérèglement climatique est évidemment montré du doigt, certains scientifiques avancent une autre cause pour les expliquer : l’activité volcanique sous la calotte glaciaire des pôles de la Terre. Frédéric Lécuyer, docteur en sciences de la terre spécialisé en volcanologie, apporte pour Fild des éléments de réponse à cette théorie.

Entretien conduit par Alixan Lavorel

Fild : À ce jour, combien de volcans ont été détectés en Antarctique sous la calotte glacière ?

Frédéric Lécuyer : Les premières publications à ce sujet, décriées par de nombreux scientifiques, datent de 2013, et d’autres sont venues en complément en 2018. On nous parle effectivement d’une « zone à risques » avec de la chaleur qui remonte sous l’Antarctique. En juillet dernier, un nouvel article est sorti disant qu’on avait mis en évidence 90 volcans supplémentaires dans cette zone, portant leur nombre à 138 au total. Toutefois, il est très difficile de dire s’ils sont dangereux car ils sont recouverts par cinq kilomètres de glace ! Les scientifiques de ces études ont réussi, par des systèmes radars, à voir des reliefs qu’ils interprètent comme des volcans. Maintenant disons les choses, déjà en dessous de 120-130 mètres d’eau liquide, il ne peut pas y avoir d’explosion. Alors imaginez sous cinq kilomètres de glace … Le risque en volcanologie, c’est qu’une population ou des zones habitées soient touchées, ce qui est très peu probable aux pôles.

Fild : Quelles sont les conséquences de la présence de ces volcans sous la glace de l’Antarctique ?

Frédéric Lécuyer : Des études montrent que l’activité volcanique n’a pas variée depuis que la Terre s’est suffisamment refroidie pour qu’il y ait des volcans. Or, notre planète a depuis été confrontée aussi bien à des périodes glaciaires que non-glaciaires. Prenons l’exemple de l’Islande où la calotte glacière est en train de fondre. Quand il y a une éruption, comme celle d’Eyjafjallajökull en 2010, évidemment que cela va faire fondre le glacier mais juste au-dessus de cette zone. Aujourd’hui, dix ans après, le glacier est toujours là. Ce n’est pas parce qu’il y a des volcans sous l’Islande qu’il n’y a plus de calotte glaciaire. Donc la probabilité que les volcans jouent réellement un rôle dans la fonte des calottes, qu’elles soient en Islande ou en Antarctique, est infime.

Fild : Peut-on donc réellement dire que les volcans sont en partie responsables de la fonte des pôles ?

Frédéric Lécuyer : Les volcans sont là depuis 2 milliards d’années. Si c’était vraiment eux qui étaient à l’origine de la fonte des glaces aux pôles, la probabilité qu’on le découvre aujourd’hui me parait assez peu probable. On le saurait depuis longtemps, car ce serait un problème que l’on aurait ressenti sur Terre depuis des milliers d’années. Disons que cette théorie est une opinion qui n’est pour moi pas étayée. Il n’y a pas de corrélation entre la fonte des glaces des pôles et l’activité volcanique. Prenons ceci comme une nouvelle hypothèse de travail sur laquelle il faut continuer d’effectuer des recherches, mais pas comme une vérité.

Fild : Plus généralement, peut-on attribuer aux volcans une partie des causes du dérèglement climatique de la Terre ?

Frédéric Lécuyer : Le problème est lié à nous, avant tout. Le premier gaz qui s’échappe d’un volcan, c’est de l’eau. Ensuite, il y a le dioxyde de carbone. Maintenant, il faut aussi rappeler que sans les volcans nous n’aurions pas eu d’atmosphère sur Terre et nous ne serions probablement pas là pour en discuter. C’est bien joli de diaboliser le dioxyde de carbone aujourd’hui alors qu’on en a libéré des quantités phénoménales depuis un siècle, qui avait été piégé par le pétrole il y a 150 millions d’années ou par le charbon il y a 350 millions d’années. En le libérant comme nous le faisons, il y a une augmentation de sa quantité dans l’atmosphère de notre planète. Mais ça ne veut pas dire concrètement que c’est une catastrophe pour la Terre. Il y a eu des périodes dans son histoire où la concentration en CO2 dans l’atmosphère était bien plus forte, jusqu’à 12 fois plus. En revanche, c’était synonyme de fougères de 60 mètres de haut avec des troncs de sept mètres de diamètre, de libellules qui mesureraient un mètre d’envergure ou de scolopendres de trois mètres de long. C’est là qu’est la catastrophe : ce n’est évidemment pas du tout viable pour les humains. Les raisons du dérèglement climatique sont dues à l’homme, pas le réchauffement de la planète. Cela fait 18 000 à 20 000 ans que nous sommes entrés dans une phase de réchauffement naturelle de la Terre. L’Homme a juste mis le pied sur l’accélérateur.

17/08/2021 - Toute reproduction interdite


Un iceberg flotte près de l'île Two Hummock, en Antarctique, le 2 février 2020.
© Ueslei Marcelino/Reuters
De Fild Fildmedia