L’Académie nationale de médecine a lancé l’alerte sur les dangers que pouvaient représenter les tests PCR pratiqués avec une mauvaise technique. L’un de ses membres, le professeur Pierre Bonfils, spécialiste ORL à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP), rappelle les bons gestes à adopter afin d’éviter les accidents.

Entretien conduit par Alixan Lavorel.

Fild : Les tests PCR représentent-ils un danger pour le grand public ?

Pierre Bonfils : Lorsque le prélèvement nasopharyngé est effectué correctement, il n’y a aucun danger. Comme son nom l’indique, il faut prélever l’échantillon dans le nasopharynx, une structure à l’arrière du nez. Dès le mois de février, avec l’Académie, nous avions alerté sur la technique à adopter. Les biologistes la connaissent déjà bien. Le sujet doit être assis confortablement avec la tête droite, son menton parallèle au sol et le regard droit devant lui. Lorsque l’on a la tête ainsi placée, l’écouvillon va rentrer par la partie basse du nez et rester à l’horizontale, en avançant de l’avant à l’arrière. En suivant ces recommandations, on va au bon endroit et on optimise le prélèvement afin d’éviter les faux négatifs. Surtout, on évite les zones dangereuses car cette technique de prélèvement est sécurisée.

Fild : L’erreur sur la technique de prélèvement est-elle fréquente ?

Pierre Bonfils : Devant chaque pharmacie à Paris, des petites tentes sont aménagées pour les tests. J’observe ce qu’il s’y passe et très fréquemment on voit des prélèvements qui sont effectués avec une technique dangereuse. Le problème est que lorsque vous regardez la télévision ou les photos des médias, vous voyez en permanence des gens qui se font prélever avec la mauvaise technique ! Il faut absolument éviter de faire un test aux patients avec la tête en arrière, « en hyper-extension », le regard vers le ciel. En introduisant l’écouvillon, il n’est pas parallèle au sol et il monte vers le haut. Avec cette pratique, non seulement on n’est pas dans la bonne zone de prélèvement mais en plus on atteint une zone dangereuse et fragile, qui sépare le nez et l’intérieur du crâne.

Fild : Quels sont les dangers pour le patient ?

Pierre Bonfils : À cause de cette mauvaise manipulation, des médecins Américains et Canadiens ont traversé la base du crâne, entrainant une brèche au niveau de la méninge et une fuite du liquide méningé dans le nez. Ce qui peut provoquer une méningite. Ce sont des complications graves qui sont uniquement dues à une erreur dans la pratique. L’Académie a donc voulu sensibiliser l’ensemble des professionnels de santé. On ne fait pas des prélèvements pour dépister la Covid avec une technique qu’on invente soi-même ! Dans mon établissement où je suis chef de service, on a eu des patients venus avec des troubles de l’odorat après un prélèvement alors qu’ils n’avaient pas la Covid. Leurs troubles sont advenus parce que l’écouvillon était venu frotter l’organe de l’odorat. Il faut toutefois rappeler que les complications graves restent rarissimes.

Fild : Le début de la commercialisation des autotests en France est-elle problématique ?

Pierre Bonfils : Si les ventes se font n’importe comment, oui. L’Académie a lancé un nouvel avertissement à ce sujet. Nous préconisons que les autotests soient vendus uniquement en pharmacie. Le pharmacien pourrait apprendre aux gens comment faire pour que le prélèvement soit optimisé sur le plan du diagnostic et éviter d’avoir des effets secondaires délétères. S’ils sont vendus en grande surface sans explication donnée aux clients, ça peut être dangereux. Ce n’est pas anodin de mettre un écouvillon dans le nez. Avec la tête en hyper-extension, vous touchez la base du crâne au bout de cinq centimètres ! Ça va très vite !

Fild : Après un an de pandémie, y a-t-il d’autres alternatives fiables aux tests PCR ?

Pierre Bonfils : Le prélèvement nasopharyngé avec test PCR est un élément essentiel pour le diagnostic individuel et le suivi collectif de cette pandémie. C’est la méthode la plus optimale et la moins risquée que l’on ait aujourd’hui lorsque tout est pratiqué dans les règles. Le problème n’est pas tant la technique que la formation reçue par les personnels soignants. Nous sommes face à une épidémie que personne n’avait vécue depuis longtemps. Nous avons donc dû former en urgence et rapidement du personnel pour pratiquer les 72 millions de tests effectués depuis une année en France. Avec la multiplication des sites de tests et des professions concernées par ceux-ci, certains n’ont probablement pas reçu une formation adéquate.

22/04/2021 - Toute reproduction interdite


Un pharmacien montre un kit d'autotest COVID-19 dans une pharmacie de Nantes, le 13 avril 2021.
© Stephane Mahe/Reuters
De Alixan Lavorel