Pierre Loqueltas est spécialisé en économie appliquée. Selon lui,  les taux d’intérêts maintenus à la baisse et l’abondance de liquidités contribuent à paupériser une large part de notre société.
                                                                                                           Analyse.


Communément appelés le « loyer de l’argent », les taux d’intérêts permettent à l’emprunteur de payer le préteur pour le risque encouru. Chacun dans sa vie est à la fois prêteur et emprunteur. Nous prêtons lorsque nous laissons des fonds sur notre compte courant ou nos livrets d’épargne, ou même lorsque nous achetons des actions et obligations. Bien évidemment nous empruntons pour acheter de l’immobilier, faire des travaux, acheter une voiture, une télévision ou financer ses études. De nos jours, il n’existe presque plus aucun bien ou service que l’on puisse acquérir sans avoir la possibilité de recourir au crédit. Même sur les sites de ventes de biens de consommation en ligne, il est possible de pouvoir payer en plusieurs fois, souvent sans frais.

Ce « bilan comptable » de nos vies, ou nous alternons entre emprunteur et prêteur, subit depuis la grande crise financière de 2008 un véritable déséquilibre en faveur de l’emprunteur, nuisant à l’intérêt général et à notre objectif progressiste d’aller vers une société juste et harmonieuse, où la contribution sociétale de chacun est rémunérée à sa juste valeur.

Depuis les années 80 et l’ère Volcker (président de la Fed de 1979 à 1987) aux États Unis, qui s’est traduite par des taux d’intérêts élevés ayant permis de juguler l’inflation, le monde développé a connu une baisse continue des taux et une augmentation spectaculaire des moyens d’accès au crédit bon marché. La tendance s’est accélérée après 2008, alors que les politiques de relance monétaires et budgétaires des pays développés ont fait passer les taux d’intérêts de manière permanente sous le seuil de 5%. Ainsi, les défenseurs de taux d’intérêts élevés à l’époque, incarnés en Europe par le Français Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne, ont perdu face à une alliance contre nature allant d’économistes se prétendant de tendance soit-disant socialiste - notamment le français Thomas Picketty - jusqu’à de grands gérants de fonds d’investissements avides de performances (comme Édouard Carmnignac).

La baisse des taux d’intérêts va de pair avec une abondance de liquidités sur les marchés puisque les banques centrales, selon la même logique de favoriser l’accès au crédit, inondent continuellement les marchés de financements. Ce sont les fameuses mesures de « quantitative easing » qui se traduisent notamment par des rachats d’obligations souveraines, mais aussi privées - donc plus risquées - ou encore par des rachats d’actions d’entreprises. Ces mesures ont pour effet de « fixer » le prix des biens (obligations, actions mais aussi immobilier par exemple), éliminant peu à peu le risque et la volatilité des marchés, et créent une inflation de plus en plus forte sur les actifs, dont la valeur se décorrèle complètement de l’économie réelle. Dans ce système, les actifs ne peuvent que s’apprécier davantage et ne perdent pas en valeur - même lors d’événements macro-économiques majeurs - la crise du coronavirus de mars 2020 n’en est qu’un exemple frappant.

Ces politiques de taux toujours plus bas et de crédit toujours davantage bon marché sont malheureusement ce qu’il y a de plus anti-social. Les inégalités sociales se creusent sous le seuil de 5% et notre bilan prêteur-emprunteur se déséquilibre totalement en faveur de l’emprunteur qui s’enrichit aux dépends du préteur.

En effet, les personnes détenant du capital peuvent s’endetter toujours plus et toujours moins cher, grâce aux taux bas et à l’abondance de liquidités. Cela permet aux plus riches de continuellement s’enrichir, et ce sans effort, grâce à la gratuité du crédit et à l’inflation des actifs. Une personne détenant des actions qui paient un taux de dividende de 7% peut par exemple mettre ses actions en gage, obtenir une ligne de crédit contre la valeur de ces actions à un taux en euro de 0.5% voire même de 0%, et racheter avec le crédit d’autres actions générant également 7% de dividende. Ceci permet à l’investisseur de gagner un profit sans risque de 6.5% à 7%. La même logique s’applique sur tous les actifs.
En revanche, le salarié qui « prête » son savoir-faire et qui vit de son travail contre un salaire, obtient des augmentations de salaire largement inférieures à la rentabilité des actifs des marches financiers. Ainsi, s’il ne détient pas de fortune personnelle, il ne peut s’endetter sur les marchés et profiter de l’inflation des actifs. Pire que cela, il subit une véritable répression financière puisque ses placements sur ses fonds épargne ne sont quasiment plus rémunérés ( le livret A est rémunéré à 0.75% aujourd’hui).

De nombreux salariés subissent également la pression déflationniste des entreprises innovantes du secteur de la « Tech » comme Uber ou Amazon, qui bénéficient grâce aux capital-risqueurs pouvant lever des fonds très bon marché, de financements sans limites (avec des retombées limitées sur les salariés) dans l’espoir que ces « pépites » génèrent un jour des profits. Ces start-ups, qui n’auraient jamais pu naître avant 2008 dans un environnement « normal » de taux d’intérêt - car les investisseurs avaient des exigence de rentabilité plus élevées - sont des Frankenstein de l’économie qui appauvrissent ceux qui vivent de leur travail en pressurisant les salaires à la baisse. Elles ne doivent leur succès qu’aux conséquences de l’économie administrée choisie par le Politburo du monde d’aujourd’hui, avec Jerome Powell dans le rôle de Lénine. La nouvelle économie, grâce à cet « argent gratuit » engendre un véritable dumping social et salarial, vendant abondamment à pertes afin de grossir les parts de marché et un jour atteindre une situation de quasi-monopole. Cela tire les salaires à la baisse, détruit le petit commerce en baissant les marges, déshumanise les centres villes et, au final, constitue un triste terreau pour la misère, la frustration, la délinquance et le désordre social.

Il est beau de publier un best-seller de plus de 2000 pages démontrant que les inégalités n’ont eu cesse de croître au cours des dernières décennies et concluant qu’il faut taxer les riches ... alors que son auteur, Monsieur Thomas Picketty, favorise l’augmentation des inégalités en prônant des taux d’intérêts toujours plus bas. Il n’y a pas plus anti-social qu’un socialiste. Avant de taxer, laissons faire les mécanismes de marché en laissant les taux remonter vers le niveau d’équilibre ; ceci au lieu de les maintenir à des niveaux artificiellement bas.

Le communisme 3.0 est un bon résumé de la situation actuelle : l’ingérence nocive des États et des banques centrales dans les marchés financiers, créé une allocation inégalitaire des ressources, avec une poignée de « très riches » et un appauvrissement grandissant de la classe moyenne. Depuis la crise financière de 2008, les gouvernements ont une forte responsabilité dans cette paupérisation et l’augmentation des inégalités. N’ayant fait l’effort de réformer en profondeur les systèmes étatiques et de réduire les déficits budgétaires inutiles, ils ont préféré favoriser un environnement de taux bas et d’argent facile, créant l’illusion de la croissance ... hélas factice et éphémère.

Les politiques de taux bas sont la source de tous nos maux sociétaux. La paresse de la nouvelle génération bercée par l’argent facile, presque gratuit, condamnée à survivre avec un revenu minimal universel, sans avoir la chance des générations précédentes de s’accomplir dans sa vie par le sens de l’effort. Tout est dû aujourd’hui, il n’y a plus de devoirs mais que des droits. Une société de faibles, incapable de poursuivre la diffusion de nos valeurs humanistes, que les pays en développement n’admirent et ne respectent plus. Une société d’immobilisme où l’ascenseur social a disparu, faisant naître des générations lobotomisées qui ne réfléchissent plus et n’ont plus d’esprit critique. Une société de violence où la frustration - le phénomène Gilet jaune en est la parfaite illustration tout comme le mouvement « Black Lives Matter » plus récemment aux États-Unis - se matérialise par toujours plus de criminalité, le plus souvent en raison de cet accroissement des inégalités entre les milliardaires et le reste de la population. L’illusion de la possibilité pour tous de l’achat d’une voiture de luxe à crédit à taux 0, chose impensable avant 2008, est l’arbre qui cache la forêt des extrêmes inégalités.

Une société fondamentalement déséquilibrée comme celle d’aujourd’hui ne peut pas être heureuse et épanouie. La société d’aujourd’hui est schizophrène, c’est une société de Janus. Réveillez-vous ! Révoltez-vous ! Prenez votre destin et celui de vos enfants en main ! Évitons ce communisme 3.0 où la société continue, année après année, de se polariser entre 0.1% de très riches et 99.9% de très pauvres.


Pierre Loqueltas est spécialisé en économie appliquée et diplômé d’un master en banque finance et assurance d’une prestigieuse université française. Français de naissance, sa carrière professionnelle l’a amené à vivre en Angleterre, Espagne et en Chine. Très ouvert sur le monde grâce à ses voyages et expéditions aux quatre coins de la planète, et grâce à l’environnement multiculturel dans lequel il évolue quotidiennement dans sa vie privée et professionnelle, il est très engagé sur les enjeux écologiques, démographiques et sociaux-économiques du monde contemporain. Il est reconnu par ses pairs pour sa grande compréhension de l’environnement actuel et pour son analyse profonde du monde économique poste crise financière de 2008. Ses recommandations sont très recherchées par les grands investisseurs institutionnels.

11/09/2020 - Toute reproduction interdite


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De GlobalGeoNews GGN