International | 15 juillet 2018

Les progrès de la diplomatie turque en Afrique: offensives économiques et jeux d’influence

De GlobalGeoNews GGN
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100 milliards de dollars, c’est le montant du volume des échanges entre la Turquie et le continent africain qu’Erdoğan a déclaré vouloir atteindre à l’horizon 2022. Au début des années 2000, ce chiffre plafonnait à 100 millions, et il tourne aujourd’hui autour de la vingtaine de milliards : anatomie d’un envol économique.  Par Maxime Chauffour

Depuis 2008, la diplomatie turque, accompagnée de délégations d’investisseurs, multiplie les voyages en Afrique. Les récentes tournées africaines de Recep Tayyip Erdoğan (RTE) sont en fait dans la droite lignée des rapprochements opérés depuis 1998 – date du premier plan d’ouverture vers l’Afrique. Ces dernières années, la fréquence des échanges diplomatiques s’est cependant accélérée de façon notoire.

Selon le spécialiste de la Turquie Jean Marcou, les initiatives turques en Afrique relèvent tout d’abord d’un besoin, pour Ankara, de s’offrir des débouchés économiques. Miser maintenant sur l’Afrique, c’est s’offrir des parts sur un marché qui risquent de peser lourd dans les décennies qui viennent. Or, les pays d’Afrique subsaharienne sont réceptifs aux appels de la Turquie : en 2016, le consortium turc Summa et Limmak Holding a par exemple raflé le marché du nouvel aéroport de Dakar, initialement attribué à une firme saoudienne. Ce pied de nez s’est doublé d’un accord sur la gestion de l’ile soudanaise de Suakin qui agace Riyad, inquiète de voir l’influence turque progresser dans des zones qu’elle convoite.

Comment expliquer cette expansion ? Jean Marcou insiste sur la fibre anti-occidentaliste qui imprègne le discours du leader turc. Se présentant comme un pays « non aligné », la Turquie s’attire les faveurs de pays africains de plus en plus méfiants à l’égard des autorités françaises ou britanniques. Erdoğan espère s’attirer des soutiens politiques à la faveur de ce discours critique, auquel s’ajoutent des opérations de soutien humanitaire (chapeautées par l’IHH, Fondation pour l’Aide Humanitaire) et un développement du réseau d’ambassades, dont le nombre a triplé depuis 2008.

Au travers de la compagnie aérienne Turkish Airlines, étendard du développement international turc qui a décuplé le nombre de ses destinations africaines (qui représentent aujourd’hui 40% de l’ensemble des lignes), et de TIKA, l’Agence Turque de Coopération et de Développement, Erdoğan dispose de deux instruments de développement majeurs.  Le chercheur Marc Lavergne argue que la stratégie turque joue aussi des anciennes attaches que l’Empire Ottoman pouvait avoir avec certains pays africains : lors de sa dernière visite au Soudan, le Président turc a rappelé la présence d’avant-postes ottomans sur les bords de la Mer Rouge, justifiant le retour politique et économique de la Turquie – autoproclamée héritière de l’histoire de l’ancien sultanat – dans les pays d’Afrique de l’Est.

Marc Lavergne nous met cependant en garde sur la nature réelle de l’approfondissement des relations turco-africaines: l’accueil généralement positif réservé à la Turquie n’est pas tant l’expression d’un retour à des « sources historiques » que la traduction d’une convergence d’intérêts. Les pays africains, à la recherche d’investisseurs étrangers, ouvrent parallèlement leurs frontières à la Chine et aux pays du Golfe.

Les progrès de la diplomatie turque sont de plus limités par le paradoxe dans lequel s’est enfermé RTE : en profitant de ses tournées africaines pour faire fermer la centaine d’écoles du réseau Fethullah Gülen (prédicateur accusé par le pouvoir d’avoir fomenté le coup d’Etat avorté du 15 Juillet 2016), le Président turc se prive d’un instrument de soft power important, puisque ces établissements accueillent une partie de la nouvelle génération des élites locales. Un déficit que les rapprochements économiques entendent bien compenser.

 

16/07/2018 -  Toute reproduction interdite .


Un véhicule blindé de transport de troupe militaire patrouille lors de la cérémonie d'ouverture de la nouvelle ambassade de Turquie dans le district d'Abdiazizizi de Mogadiscio, capitale de la Somalie, le 3 juin 2016.
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