Société | 7 juillet 2020

Les nouveaux hérauts du souverainisme

De Emmanuel de Gestas
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Polony, Onfray, Bigot ou encore Houellebecq. Ces intellectuels sont devenus les porte-étendards du retour nécessaire à un souverainisme éclairé. Loin d’être les contestataires de la mondialisation, ils en dressent cependant les failles, et rappellent la nécessité de se réapproprier notre histoire, notre culture, notre industrie et de renouer avec nos territoires. Pour eux, c’est à ce prix que la France pourra renouer avec sa grandeur.

                                                                                        Par Emmanuel de Gestas

Ils auraient de quoi se réjouir. Exulter.

Vingt ans à crier dans le désert. Vingt longues années à jouer les Cassandre, les Jonas, les Saint Jean-Baptiste.

Vingt ans à le dire, le répéter, le marteler sur tous les tons, contre insultes, mépris, dénigrements, haussements d’épaules, sectarisme et ricanements : la souveraineté est le fondement d’une nation, et d’une nation démocratique.

Deux crises, l’une avec les Gilets Jaunes, et l’autre sanitaire, avec le virus chinois, et le mot revient dans toutes les bouches : souveraineté. Jusque dans celle du Président de la République.

« C’est pour mieux en pervertir le sens ! » s’agace Natacha Polony, directrice de Marianne, devenu l’hebdomadaire d’une gauche républicaine qui, elle, n’a renoncé ni à la nation, ni au combat social, ni à la promesse méritocratique de feue l’instruction publique, ni à la laïcité. Bref, qui n’a pas renoncé à ce qui fit autrefois l’honneur d’une gauche authentiquement nationale et populaire.

Et Natacha Polony, ancien hussard noir d’une école républicaine « gratuite, laïque, et obligatoire » dont elle a gardé tant l’impeccable diction que l’extrême concision que donne une vraie culture générale, de relever la contradiction de la vulgate macroniste entre la promesse d’une « souveraineté européenne », l’inexistence d’un peuple européen unifié par la langue et des institutions supranationales dont le rejet est désormais massif.  Car, explique-t-elle, « il n’y a pas de souveraineté sans nation, sans peuple ».

Le peuple, c’est aussi la grande affaire de Michel Onfray.

Loin du constructivisme d’un populisme désincarné, le philosophe normand exalte un populisme enraciné, vivant, palpable, presque sensuel, se rapprochant du patriotisme charnel d’un Maurice Barrès définissant un pays comme « de la terre et des morts ».

Frappé de plein fouet par la crise des Gilets Jaunes, qui fut pour lui « la révolte des gens ordinaires », Michel Onfray, écrivain prolifique, décide de passer à la vitesse supérieure en lançant une revue afin de réussir l’impossible : réunir souverainistes de gauche, de droite, et d’ailleurs.

Cette revue, baptisée Front Populaire, est destinée à « constituer un front authentiquement populaire face au front populicide d’Emmanuel Macron », de l’aveu même de son fondateur.

Pourfendant l’« Etat maastrichien », Michel Onfray, ardent promoteur du municipalisme libertaire d’inspiration girondine théorisé par Murray Bookchin, sait s’entourer d’un jacobin sourcilleux comme Jean-Pierre Chevènement, ou d’un conservateur acharné comme Philippe de Villiers, pour mieux déconstruire les tenants de ce néolibéralisme qui écrase les « gens ordinaires », selon le mot de George Orwell. Car, de la création de l’Université populaire de Caen en 2002 au lancement de Front Populaire en 2020, le philosophe a toujours su rester un esprit engagé et libre. Quitte à se faire désormais haïr par une gauche qui fut la sienne, et qui préfère la soumission à l’idéologie libérale dominante.

La malédiction des souverainistes

La soumission, ce fut un mot qui, en ce tout début d’année 2015, valut moult ennuis à Michel Houellebecq.

En effet, si le 7 janvier 2015 est désormais connu pour être le jour où deux terroristes islamistes massacraient la rédaction de Charlie Hebdo aux cris d’Allahu akbar, ce jour-là devait aussi paraitre un roman qui fera grand bruit, tant par son titre que par son contenu : Soumission.

Celui-ci raconte, sous forme de fiction donc, comment le chef d’un parti islamiste gagnait l’élection présidentielle avec le soutien de la quasi-totalité de la classe politico-médiatique face à une candidate nationaliste-populiste indentifiable à Marine le Pen. Et comment ce président et son parti, la Fraternité, islamise la France jusqu’à la transformer en république musulmane.

Michel Houellebecq pose la question, essentielle, de ce que l’intellectuel souverainiste Paul-Marie Coûteau appelle la « souveraineté intérieure », c’est-à-dire la capacité pour une nation à rester unie, politiquement, culturellement, et dans le cas de la République française, « une et indivisible ». Mais également, Michel Houellebecq, à travers ses autres ouvrages, comme Sérotonine, ou La Carte et le territoire, donne à observer les portraits d’habitants d’un pays qui ne se reconnait plus, de gens anonymisés, atomisés, n’étant même plus souverains dans leur propre vie.

Les Gilets Jaunes sont venus rappeler l’urgence de « décence commune », selon les mots du philosophe montpelliérain Jean-Claude Michéa empruntés à George Orwell. Houellebecq, à travers ses romans, rappelle, de manière parfois crue, ce que peuvent engendrer l’individualisme et la dépossession de sa vie : dépression, addiction, perversion, suicide.

Face à cela, la France et le peuple français peuvent et doivent renouer avec la grandeur, car comme le rappelait en son temps le général De Gaulle : « La France ne peut être la France sans la grandeur ».

Ce retour nécessaire à la souveraineté, c’est le pari du politologue Guillaume Bigot, militant souverainiste chevronné qui a travaillé avec Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement. Celui qui, par goût de la provocation, se qualifie volontiers de « gaulliste d’extrême-gauche », s’insurge contre « les reniements de cette bourgeoisie qui trahit trop facilement la Nation ».

« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » rappelle Bigot, en citant à nouveau l’homme du 18 juin, soulignant ainsi que l’idéal gaullien d’indépendance nationale plonge ses racines dans l’Histoire, à travers le concept d’Etat-Nation devenu universel. Voilà qui participe, pour lui, de l’universalisme français et du rayonnement de notre pays dans le monde.

Néanmoins, il déplore « une forme de malédiction des souverainistes, car, au fond, il ne devrait y avoir aucun débat sur la souveraineté nationale et populaire, car elle fonde la démocratie ». Désormais habitué de la chaine d’information CNews et des colonnes de notre site, Guillaume Bigot, peut marteler inlassablement l’essentiel : « la France n’est pas uniquement un pays avec des intérêts matériels, économique, géostratégiques ; la France est aussi et d’abord une Nation ».

Car ce qui rassemble ces mousquetaires du combat pour la souveraineté, c’est l’amour de la France, de la Nation française, de son peuple, et de sa démocratie.

Car comme aimait à le rappeler le fondateur de la Ve République : « La démocratie, c’est le pouvoir du Peuple exerçant sa souveraineté sans entraves ».

Rien de plus. Rien de moins.

 

08/07/2020 - Toute reproduction interdite


Des manifestants participent à une manifestation pour marquer le premier anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes à Nice, le 16 novembre 2019
Eric Gaillard/Reuters
De Emmanuel de Gestas

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