Jean-Marie Montali est grand reporter, écrivain, documentariste et ancien directeur exécutif du Figaro Magazine. Il vient de publier un livre remarquable et captivant sur l’Afghanistan intitulé « Les larmes de Kaboul » (éditions du Cerf, 2022). À la fois carnet de voyage et récit historique, sa lecture permet de comprendre les tragédies endurées depuis plus de quarante ans par ce pays à la situation géopolitique si particulière.

Le coup de cœur littéraire de la rédaction - Par Emmanuel Razavi

C’est l’histoire d’un livre commencé en 2001, quelques mois avant l’assassinat du commandant Massoud et les terribles attentats du World Trade Center perpétrés par Al Qaïda, dont les premiers chapitres sont restés enfouis durant plus de 20 ans au fond d’un tiroir.

Rien de vraiment surprenant quand on en ​​​connaît​​ l’auteur.​​

Jean-Marie Montali, aussi pudique que romantique, ne voulait pas sortir un énième bouquin qui se dilue au milieu de tant d’ouvrages publiés sur l’Afghanistan et Massoud après le 11 septembre 2001.

Il aurait pu, pourtant. Car s’il en est un qui était légitime à le faire, c’est bien lui.

Jean-Marie Montali aime l’Afghanistan. Il a l’âme orientale et il ne fait aucun doute qu’il a percé celle des Afghans. On le ressent à chaque phrase, à chaque page.

Il nous fait ainsi partager, à travers ce livre rare, sa passion pour ce pays dont le drame fut de se trouver au carrefour de 4 grands ensembles géographiques et politiques en perpétuelle concurrence : le sous-continent indien, le Moyen-Orient, la Chine​​ et la Russie.

Grand reporter, documentariste et écrivain, Montali connaît​​ tout du pays des cavaliers. Il raconte ainsi mieux que personne l’âme meurtrie de cette terre de combattants et de poètes jamais conquise, qu’il a traversée de long en large des années durant, arpentant ses montagnes pelées aux cimes aiguisées et ses vallées verdoyantes aux périls insoupçonnés.

Il témoigne ainsi de la réalité d’un pays devenu un véritable narco-état, soumis à des commandants et des seigneurs de guerre divisés, plus soucieux de leurs intérêts que de ceux de leur pays.

Montali ne parle pas des moudjahidines comme tous ces experts des plateaux de télévision qui ne les ont jamais approchés. Non. Avec lui, on est véritablement au cœur de l’action. Car il a vécu à leurs côtés, témoigné depuis le terrain de leur courage - ou de leur férocité - au combat. Partageant leurs récits de victoire ou de défaite, il est devenu le dépositaire de leurs histoires.

Massoud, « un héros tragique »

Montali ressuscite, au fil de quelques pages émouvantes, le commandant Massoud, « héros tragique » qui a compris, bien avant les occidentaux, que la guerre contre les talibans et le terrorisme islamiste est une guerre mondiale. Il rappelle ses mots, douloureux et prémonitoires : « Mes compatriotes et moi-même attendions que, après la victoire contre le communisme, le monde nous remercie et nous aide à soigner les blessures du Jihad (…) Mais le Pakistan a planté un couteau dans le dos de notre peuple. Les États-Unis n’ont écouté que le Pakistan, et l’Europe a adopté une attitude d’indifférence. Il faut pourtant que le monde sache que le danger des talibans n’est en aucun cas moindre que celui du communisme ».

Prémonitoire et toujours d’actualité ! Raison de plus pour se procurer cet ouvrage, qui livre un témoignage rare, aussi fascinant que captivant.

11/01/2022 - Toute reproduction interdite




"Les Larmes de Kaboul" par Jean-Marie Montali
© Editions du Cerf
De Emmanuel Razavi