Société | 25 janvier 2021

Les hommes battus, des victimes invisibles

De Fild Fildmedia
4 min

Les violences conjugales ne sont pas l’apanage d’un sexe en particulier. Pourtant, on ne parle presque jamais de celles que subissent les hommes au sein d’un couple alors qu’ils représentent près d’un tiers des victimes.
                 Par Marie Corcelle. 

« Avec les hommes battus, on touche à un tabou. Dans la mentalité occidentale, un homme doit être viril et ne doit pas se faire battre pas une femme. Vous ne pouvez pas dire que vous êtes violé par votre femme car ce n’est pas politiquement correct », explique Pascal Combe, président de l’association Stop Hommes battus.  La permanence des stéréotypes et idées reçues décrédibilisent ces victimes masculines, qui ne parviennent pas à faire entendre leur voix.  Autrement dit, l’homme ne peut être qu’un agresseur, et la femme une victime, sans inversion possible des rôles. La société tendrait ainsi à réduire le problème des victimes de violences conjugales aux seules femmes.

Des victimes fantômes          

D’après l’enquête CVS (Cadre de vie et de sécurité) de l’INSEE de 2019 , les hommes victimes de violences conjugales représentent 28% des sondés, soit près de 80 000 hommes par an. Mais ces derniers portent environ cinq fois moins plainte lorsqu’ils subissent des violences physiques, sexuelles ou morales dans le cadre conjugal. Souvent dissuadés de le faire, lorsque ces plaintes aboutissent, la plupart sont classées sans suite.

« En France, les chiffres sont sous-estimés. Dans les données de l’INSEE, on ne cite pas les hommes battus. Si vous voulez connaître ces chiffres, vous devez faire un calcul : soustraire la part que représentent les femmes dans l’ensemble des victimes de violences conjugales. Si vous ne réfléchissez pas plus que ça, et que vous lisez les données, vous vous dites que les hommes battus n’existent pas. J’appelle cela du mensonge.  Il y a une volonté parmi les intellectuels de cacher ce phénomène aussi bien de la part des femmes que des hommes », déplore Pascal Combe.           

Si les hommes battus sont trop souvent oubliés, la triste affaire de Maxime Gaget a permis de faire entendre cette cause il y a quelques années. Cet homme a été séquestré et torturé par sa compagne de l’époque pendant plus d’un an. Il témoigne : « J’ai rencontré une femme que j’appellerais ici Nadia. Très vite, elle m’a proposé d’habiter avec elle dans son studio, avec insistance, presque en me faisant du chantage. J’ai accepté, et avons commencé une vie de couple en apparence ordinaire. Elle a commencé à poser ses pions telle un joueur d’échecs. Je ne l’ai pas perçu car j’étais aveuglé par mes sentiments. Les coups ont commencé, puis ont augmenté crescendo ». Rapidement, il n’avait plus le moindre contrôle sur ses papiers d’identité, sur ses communications et ses finances. Suite à un trop grand nombre d’absences qu’il ne pouvait pas justifier, Maxime Gaget a été licencié par son entreprise.  « Je devais obéir au doigt et à l’œil, j’étais sous surveillance en permanence. Je n’avais plus accès aux sources de commodité comme l’hygiène, et mon état physique s’est rapidement dégradé.  Lorsque mon compte bancaire a été vidé, l’emprise a empiré. Ne pouvant plus m’exploiter sur un plan matériel, elle s’est mise à m’exploiter sur le plan physique.  Je suis arrivé à une situation d’esclavage domestique, avec l’apparition rapide d’actes de torture et de barbarie. J’ai été brûlé au fer rouge, j’ai dû ingérer de manière forcée des produits chimiques, j’ai subi des tentatives de mise à feu…  Dans les derniers mois qui ont suivi, elle m’a physiquement épuisé. J’en étais arrivé à ne plus savoir qui j’étais, à ne plus pouvoir me définir ».  Maxime Gaget a été sauvé par sa famille, avertie par le frère de sa compagne, et la police est venue le récupérer pour le transporter à l’hôpital. « Mes proches ne m’ont reconnu que grâce à un détail : le son de ma voix », se souvient-il.


Une large insuffisance de dispositifs

S’il existe de nombreux recours pour les femmes subissant des violences, ce n’est pas le cas pour les hommes. « Les femmes battues disposent de centre d’hébergement d’urgence. Il y en a plus de 2000. Il n’y en a aucun pour les hommes. Il y a près de 100 Centres d’Information pour les Droits des Femmes (CIDFF ), des organismes très bien organisés pour les femmes battues. Mais ils ont été créés pour les femmes et pas pour les hommes », observe Pascal Combe. D’autres exemples démontrent une réelle absence de dispositifs pour la protection des hommes battus. Il n’y a aucune représentation pour les hommes battus au sein du Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, pas de numéro national spécifique comme le 3919, ni d’aide financière de la part de l’État.


L’association Stop Hommes battus continue de lutter pour que sa cause soit reconnue comme une priorité nationale, au même titre que celle des femmes battues. Il y a quelques mois, son président a décidé de saisir toutes les structures officielles afin de dénoncer l’incurie des gouvernants sur le sujet. De son côté, Maxime Gaget a levé le voile sur le tabou de la violence au quotidien dans son livre  Ma compagne, mon bourreau.

18/11/2020 - Toute reproduction interdite



Leandro de Carvalho/Pixabay
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