Société | 31 décembre 2020

« Les Garçons de l’amour », ou l’homosexualité au pays des mollahs

De Fild Fildmedia
3 min

L’auteur et dramaturge iranien Ghazi Rabihavi, vient de publier Les Garçons de l’amour, aux éditions Serge Safran. Exilé à Londres, il évoque ce qu’est l’homosexualité sous la République islamique d’Iran.
                                            Par Marie Corcelle.

 

Les Garçons de l’amour, c’est le destin tragique de deux jeunes iraniens homosexuels pendant la chute du Shah et l’avènement de la Révolution islamique. Dans un pays où l’homosexualité est dite inexistante, elle est passible de la peine de mort, et des homosexuels sont pendus publiquement.  « J’ai écrit un livre sur l’amour entre deux hommes. Nous n’avons pas cela dans notre littérature, surtout depuis 40 ans. Les écrivains n’ont pas le droit d’écrire là-dessus », explique Ghazi Rabihavi. En tant qu’auteur, il entend écrire pour ceux dont on n’entend pas la voix.  Peu lui importe que les lecteurs le croient homosexuel, car si Ghazi Rabihavi a bien appris une chose, « c’est qu’il n’y a aucune différence dans l’amour, peu importe que ce soit envers un homme ou une femme ».  Avec une pointe d’amertume dans la voix, l’auteur ajoute qu’avant 1979, les Iraniens étaient habitués à vivre avec la question de l’homosexualité. « Nous étions proches de l’Occident, nous faisions partie du monde ». Ghazi Rabihavi livre même une anecdote : « En 1978 a eu lieu le premier mariage gay en Iran, et la femme du Shah avait envoyé ses vœux aux jeunes mariés ! ».          

« C’est un sujet qu’ils ne maîtrisent pas ni ne comprennent »  

Lorsque la Révolution éclate et installe au pouvoir des fanatiques religieux, l’homosexualité est réprimée. Le Code pénal islamique la criminalise, et prévoit la peine de mort. « C’est un sujet qu’ils ne maîtrisent pas ni ne comprennent », déplore Ghazi Rabihavi.

En 2007, l’ancien président, Mahmoud Ahmadinejad clamait : « Il n’y a pas d’homosexuels en Iran ». Le gouvernement aime à répéter que les homosexuels n’existent pas, et qu’il y a seulement des gens malades. Cette pathologie consisterait en une sexualité confuse, où ceux qui en souffrirait ne sauraient pas ce qu’ils sont réellement, à savoir des hommes ou des femmes.
Les homosexuels iraniens sont donc forcés de recourir à des changements de sexe, à coups de traitements et d’opérations, afin de pallier ce « désordre de l’identité ». « C’est tout ce qui importe pour le régime : êtes-vous un homme ou une femme ? Mais ce sont juste des homosexuels. Ils ne veulent pas être changés, mais vivre normalement. C’était un piège pour les pays occidentaux, qui voulait dire «  regardez, nous sommes libres et une démocratie, nous acceptons les personnes transgenres ». Mais qu’est-il arrivé à ces personnes qu’on a forcé à changer ? La plupart se sont suicidées ou ont eu recours à la prostitution », révèle l’écrivain.
Également dramaturge, il dénonce cette aberration dans sa pièce Mon beau garçon, en mettant en scène une mère dont le fils se voit contraint de changer de sexe à cause de son homosexualité.              

Dénoncer la pédérastie       

Dans la littérature persane, on trouve un certain nombre de références quant à l’attirance sexuelle d’hommes pour de jeunes adolescents masculins, notamment dans la poésie. Cette forme d’homosexualité, traditionnellement bien acceptée au sein de la société, rappelle celle que l’on pouvait trouver à l’époque de la Grèce et de la Rome Antique.  Mais si son livre est une histoire d’amour, Ghazi Rabihavi dénonce sans tabou viols et abus sexuels qui accompagnent cette pédérastie, dont sont victimes de nombreux jeunes garçons.
Beaucoup d’hommes avaient pour habitude de recourir à la prostitution de mineurs. « Des gitans et des prostituées venaient. Des tentes étaient dressées, et à l’intérieur de certaines se trouvaient des femmes. Mais dans d’autres, de jeunes hommes. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas homosexuels, mais recouraient à des garçons prostitués : ils allaient dans les tentes, et payaient pour cela », se rappelle-t-il. Mais en public, ces mêmes hommes étaient de respectables maris et pères de famille. L’auteur se souvient, étant enfant, de familles pauvres qui envoyaient leurs fils apprendre un métier. Les apprentis se voyaient ainsi souvent abusés sexuellement par leur patron. Il raconte : « J’habitais dans une ville portuaire. Beaucoup de jeunes garçons travaillaient sur des bateaux, en cuisine notamment.  Les hommes étaient en mer pour des mois, loin de leurs femmes. Les marins avaient l’habitude de violer les jeunes garçons ».                  


20/11/2020 - Toute reproduction interdite. 


Les garçons de l'amour par Ghazi Rabihavi. Ed. Safran
De Fild Fildmedia

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