Le discours présidentiel lors des traditionnels vœux aux Français a dépeint une France qui n’existe pas. Il a même reflété le manque de stratégie récurrent face à la crise sanitaire.

                          La chronique de Guillaume Bigot.

En ce début d'année, les Français avaient besoin de paroles valorisantes. Elles ont été prononcées par Emmanuel Macron lors de ses vœux télévisés.

Ce dernier a rendu hommage aux morts de la Covid et a cité, en exemples, une infirmière, une vieille dame, un chauffeur, un collégien, une libraire et un chef d'entreprise qui se sont illustrés pendant la crise sanitaire.

Emmanuel Macron nous a raconté une belle histoire, celle d'une France résiliente, unie et exemplaire face à la pandémie.

En réalité, cette polarisation et cette mièvrerie ont fait doublement diversion.

Cette fable a non seulement réduit tous les problèmes du pays à la crise sanitaire mais elle a permis de dissimuler son état réel.

Ce récit présidentiel n'a en effet que peu de rapports avec une nation où l'on continue à fermer des lits d'hôpitaux, où la misère explose, où la relance ne sert qu'à colmater les brèches ouvertes par le confinement, où les commissariats sont attaqués, où une miss est ensevelie sous les injures antisémites et dans laquelle un professeur a été décapité en pleine rue.

Ce pays imaginaire, qui ferait mieux que les autres pour ralentir la pandémie et peuplé de citoyens exemplaires, n'existe pas en réalité.

Sur le vaccin, la France est même la lanterne rouge des pays développés.

Normalement, lors des vœux, un président prend de la hauteur, dresse un bilan et explique sa stratégie.

La défiance des Français à l'égard des vaccins, comme le retard pris par la campagne de vaccination rendait une telle pédagogie essentielle. Elle n'a pas eu lieu.

Emmanuel Macron nous a dit qu'il ne laisserait personne « jouer avec la sûreté et les bonnes conditions de la vaccination » et qu'il ne laisserait pas une « lenteur injustifiée s'installer ». Entre les lignes, il nous a donc dit : on a bien fait de ne pas aller trop vite mais « en même temps » on va accélérer.

Le président ne veut pas laisser s'installer une lenteur injustifiée mais que l'on se rassure, au rythme où la France est partie, avec 70 personnes vaccinés par jour depuis Mauricette, un siècle ne suffirait pas à vacciner les Français.

Un déni de responsabilité

En fait, depuis le début de la crise sanitaire le même scénario en trois temps se répète.

Premier temps : les autorités françaises sont prises de cours. Elles s'engluent dans le principe de précaution poussée à l'extrême et l'incroyable dévouement de l'hôpital public est freiné par la bureaucratie. La médecine libérale, elle, est laissée de côté.

Deuxième temps : nos gouvernants refusent d'admettre la moindre erreur et revendiquent leur retard ou leur manque. S'il n'y a pas de masques, c'est parce qu'ils sont inutiles. Il n’y a pas de tests car cela ne sert à rien de se faire tester, et pas de lits de réanimation, mais il suffit de respecter les mesures sanitaires.

Troisième temps : nos gouvernants cherchent à rendre les Français responsables de leur inertie. Nous ne savons pas mettre de masque, nous ne respectons pas les gestes barrières, nous nous faisons tous tester en même temps et nous refusons de télécharger l'application Stop Covid.

Le même scénario se répète aujourd'hui à propos des vaccins.

N'ayant pas préparé la chaîne logistique vaccinale, le gouvernement explique qu'il a fait exprès de prendre son temps. Tout en étant incapable de vacciner à court terme ceux qui le souhaite, il dénonce l'obscurantisme des Français qui ne veulent pas se faire vacciner.

Le tout avant d'accélérer le processus de vaccination.

Un politique tente toujours de faire passer ses erreurs ou son incapacité à maîtriser les évènements pour un choix délibéré et assumé. Quand les événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs recommandait Clemenceau.

05/01/2021 - Toute reproduction interdite


Des agents de santé parlent avec Mauricette, après qu'elle ait reçu la première dose du vaccin Pfizer-BioNTech contre la Covid, à l'hôpital Rene-Muret de Sevran, dans la banlieue de Paris, le 27 décembre 2020.
Thomas Samson/Pool via Reuters
De Guillaume Bigot