Analyses | 16 juillet 2020

Les Français ont besoin d'un avocat

De Guillaume Bigot
3 min

Samedi 4 juillet, la gendarme Mélanie Lemée a été mortellement fauchée. Le lendemain, Philippe Monguillot, chauffeur de bus, a été massacré.  C'est dans ce contexte où le droit à la sûreté est bafoué qu'Éric Dupond Moretti et Gérald Darmanin ont pris leur fonction.

                                                                                      La chronique de Guillaume Bigot

 

Lors des obsèques de Mélanie Lemée, Gérald Darmanin a rendu hommage aux forces de l’ordre : « La République veut vous dire que votre engagement n'est pas vain. »

Pas vain ? Gérald Darmanin aura-t-il les moyens d'honorer cette promesse ?

Les policiers et les gendarmes sont écœurés de constater que les criminels qu'ils arrêtent sont rapidement remis en liberté en raison de peines très légères ou du classement sans suite par une magistrature débordée ou complaisante. 

Depuis une semaine, Darmanin affiche son soutien aux policiers et aux gendarmes, en se rendant, de jour comme de nuit, dans les casernes et dans les commissariats.

Il s'est déplacé à Bayonne pour exprimer l'indignation de la République face au meurtre de Philippe Monguillot.

Ils ont bien grandi les sauvageons que dénonçait Jean-Pierre Chevènement, leur haine aussi. Que s'est-il passé ?

La peur du gendarme a disparu. Les statistiques sont édifiantes. L'ensauvagement est en marche. 

L'élément psychologique joue un rôle décisif dans la pacification d'une société. Plus les forces de l'ordre sont respectées et moins elles ont besoin de force pour maintenir l'ordre. 

Au Japon ou en Nouvelle-Zélande, le consensus social est puissant, les mœurs sont respectées et la police est peu répressive. Plus un État est faible, moins il est respecté et plus il doit employer la force.

Les sociétés pacifiques sont des sociétés où l'autorité est indiscutée et indiscutable. 

 

La peur du gendarme a disparu par l'effet du chantage au racisme, au colonialisme, par l'effet de ce poison mortel pour la démocratie qu'est l'idéologie victimaire.

 

Dans les années 80, forcer un barrage de gendarmerie, c'était risquer de se faire tirer dessus. 

Le gendarme qui aurait tiré aurait été blanchi par la justice. Si Mélanie Lemée avait fait feu, elle aurait peut-être déclenché des émeutes urbaines, subi un lynchage médiatique, un lâchage de sa hiérarchie et essuyé les foudres des magistrats. Accessoirement, elle serait encore en vie.

Nous devrions avoir tout lieu de nous réjouir que le droit soit de mieux en mieux respecté. 

Plus les droits de l'homme sont appliqués de manière stricte et plus les violents les foulent aux pieds. 

En 1979, le commissaire Broussard posait devant les photographes à côté de la dépouille de Jacques Mesrine. Tirer sur un flic, c'était signer son arrêt de mort.  A l'époque, les magistrats défendaient l'État dont ils savaient qu'il était le rempart des faibles.

Les remises de peine étaient rares. Les peines de prison étaient lourdes. En 2020, la prison ne fait plus peur. Dans certains quartiers, on n'est pas un vrai bonhomme avant d'avoir fait du placard.

Lorsque l'État ne s'autorise plus à user de la force. Lorsque les ministres redoutent les magistrats. Lorsque le gouvernement tremble à l'idée que les juges de Bruxelles ou de Luxembourg tirent sur lui un scud de papier, il ne sert plus à rien d'armer la police. 

Darmanin doit composer avec la fin de cette peur du gendarme mais aussi avec un garde des sceaux qui veut renforcer les droits de la défense.

En démocratie et c'est bien normal, ce ne sont pas les forces de l'ordre qui décident de mettre les voyous sous les verrous mais les juges.

Le nouveau garde des sceaux considère que les magistrats font trop peu de cas des libertés. Traduction : la société aurait trop de droits, les individus pas assez. 

Dupond Moretti a été accueilli par des applaudissements à la prison de Fresnes. Pas ceux des gardiens mais ceux des taulards qui encourageaient aquitator à aller encore plus loin dans la défense des violents et des durs.

Le nouveau ministre de la Justice a déclaré vouloir séparer le siège du parquet. 

Pourtant, la violation des règles les plus sacrées du contrat social ne regarde pas seulement les victimes et ceux qui sont accusés de leur avoir fait du tort mais la société dans son ensemble. 

Si vous tuez un chauffeur de bus ou une gendarme, vous ne portez pas seulement préjudice à ces victimes et à leurs proches, c'est la nation entière que vous agressez. La société existe et a aussi le droit de demander des comptes. C'est la principale justification de la politique pénale.

« Je préfère innocenter cent coupables que de condamner un seul innocent » disait Voltaire. Une masse de nos concitoyens de toutes origines préfèrent durcir les peines de 100 Traoré pour éviter une seule Mélanie Lemée.

Qui est leur avocat ? Ad vocatus, cela signifie, étymologiquement, celui qui parle pour ceux qui n'ont pas de voix. Aujourd'hui, il y a un homme et il y a une femme qui n'ont plus de voix. Il y a surtout un peuple qui a soif de justice et de protection.

 

Guillaume Bigot, politologue, essayiste, éditorialiste sur C-News. 

@Guillaume_Bigot

 

17/07/2020 - Toute reproduction interdite


Le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti visite la prison de Fresnes Val-de-Marne, France 7 juillet 2020
Thomas Coex/Pool via Reuters
De Guillaume Bigot

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