Confinements, couvre-feu, école à la maison, fermeture des cafés et restaurants… Autant de facteurs qui nous ont contraint à nous adapter. Qu’en est-il de l’amour dans tout cela ? Comment les couples ont-ils évolué et comment les célibataires voient l’avenir dans ce huis-clos sanitaire ?

            Reportage de Sara Saidi

Avec le Coronavirus, nos relations connaissent des hauts et des bas. Les différents confinements puis dans une moindre mesure, le couvre-feu ont remis en question nos modes de vie et ce que l’on pensait provisoire s’installe dans la durée. Depuis mars 2020, les amoureux ont dû s’adapter : « Ça a clairement changé notre quotidien de couple, on était tout le temps ensemble mais ce n’était plus vraiment des moments de qualité », affirme Virginie*. Avec son mari David*, ils ont néanmoins su mettre en place de nouveaux rituels : « Cela fait dix ans que l’on se connaît et là, une fois par semaine au moins, on passe une soirée où l’on est juste tous les deux sans la télévision et nous jouons à des jeux de société par exemple avec de la musique en fond sonore… », raconte Virginie.

Jean-Claude Kaufmann, directeur de recherche au CNRS et auteur de Pas envie ce soir, Le consentement dans le couple, distingue plusieurs groupes qui ont réagi différemment au premier confinement : les couples qui ont su rebondir, ceux où, au contraire, le conflit a éclaté et enfin ceux où l’on constate un total relâchement de la part des individus. Selon le sociologue, si les critères sociaux ont eu un impact sur la manière dont ces couples ont vécu le confinement - appartement plus grand, soutien scolaire possible aux enfants - ce qui importe surtout c’est la logique conjugale et le critère psychologique qui existait déjà avant la crise sanitaire : « Dans les couples où il y avait de la confiance et un soutien mutuel des partenaires il a pu y avoir un renforcement. Le conjoint devient notre thérapeute, notre premier fan », explique-t-il. De même les couples qui n’ont pas résisté sont ceux où une tension couvait avant la crise sanitaire : « C’est le choc des cultures individuelles provoqué par le rapprochement forcé. Il y a eu des « fuites » du domicile… beaucoup de promeneurs de chien sortaient car ils ne pouvaient pas supporter l’atmosphère à la maison », constate Jean-Claude Kaufmann.

Sexualité et sites de rencontre

La crise sanitaire a également eu des conséquences sur la sexualité des Français. Les chiffres font état d’une baisse de l’activité sexuelle, surtout lors du premier confinement. « La proportion de Français n’ayant pas eu de rapport sexuel au cours du dernier mois (44%) s’avère ainsi presque deux fois plus élevée qu’à l’accoutumée (26%) », précise une enquête Ifop réalisée lors du confinement et publiée en mai 2020. Selon le docteur Najdat Yaghi, chirurgien urologue et sexologue à l’Hôpital Robert Pax à Sarreguemines, l’école à la maison et la peur de contaminer l’autre ou d’être contaminé ont eu un effet sur la libido des Français. La flexibilité du second confinement a néanmoins permis un certain retour à la normale : « Il y a eu moins de contraintes, les enfants étaient à l’école, les personnes en télétravail avaient pris l’habitude. Il y a eu moins de stress donc plus d’activité sexuelle », explique le spécialiste. Des données que confirme l’étude Ifop sur les impacts du second confinement publiée en décembre dernier. David et Virginie ont fait pour leur part de nouvelles expériences : « Nous ne sommes pas un couple de libertins, mais avant le confinement nous avions mis en place un jeu de séduction via une tierce personne. Par exemple, quand nous sortions en soirée, si je souhaitais danser avec un autre homme, je pouvais le faire sous le regard de David. Le confinement a bloqué cela. Mais un soir, nous nous sommes retrouvés dans un jeu sexuel avec, cette fois, la troisième personne en ligne. Et ça n’était pas du tout calculé. », raconte Virginie.

Pour les célibataires, la situation s’est quelque peu corsée depuis mars : « Je me suis inscrite sur Tinder lors du premier confinement parce que c’était la seule façon de rencontrer quelqu’un » se souvient Élodie. Les sites de rencontre ont en effet constaté une augmentation de leur activité : « Nous avons constaté dès la 1ère semaine du confinement une hausse d’environ 35% d’utilisateurs actifs », explique Clémentine Lalande, directrice de l’application Once. « Dimanche 29 mars, Tinder a enregistré son plus grand nombre de Swipe (glissements ndlr) quotidiens de tous les temps avec un record de plus de 3 milliards à travers le monde. », précise-t-on chez Tinder. D’ailleurs, pour faciliter le contact, de nouvelles fonctionnalités, comme le chat vidéo, ont été proposées. « La vie sociale des célibataires allait clairement pâtir et la vidéo est une solution simple, sécurisée et ludique de faire de nouvelles rencontres. Dès la première semaine, la fonctionnalité a rencontré un beau succès : plus de 5 000 dates vidéo en France avec une durée moyenne de 12 minutes, le record étant de 11h et 4 minutes » , explique Clémentine Lalande.

Un avenir incertain

On constate aussi une évolution de la vision du couple. Ainsi, selon Meetic « 23% des célibataires ont découvert avec le confinement quils désiraient dorénavant vivre une histoire sérieuse. ». Des propos que confirme Clémentine Lalande : « On note une vraie tendance à prendre les choses plus au sérieux, à vouloir passer plus de temps à découvrir les profils, discuter plus longtemps avec chaque personne. », affirme-t-elle. Certains célibataires se sont finalement désinscrits des sites de rencontre qu’ils ont jugé « trop superficiels ». « J’avais moins envie de sexe que de tendresse. Une peau contre la mienne, toucher une main…tout ça me manquait plus que le sexe. Une fois, j’ai rêvé que l’on me touchait la joue et ça m’a mis dans un état pas possible », sourit Victoire*.

Pour Jean-Claude Kaufmann, le confinement a en effet « ouvert les vannes de la construction d’un petit monde de caresses et de bienveillance (…) Pour tout le monde, on constate le besoin de se sentir enveloppé, caressé avec une présence attentive », ajoute-t-il. Selon le spécialiste, les couples se sont mis à rêver, faire des projets de vie, de déménagement … « Mais il faut que les conditions soient propices pour la réalisation de ces projets. Je suis convaincu qu’il va se passer quelque chose ces prochaines années car c’est une crise au long terme, une mutation profonde. La question est de savoir dans quel sens ces désirs secrets vont pouvoir s’appliquer ou pas », conclut le sociologue.

*Certains prénoms ont été modifiés

25/01/2021 - Toute reproduction interdite


L'application de rencontre Tinder affichée sur un téléphone portable le 1er septembre 2020.
Akhtar Soomro/Reuters
De Sara Saidi