Donald Trump a signé un texte instaurant des taxes sur l'importation d'aluminium et d'acier à hauteur de 10 et 25%. Les Etats européens, irrités par cette décision, ont annoncé dans la foulée des contremesures qui visent à pénaliser l'exportation de produits américains vers leurs frontières. Quel est le sens véritable de cette guerre commerciale ? Par Maxime Chauffour 

Au prétexte que l'Europe impose des « taxes douanières massives » sur les produits américains (qui tournent en réalité autour de 3%), le président américain, qui a déclaré l'Europe ennemi des Etats-Unis a décidé de réagir en isolant une partie de son marché intérieur du reste du monde. Cette annonce de Trump survient deux ans après la mise en échec des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique, négocié durant le second mandat Obama, qui prévoyait à l'inverse des suppressions douanières massives. Faut-il y voir un virage dans la politique économique américaine, ou n'y a-t-il là qu'un effet d'annonce sans réelles conséquences ?

La position de Trump s'explique en premier lieu par son propre calendrier. La perspective des élections parlementaires de novembre prochain aux États-Unis encourage Trump à remobiliser son électorat autour des thèmes qui l'ont fait élire. En taxant les secteurs de l'acier et de l'automobile, c'est la région du Midwest que le président espère séduire, puisque la production des matières ferreuses y est conséquente. L'impact économique de telles mesures risque toutefois d'être marginal, et même négatif pour l'industrie américaine qui verra les prix des matériaux taxés grimper. De l'autre côté de l'Atlantique, la France, qui n'exporte que 2% de son acier vers les Etats-Unis, peut se passer de ce marché. L'Allemagne sera quant à elle plus pénalisée, car son PIB repose à hauteur de 42% sur l'exportation (contre 14% pour les États-Unis).

Cet ensemble de mesures protectionnistes décidé par l'administration américaine doit aussi se comprendre comme une pièce de sa stratégie d'endiguement des intérêts européens, au centre des raisons qui ont justifié le retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien (« Joint Comprehensive Plan of Action », ou JCPoA). En bloquant l'accès au marché iranien grâce au principe d'extraterritorialité des sanctions pour quiconque utilise le dollar, les Etats-Unis privent les européens de la possibilité d'investir dans la République Islamique (un marché qui représentait 10 milliards de dollars en 2017 pour l'Europe). Estimé déloyale tant par les économistes que les juristes, ce principe est pourtant une arme efficace pour faire plier tout pays qui utilise la devise américaine. Les États-Unis disposent d'une puissance coercitive décisive, dont Trump a décidé d'utiliser tous les volets pour affaiblir ses alliés lorsque ces derniers sont aussi ses concurrents.

L'impact économique des mesures de Trump inquiète l'Union Européenne, qui redoute un ralentissement de la croissance mondiale et une hausse des prix dans les secteurs concernés. C'est en particulier la réaction chinoise qui inquiète, car le marché asiatique pourrait soit reporter ses excédents de production vers l'Europe, soit instaurer à son tour des barrières douanières. Pour l'heure, les conséquences économiques sont encore difficiles à chiffrer.

En fait, il s'agit surtout pour Trump de montrer que les États-Unis gardent le contrôle sur leur politique économique sans grand égards pour les règles établies par l'OMC, par laquelle il aurait dû passer pour faire lever les barrières douanières européennes qu'il décrit. C'est aussi l'occasion d'user des divisions politiques européennes. Trump espère engager des négociations bilatérales, justifiées par les intérêts sectoriels propres des Etats européens (l'Allemagne, notamment, exporte 25% de sa production automobile sur le sol américain).

Les conséquences du protectionnisme américain dépendront donc avant tout des réactions de ses partenaires commerciaux. Alors que l'Union européenne vient d'infliger une amende de 4,34 milliards d'euros à Google, et qu'un certain nombre de grands patrons américains mettent en garde Trump, jugeant sa stratégie risquée, rappelons qu'en 2002, les taxes sur l'importation d'acier décidées par Bush avaient couté, selon les économistes d'Oxford Economics, près de 200 000 emplois américains. Le président d'alors s'était résolu à les supprimer quinze mois avant l'échéance prévue, actant l'échec de la stratégie du repli économique !

24/07/2018 - Toute reproduction interdite


.S. President Donald Trump walks with Italy's Prime Minister Giuseppe Conte, European Commission President Jean-Claude Juncker and European Council President Donald Tusk at the G7 Summit in Charlevoix, Quebec, Canada, June 8, 2018
De GlobalGeoNews GGN