Analyses | 5 juillet 2020

Les écolos, idiots utiles de la mondialisation ?

De GlobalGeoNews GGN
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L’abstention lors du scrutin municipal a été massive, tandis qu’une vague verte a submergé certaines grandes villes. Mais quel est le véritable visage de ces écolos parvenus au pouvoir et de leurs électeurs qui prétendent améliorer notre qualité de vie au prix de bien des paradoxes ?

                                                                             La chronique de Guillaume Bigot

Revenons sur la hausse de l’abstention qui a frôlé les 60 %. Elle est d’autant plus étonnante qu’elle concerne un scrutin où le taux de participation est traditionnellement élevé. Ce fort abstentionnisme est regrettable mais il s’explique facilement.

Mentionnons l’existence d’un abstentionnisme civique, lié à la pauvreté de l’offre politique et au fait qu’en pratique, l’article 3 de la constitution qui prévoit que les partis se forment librement reste lettre morte.

Seconde explication : dans les semaines qui ont précédé le scrutin, les médias ont été saturés par les séquences Floyd-Traoré et Dijon, mais aussi par le Covid.

Pourtant, ces sujets n’étaient pas étrangers aux enjeux puisque les maires jouent un rôle en matière de sécurité sanitaire comme en matière de police.

On n’avait jamais vu une élection avec aussi peu de débat. Comme si la démocratie avait été confinée. Une autre explication de cette désaffection pour les municipales, c’est la démocratie démembrée par un calendrier électoral bousculé par le Covid.

Le premier tour s’est déroulé à presque quatre mois de distance du second, la dynamique électorale a donc été cassée.

Ajoutons un effet de démocratie concurrencée par un très beau soleil d’été. Après des semaines de confinement, beaucoup sont partis en week-end oubliant leurs obligations électorales.

Enfin, il y a eu une démocratie apeurée. Le taux de participation est généralement plus élevé chez les personnes âgée qui se sont moins déplacées, découragées par le souvenir du premier tour. Voilà pour l’abstention, mais quid de la victoire des écologistes ?

Commençons par remarquer qu’après la crise sanitaire, le fond de l’air était vert.

Le covid-19 a été interprété par certains comme une sorte de vengeance de la nature, comme un châtiment de la mondialisation.

Surtout dans les grandes villes, les habitants ont pu mesurer à quel point l’arrêt de la production, c’est-à-dire l’arrêt de la pollution avait pu améliorer la qualité de l’air. C’est dans les centres-villes que l’effet Covid a été le plus spectaculaire et c’est aussi dans les centres-villes que l’on a assisté à cette vague verte.

Regardons de plus près ce que signifie ce vote écologiste.

On interprète généralement le vote écolo comme un vote de gauche et un vote anti système. Reprenons ces deux idées pour les invalider.

Un vote antisystème ? Pas vraiment.

Le simple fait que les électeurs écologistes se soient mobilisés plus que les autres montrent qu’ils sont mieux intégrés et plus civiques.

La géographie et la sociologie de l’électorat vert confirment que ce sont des urbains ayant des revenus plutôt élevés. En clair, le vote écolo est d’abord un vote bobo.

On s’est étonné qu’une ville aussi bourgeoise que Lyon se soit donnée un nouveau maire écolo. Lyon n’a pas changé de sociologie, c’est le vote écolo qui est un marqueur d’appartenance électorale à des catégories sociales privilégiées et ayant notamment fait des études supérieures.

C’est le côté « sachant » des verts et de leurs électeurs.

L’écologie reposant sur une approche pseudo scientifique.

Pseudo car la véritable science cultive le doute tandis que les écolos avec leur prophétesse Thunberg transforment rapidement des hypothèses en dogmes religieux.

Le vote écologiste n’est donc pas du tout un vote anti système bien au contraire.

D’ailleurs, l’une des premières déclarations de Grégory Doucet, le nouveau maire de Lyon, fut faite pour rassurer les entreprises.

Il est aujourd’hui impossible de trouver une multinationale qui ne soit pas engagée à fond en faveur du respect de l’environnement et de la lutte contre le CO2. Le green est une manne marketing et commerciale.

Une entreprise comme L’Oréal qui ne supporte plus le mot blanc adore le mot vert. C’est ainsi que l’on nous explique qu’acheter du shampooing, c’est reboiser l’Amazonie.

D’ailleurs, les électeurs écolos, ces fameux bourgeois bohèmes habitent dans des grandes métropoles enrichies par les flux de la mondialisation et souvent travaillent eux-mêmes dans des entreprises mondialisées. Généralement des entreprises qui ne polluent pas ou qui polluent loin de chez nous.

Il est vrai que l’on trouve dans le discours écologiste une critique parfois radicale du capitalisme.

Les Verts tombent à bras raccourcis sur les 1 % qui captent les richesses et polluent, mais eux-mêmes ne réalisent pas qu’ils font partie des 20 % qui vivent bien et même très bien de la mondialisation.

Ces 20 % de profiteurs du régime commercial et financier sans frontières font semblant de ne pas comprendre que sans eux, sans leur complicité active, les 1 % s’écrouleraient immédiatement.

Les écologistes expriment des préoccupations sérieuses et légitimes relatives à la dégradation de l’environnement, à la pollution, aux risques sanitaires ou aux changements climatiques mais la manière dont ils envisagent de traiter ces problèmes révèle une forme d’indifférence voire d’égoïsme de classe.

Dans une première approche, le vote écolo ressemble à une revendication de consommateurs bobos qui veulent améliorer, de manière certes compréhensible, leur cadre et leur qualité de vie.

Prenons quelques exemples pour mesurer à quel point ces revendications écolos sont étrangères aux préoccupations populaires, voire leur tourne le dos.

Être en faveur de l’agriculture biologique, c’est bien. Mais les produits bio sont plus chers que les autres ! Les verts se préoccupent en fait peu du prix des produits. Le discours écologiste typique explique qu’il ne faut plus manger de la viande, mais encore faut-il avoir le choix de ne plus en manger … La gauche quinoa succède ainsi à la gauche caviar.

Le commerce durable ou le commerce équitable est typiquement un marché de niche et de riches. Les vins bio ou bio dynamiques sont en général plus chers que les autres.

Un autre cheval de bataille des écologistes : la question des transports, qui montre cette indifférence voire cet égoïsme social de l’écolo.

Être en faveur des mobilités douces, c’est-à-dire du vélo ou de la trottinette, c’est très bien lorsque l’on a la chance d’habiter à côté de son travail. Mais beaucoup de périurbains habitent à plus de 50 km de leur lieu de travail, d’où la question qui fâche les 80 km heure et d’où les réactions interdites de Macron qui s’étonne que certains refusent de considérer des offres d’emploi trop loin de chez eux.

Ils n’ont pas de bagnole ? Alors qu’ils prennent des trottinettes !

L’interdiction des centres villes aux voitures, c’est une mesure de droite, c’est une mesure d’apartheid social qui vise les smicards.

La goutte de gasoil surtaxée qui a fait déborder le vase de la colère des Gilets jaunes était d’ailleurs une mesure verte qui frappait de plein fouet les plus modestes.

Autre exemple typique, celui de la chasse.

Les bobos écolos qui confondent la vraie nature avec des pistes cyclables végétalisées ignorent, par exemple, les dégâts causés par les sangliers et la nécessité de réguler leur population comme ils ignorent que les chasseurs aiment et respectent profondément la nature et enfin, ils ignorent que la chasse est une grande conquête de la révolution française. Outre-Manche, seule l’aristocratie chasse tandis que les prolétaires défendent les animaux. Chez nous, Alain Bougrain Dubourd défend les petits oiseaux tandis que Monsieur Dupont tient à faire usage de sa carabine.

La défense des migrants est un autre sujet d’engagement antisocial, cher à l’écologie sans frontières.

Les Verts ignorent totalement la pression à la baisse que les sans papiers font peser sur les salaires.

Beaucoup d’écolos confondent la lutte pour la diversité des espèces et celle pour la diversité des cultures et leur communautarisme essentialisent les cultures humaines.

C’est Chirac qui avait dit préférer la Corrèze au Zambèze. Les bobos verts des centres urbains mondialisés où arrivent des migrants préfèrent eux le Zambèze à la Corrèze.

C’est ce que l’on appelle la loi du kilomètre émotion, qui fait que l’on est touché par ce que l’on a sous les yeux, et indifférent à ce que l’on ne voit pas.

Les bobos verts ne voient pas les travailleurs pauvres de la France périphérique mais ils voient des sans-papiers qui campent en bas de chez eux.

Les électeurs écolos sont donc un peu schizophrènes. Ils sont hostiles à la mondialisation qui pollue, à la mondialisation des containers et des avions, mais favorables à la mondialisation des migrants. Il luttent contre la globalisation économique mais ils sont pour la globalisation culturelle. Ils veulent limiter les flux de marchandises et de capitaux, en faisant semblant de ne pas comprendre que la libre circulation des personnes en est le corollaire.

Ils boivent du maté argentin et mangent des bo-bun cambodgiens, fument du haschisch marocain et se plaignent des GAFA et de la mondialisation depuis leur smartphone made in China, connectés à leur compte Instagram ou Twitter made in USA.

Je ne sais pas si les écolos sont de gauche, mais si tel est le cas, c’est davantage une gauche coriandre qu’une gauche persil.

Les Verts sont naturellement internationalistes, non car ils sont de gauche, mais parce que pour eux, la question centrale, celle de la dégradation de l’environnement est, par nature, une question planétaire qui appelle forcément des solutions planétaires.

Le vrai slogan écolos, c’est celui repris par Emmanuel Macron : Make our planet Great again ! Pour le dire autrement, les verts veulent les avantages de la mondialisation sans ses inconvénients !

On peut ainsi se demander si les écologistes Français ne sont pas les idiots utiles de la mondialisation ?

Pendant la guerre froide, les Allemands favorables à l’installation de missiles américains disaient : les pacifistes sont à l’ouest et les missiles, parlant des SS20 soviétiques installées de l’autre côté du mur, sont à l’Est !

Aujourd’hui, on serait tenté de dire que les taxes carbone et les normes environnementales contraignant la production et renchérissant nos coûts de fabrication sont en France alors la pollution est en Chine, aux États-Unis, en Inde, au Brésil et même en Allemagne qui pollue notre atmosphère avec ses horribles centrales à charbon.

Rappelons que la France ne représente que 0,8 % des émissions planétaires de CO2 et que son industrie ou plutôt ce qui nous reste est l’une des moins polluantes du monde.

Si les mesures préconisées par les verts sont mises en œuvre et si l’on prend au sérieux le raisonnement des écologistes, c’est-à-dire que le problème de la pollution est planétaire, on réalise que contraindre avec des mesures écolos la production hexagonale n’aura qu’un effet ultra marginal sur la pollution de la terre. En revanche, une législation plus contraignante ne manquera pas d’avoir un énorme impact sur notre production et sur notre productivité déjà faibles.

Si nous sommes les seuls à taxer le carbone et à imposer des normes environnementales contraignantes, nous n’allons avoir aucun effet sur la pollution mais nous allons faire le jeu des multinationales chinoises et américaines qui se frotteront les mains.

Moins produire, voire entrer en décroissance est très mauvais pour les populations les plus modestes qui cherchent de l’emploi et pour les ouvriers qui ont perdu leurs usines.

D’ailleurs, comment peut-on se prétendre de gauche et se laver les mains du sort des plus pauvres ?

La France a été frappée par une désindustrialisation massive et a raté le train de la révolution numérique, celle des biotechnologies et de l’intelligence artificielle.

Or, les Verts sont en train de transformer notre défaite en victoire, en l’habillant de vert.

Toujours pendant la guerre froide, les pacifistes avait un slogan assez brutal : mieux vaut être rouge que mort ! Aujourd’hui les nouveaux bourgeois de Lyon, de Strasbourg et de Besançon nous expliquent qu’il vaut mieux être pauvres que pollués !

Hélas, ils vont finir pollués et pauvres !

Guillaume Bigot est politologue et essayiste. Contributeur du magazine Front Populaire, il analyse et décrypte l’actualité politique et sociale pour la chaine de télévision CNEWS et GlobalGeoNews. Auteur de La Trahison des Chefs (Fayard 2013) qui dénonçait le remplacement du commandement politique par le management des gestionnaires, il prépare son huitième essai aux éditions Plon : Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirigeante française. @Guillaume_Bigot

06/07/2020 - Toute reproduction interdite


Des gens font du vélo près de la cathédrale Notre-Dame lors d'une journée chaude et ensoleillée à Paris le 25 juin 2020.
Gonzalo Fuentes/Reuters
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