La pandémie aura des conséquences très importantes sur le plan géopolitique et les relations internationales. L’analyse de Ghislain de Castelbajac.

Préambule

Le sédiment nourricier de l’action géopolitique est défini par la géographie. Elle est en quelque sorte la mère de la géopolitique, elle régit le « théâtre », le champ des intérêts et des projections.

Mais la prédictivité d’un conflit ou d’une crise est à prendre du côté des sociologues, démographes et des scientifiques. Des points de rupture dans la société, tels qu’une transition démographique achevée, une pyramide des âges vieillissante, une transhumance de fond (gentrification des villes, migrations de masse…), une structure familiale particulière (patrilocale, nucléaire, communautaire…), un système de santé défaillant, tous ces éléments liés à la structure de la société et à leur évolution permettent de poser le champ de projection, d’action des « forces profondes » constituant les groupes d’individus.

C’est alors que la géopolitique prend tout son sens social, dans la mesure où l’événement générant le fait géopolitique ne peut plus être uniquement Clausewitzien, mais bien basé sur des tendances lourdes liées à l’évolution des sociétés et à leurs capacités à se mobiliser sur des sujets ou des thèmes dont les enjeux portent les conséquences concrètes sur les populations.

En permettant de dégager du manichéisme ambiant une grille de lecture à froid, loin de la doxa officielle comme des influences extérieures, nos responsables politiques doivent aspirer à incarner ce lien entre « les relations internationales » et « la vie internationale », pour paraphraser Duroselle, qui ne serait plus seulement subie par les Français, mais éclairée lucidement et pragmatiquement par la présentation du champ des possibles et des dangers d’influence et de manipulation.

Plus que jamais, et à la lumière de la crise actuelle liée à la pandémie de SARS-2 (COVID-19), le champ géopolitique fait partie de la vie des citoyens, avec des enjeux géopolitiques avec ceux – économiques, culturels, scientifiques (climat, pandémies…) et sociétaux- qui les touchent au quotidien.

Le monde « d’après » n’existe pas encore. Existera-t-il un jour ? Les réponses seront scientifiques, mais pas seulement.

Le Politique a un grand rôle à jouer dans la reprise du destin National. Mais sa marge de manœuvre est ténue, et il n’est plus le maître des horloges.

Il lui faut donc reprendre le flambeau de l’espoir, et lutter avec force contre la naïveté ambiante et contre le syndrome de « l’idiot utile » téléguidé par des Etats, multinationales, groupes de pression, et faire confiance à la Résilience, au patriotisme et au sens civique de l’immense majorité des français.

Nous partirons donc du postulat d’une pandémie virale ne cessant véritablement qu’avec la découverte d’un vaccin au printemps 2021, et une recrudescence de l’épidémie à partir de l’automne 2020.

Nous estimons également au jour où nous écrivons ces lignes qu’une hypothétique immunisation de masse n’arrivera pas avant une année, ou alors avec une hécatombe impressionnante dans la population mondiale.

Pour autant, le théâtre géopolitique d’avant COVID-19 ne s’est pas arrêté. Les ruptures préexistantes se sont souvent exacerbées, sauf quelques exceptions :

1. Des fortes tensions en sommeil, ou en rupture

Les guerres et crises sociales et politiques de 2019 en Iran, Syrie, Yémen, Libye, Turquie, Liban, Hong-Kong, Iraq, Côte d’Ivoire, Equateur, Chili, etc. sont encore présentes, et leurs impacts sur les populations civiles pourraient être exacerbées.

Seul le conflit au Yémen, ourdi par des acteurs régionaux agissant par proxy que sont l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, contre l’Iran, semble amorcer un cessez-le-feu durable, non pas par la noblesse d’une « paix des braves », mais plutôt par manque de combattants, d’argent, et infection virale de plusieurs membres éminents des familles royales saoudiennes et de hauts dignitaires religieux iraniens.

Les autres points chauds de la planète, dont les origines et les expressions sont très diverses, verront une exacerbation du fait de la fragilisation encore plus grande des populations, par les conséquences du confinement, ou de la baisse des matières premières.

Certains régimes exsangues avant la crise du COVID-19, tels que l’Iran ou le Venezuela, sont-ils prêts à faire des concessions après la vague virale qui les touche ?

2. Le cas iranien

Le régime iranien était aux abois, touché par des sanctions de plus en plus dures, et par une réponse américaine aux dernières escarmouches en Iraq qui se solda par la mort du général Soleimaini. Les représailles du régime ayant abouties à une catastrophe aérienne due à une erreur humaine et de commandement, il est peu probable que l’Iran ait gardé sa capacité de projection à l’étranger, comme on le voit au Liban où son influence diminue progressivement par manque de moyens.[1]

C’est aujourd’hui par captation des richesses de l’Iraq et par la mise en place d’un Etat dans l’Etat par les Gardiens de la Révolution, que le régime iranien survit. Il s’agit plus d’une dictature militaire que d’une véritable théocratie.

Même si sur le plan géopolitique l’on peut apprécier la stabilité offerte par le régime actuel, la France doit rester prudente dans ses relations avec le régime iranien : kleptocrate, ultra corrompu, et divisé en son sein. Faire des affaires en Iran n’est pas d’actualité, même s’il est « injuste » de se le voir interdire par les seuls Etats-Unis.

La France doit donc proposer une solution de sortie par le haut au Peuple iranien, ce qui passera par une reconnaissance du droit à la bombe…au dernier armé :

Si l’on accepte le fait que le danger n’est pas la bombe iranienne, mais bien la prolifération qui en découlerait, la stratégie serait de proposer entre l’Arabie Saoudite et l’Iran un pacte de confiance indiquant que la France, ou l’OTAN si tant est qu’elle existât encore sous une forme active[2], soutiendrait automatiquement par un engagement de protection nucléaire le pays n’obtenant pas le seuil nucléaire parmi ces protagonistes : si l’Iran se dote de la bombe en premier, nous protégerions l’Arabie. Si c’est l’Arabie en premier, l’Iran.

Ce plan de paix par le haut permettrait de parler aux iraniens le langage de la raison, mais aussi de la fermeté, et de reconnaitre leur droit à la puissance, tout en les mettant directement en garde contre toute velléité de prolifération.

Mais la probabilité d’une chute du régime iranien de l’intérieur est de plus en plus forte : la société civile iranienne est très active, et vue la crise économique, sanitaire, puis énergétique, le régime sera forcé à des concessions, qui resteront sans doute cosmétiques et à moindre coût pour sauver la face : fin de l’obligation du port du voile pour les femmes, libération des détenus religieux (mollahs et hodjatoleslam en rupture de bans) mais sans doute pas des étudiants et opposants civils, et tentative de lutte contre la corruption. Ce dernier élément restant sans doute lettre morte tant le pays est tenu par un système crée pour et autour de la corruption.

3. Le cas ivoirien

Des élections présidentielles devaient se tenir en Côte d’Ivoire fin 2020. Il est probable que celles-ci soient repoussées à une date ultérieure. Le régime du président Alassane Ouattara est très décrié par la population locale et l’opposition qui crie au hold-up démocratique par les pratiques douteuses du pouvoir en place, et par sa volonté de placer les communautés religieuses et ethniques les unes contre les autres, en favorisant le financement d’une tradition islamique étrangère à l’ivoirité, importée des pays du Golfe arabo-persique.

Des opposants nouveaux et francophiles proposent un projet novateur pour la Côte d’Ivoire, ce pays resté majoritairement francophile et prospère malgré les difficultés renforcées actuellement par une baisse importante des cours des matières premières agricoles.

C’est le cas notamment de personnalités telles que Noël Akossi-Bendjo, ancien maire d’Abidjan, et d’autres au sein du PDCI, contre Amadou Gon Coulibaly, le candidat ouattarien soutenu par l’Elysée.

Il apparait fondamental pour la France de ne pas manquer le vent nouveau qui marque un tournant dans plusieurs pays d’Afrique francophone, dont les populations rejettent de plus en plus les dérives corruptrices et népotiques et le culte de la personnalité.

Les africains méritent mieux que des présidents par défaut ou des dauphins désignés. La France doit considérer de nouveau la Côte d’Ivoire comme une alliée indéfectible, avec un potentiel géopolitique et symbolique importants tant notre présence économique culturelle et militaire y est ancrée et tant les germes d’une transition démocratique moderne réussie servira d’exemple aux pays de la région.

4. Chine – Etats-Unis : de la guerre économique à la guerre ouverte ?

Dans la mesure ou les Etats-Unis continueraient à jouer un rôle de « gendarme » du monde, ce qui n’est plus forcément acquit, Washington serait en première ligne face à Pékin dans la volonté chinoise de vassaliser des Etats affaiblis, des régimes exsangues.

Le premier volet de guerre commerciale entre ces deux pays initiés notamment par le président Donald Trump, serait suivi par un deuxième volet, bien plus offensif, de mise en place d’un embargo partiel suite aux révélations mondiales sur l’origine réelle du virus, et surtout face à la gestion initiale de la crise par les autorités communistes de Pékin.

La Chine pourrait répliquer aux embargos et menaces américaines par des attaques cyber de plus en plus violentes et par des manœuvres ou intimidation en mer de Chine ou via ses proxys de Corée du Nord par exemple.

Une confrontation entre Pyongyang et Séoul pourrait être renforcée par un soutien de plus en plus explicite de Pékin. A Taiwan, le régime de Pékin pourrait ne plus prendre de gants pour mettre à sa botte les velléités de plus en plus pressantes des taiwanais de s’affranchir des impérities communistes.

L’Europe sera prise entre deux feux, mais les opinions publiques accepteront de moins en moins la réalité mise à jour du régime chinois mêlant corruption, pollution, coercition, et destruction d’emplois dans notre continent.

Toutefois, de nombreux médias européens seront soudoyés par Pékin à la force de frappe financière et à l’influence toujours importante, et l’influence de la Chine portera haut tant dans certains cercles médiatiques que politiques en Europe.

Un certain climat de guerre froide reviendra dans une Europe surendettée, en proie à une crise systémique portant sur ses manques de capacités à faire face rapidement et de manière coordonnée aux dangers extérieurs, manques de capacité de production industrielle, et manque de leadership.

Mais le rôle de la Chine doit être évalué dans sa capacité de nuisance, ou d’influence, selon le prisme, auprès de régimes affaiblis ou de pays en proie à la baisse importante des cours des matières premières.

Des pays actuellement en proie aux diktats du FMI tels l’Equateur[3], au bord d’un massacre social et sanitaire sans précédent, ont déjà donné des concessions portuaires stratégiques à la Chine. Celle-ci serait tentée de ne plus payer les traites de PPP en échange d’une aide lui permettant de prendre pied avec ses produits de bases Made in China, qui, même si demain la Chine devait subir un embargo commercial mondial à la suite des scandales liés à sa gestion du COVID-19, permettra à Pékin d’importer des produits de base dans des pays devenus sous sa tutelle quasi-absolue tels que l’Equateur, Djibouti, le Venezuela. Ces produits seraient transformés en ports-francs sur place par des entreprises détenues par des capitaux chinois, et pourront ainsi envahir les marchés régionaux.

De « puissance du milieu », la Chine deviendrait une puissance coloniale au sens des XIXème et XXème siècles, poussée en cela par la nouvelle réticence des occidentaux à leur laisser grands ouverts leurs marchés, par une éventuelle vague de sentiments antichinois à travers le monde suite à la pandémie, et donc par la nécessité de Pékin de se trouver des portes de sortie tant à l’export que pour son approvisionnement stratégique en matières premières.

5. Des stratégies de ruptures payantes ou cataclysmiques ?

Aux Etats-Unis, en Inde et au Brésil, trois présidents autoritaires ont pris des positions radicalement différentes dans la gestion de la crise.

Aux Etats-Unis, le président Trump s’en remettant aux Etats, fait pression pour une remise en marche rapide de l’économie. En poussant les gouverneurs à stopper les politiques de confinement dans des Etats pour le moment peu touchés, il fait le pari d’une croissance en V afin de damer le pion des européens et des asiatiques, tout en tentant d’établir des droits de douane sur les arrivées massives de pétrole saoudien.

Ces cargaisons en route vers le Texas sont comme des missiles tirés sur l’industrie pétrolière américaine qui va voir une série de faillites face au coup de poker saoudien de vouloir tuer le WTI, l’index pétrolier texan marqueur de la production américaine d’hydrocarbure.

Si le président Trump ne parviendra pas à faire remonter les prix du pétrole ex ante, il peut gêner cette stratégie en combinant stratégie de blocus avec reprise de la consommation domestique.

L’Amérique étant en campagne électorale, Trump joue sa réélection. S’il est élu, il n’est pas certain que Ryad applaudisse avec autant de vigueur qu’à sa première investiture, car la vengeance de Washington contre la maison Saoud risque d’être aux petits oignons. Peut-être que les plans néoconservateurs de William Kristol pour une séparation du royaume saoudien en trois parties sera ressortie des tiroirs ?

Le jeu brésilien du président Bolsonaro de nier l’importance de l’épidémie et de privilégier le maintien d’une vie « normale » marque une opposition totale avec la rigueur absolue observée dans l’Inde du premier ministre Modi, où les populations pauvres subissent la violence de la perte de leurs ressources, sans accès aux soins.

Même si le virus ne fera pas de gagnant mais plutôt des moins perdants que d’autres, nous ne pouvons à ce jour déterminer laquelle de ces stratégies est la moins mauvaise. Il est certain qu’elle laissera des traces pour les plus pauvres. La capacité de révolte de ces peuples, y compris au Nigéria, Kenya, etc, sera déterminée par des facteurs sociologiques, historiques et de structure démographique, comme présenté en préambule.

6. La crise systémique européenne et le rôle de la France

Dans un tel contexte, la France peine à jouer un rôle de leader en Europe car les intérêts européens sont de plus en plus divergents, avec une Allemagne relativement épargnée sur le plan budgétaire comme sanitaire, même si son industrie souffre du courant de démondialisation en cours.

Les finances catastrophiques de la France ne peuvent pas être remises sur les rails par d’autres mesures qu’artificielles : création d’euromonnaie, mesures « non-orthodoxes » quémandées à la BCE, artifices budgétaires, recours à la dette en s’arrimant artificiellement aux taux des pays du Nord de l’Europe…

L’industrie française ayant été sacrifiée depuis plus de trente ans, sa reprise, même mue par un authentique courant patriotique d’achat français, n’est pas possible sur le court terme.

Pire : l’arrêt dû au confinement et la vague de faillite du tissu de PME qui en découlera créera un effet d’hystérèse, c’est-à-dire un point-mort de reprise, à l’image de l’hystérèse bien connue des électriciens d’un thermostat mal réglé.

Cette crise systémique caractérisée par un choc d’offre et un choc de demande se combine avec un climat social chargé depuis la crise des gilets jaunes, les atermoiements budgétaires récents sur les dépenses de santé, les coupes dans les dépenses régaliennes de l’Etat, et le maintien par ailleurs de son train de vie dispendieux.

L’arme fiscale étant peu efficace si l’on en croit la courbe de Laffer dans un pays où les prélèvements obligataires sont parmi les plus élevés du monde, la marge de manœuvre de la France reste ténue sur le plan économique, si elle voulait se sortir, même progressivement, de sa dépendance aux doses de stupéfiants de Francfort.

Il semble donc qu’une phase d’adaptation sera de mise avec de douloureuses décisions budgétaires à prendre, combinée avec la mise en place d’un véritable Pacte social avec des syndicats réellement représentatifs, donc réformés, pour que l’industrie française retrousse ses manches pour créer une offre industrielle compétitive et de qualité et s’affranchir tant des facilités monétaires offertes par la BCE, que des facilités mercantiles chinoises.

Il faudrait pour cela qu’un gouvernement a très forte popularité puisse agir. En cas d’élections législatives anticipées, il semblerait qu’une coalition large, englobant le ou les partis arrivés en tête, puisse remplir une telle tâche de salut public, quitte à prendre des mesures impopulaires.

Sur le plan géopolitique, la France ne doit pas ménager ses efforts pour tenter d’arrimer la Russie à l’Europe et ainsi éviter que Moscou embrasse les propositions alléchantes d’une Chine toujours plus offensive. Mais cela passera par une refonte de l’offre européenne, tant dans l’attitude souvent russophobe de certains leaders européens, que dans des offres d’intégration intelligente en acceptant de découvrir le projet russe dans le cadre de leur Union Eurasiatique qui englobe les pays d’Asie Centrale et du Caucase.

La relation avec l’Inde pourra être renforcée, ainsi qu’avec les dragons asiatiques aux méthodes plus transparentes et démocratiques, et qui ont fait la preuve de leur efficacité dans la gestion de la crise sanitaire, mettant ainsi encore la pression sur Pékin en encerclant la Chine continentale de nos partenariats privilégiés avec ces pays.

Sans pour autant couper les ponts avec la Chine et sa population, la France devra impérativement cesser toute naïveté vis-à-vis d’un régime communiste omnipotent, menteur et manipulateur. Pour cela, elle serait inspirée de s’arrimer aux propositions américaines de montée en tension commerciale, en échange de l’annulation par Washington sur les droits de douanes et sanctions sur notre secteur aéronautique, viticole etc.

Il est pourtant un aspect primordial sur lequel la France et l’Europe entière devra urgemment réviser sa relation avec les Etats-Unis, surtout si ces derniers veulent compter les européens parmi leurs alliés dans la confrontation à venir avec Pékin : la fin du diktat étatsunien sur l’extraterritorialité des normes et du droit. Une « paix des braves » est nécessaire sur ces volets, au risque de couper également les ponts entre l’Europe et les Etats-Unis.

7. La crise du fondamentalisme religieux, crise migratoire et sociétale

Les fondamentalismes religieux ont dans leur ensemble refusé les mesures élémentaires de protection : juifs ultra-orthodoxes de New-York ou Jérusalem, mollahs à Qom en Iran. Pour ces derniers, le déni des règles de distanciation est en contradiction même avec des Hadiths islamiques très précis prônant le confinement (yamoukouthou) dans la patience : le croyant se confinant et étant patient ayant la même récompense que celle du martyr au paradis. Au passage, certaines de nos banlieues françaises rebelles au confinement ne semblent pas plus respecter la Loi de notre pays, que celle de la religion coranique…

Pour autant, le « fait religieux » ne disparaitra pas, et connaitra lui aussi un renforcement communautaire à travers le monde. Si l’épidémie devait entrainer une forte mortalité dans les pays en développement, ou si la ruine économique se renforçait, alors les fondamentalistes auraient un terreau plus grand encore pour le recrutement de leurs ouailles.

Il est possible que des mouvements fondamentalistes soient régénérés par une telle situation : Afrique subsaharienne, Asie du Sud, Proche-Orient : certains pays n’ayant pas achevé leur transition démographique et montrant une structure patrilocale nucléaire (Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite, Bangladesh, Pakistan…) seront plus réceptifs à l’islamisme politique à économie égale, que les autres (Tunisie, Algérie, Libye, Syrie).

L’Egypte montrant même des signes forts de retour à une natalité forte. Le soutien de la France au régime du maréchal el-Sissi semble indispensable malgré les défauts, pour préserver la stabilité de ce pays et un massacre de son importante minorité copte.

En Libye et en Syrie, l’islamisme n’est actif que par l’action de forces étrangères qui en financent l’action armée pour des raisons géopolitiques et par un vacuum créé directement après la chute ou tentative de chute des régimes en place. Mais ces pays ont achevé leur transition démographique et possèdent un taux d’alphabétisation et de scolarisation des femmes parmi les plus élevés du monde. Si l’impact sanitaire et économique de la pandémie actuelle devait relativement épargner ces pays alors il semblerait que leur reconstruction pourrait s’effectuer dans des conditions convenables sur le long terme, dans la mesure ou les acteurs régionaux cessaient d’y jeter de l’huile sur le feu.

En Algérie, la France doit apporter son soutien explicite au mouvement du Hirak qui ne comporte pas de danger de retour à l’islamisme, sauf si bien sûr le régime en place rouvrait les portes des prisons pour en libérer les assassins des années de plombs. En marquant sa différence vis-à-vis des puissances marquées par le maintien du statuquo (Chine), ou misant sur les islamistes (Etats-Unis durant les années 90), la France fera un pari pascalien dans un avenir que nous espérons proche, où le peuple algérien reprendra son destin en mains.

Dès la fin des confinements en Europe et en Afrique, le plus grand défi auquel les européens auront à faire dans le monde « d’après » sera l’arrivée de vagues migratoires de plus en plus massives provenant des pays touchés directement ou indirectement par la pandémie.

Seule une action concertée des européens sur ses frontières extérieures et par une action menée en amont dans les pays sources et de transit permettra de pallier une nouvelle catastrophe.

Si une assistance aux pays sources de flux migratoire n’est pas à exclure, elle devra se réaliser dans le cadre de nos intérêts, en appuyant et en récompensant des Etats ayant pris des dispositions pour maîtriser ces flux et ayant une politique d’éducation et de lutte contre la corruption réelle et pérenne.

C’est seulement sous ces conditions que la France aurait dû proposer un effacement de dettes à certains pays d’Afrique. Car certaines dettes du Sud sont bien gérées (Ghana, Bénin…) alors que des pays voisins n’ont apporté que détournement d’aides, kleptocratie, corruption et désintérêt des investissements bénéfiques à leurs populations.

Ces régimes ne doivent pas être récompensés, même si une aide humanitaire d’urgence peut être poursuivie dans un cadre multilatéral et pour contrecarrer les influences chinoises.

En France, « l’après » social est un enjeu central. Notre pays a rendez-vous avec l’Histoire et n’a plus les moyens de rater sa réindustrialisation, et donc ses mesures sociales inclusives.

Il est donc impératif que le peuple français fasse corps avec ses dirigeants, son élite. La soif de bon sens de terrain, de savoir-faire pratique (médecin, infirmier, militaire, maire rural, etc) tranche avec un certain pédantisme centre-urbain. Les français n’étant pas contre l’élite, mais n’acceptant plus les donneurs de leçons. Ils n’acceptent plus non plus les pantouflards du veau d’or : ces ingénieurs et intellectuels qui sont la crème d’une intelligence raisonnée et analytique qui fuient le champ politique, social et industriel pour s’engouffrer dans les salles de marchés de Londres et de Singapour.

Le peuple français est plus sage que son élite.[4] Il est résilient et fuit la naïveté trop présente ces dernières décennies qui mena nos gouvernants à l’ouverture sans contrepartie de nos marchés, de nos savoirs-faires, de nos capitaux, de nos frontières. Il ne demande qu’a aspirer vers une sagesse et une puissance fédératrice pour se remettre au travail et de nouveau faire Nation.

*En hommage à Jacques Bainville : « les conséquences politiques de la Paix », 1920


[1] Voir Ghislain de Castelbajac « Maktoub », janvier 2020 www.geopragma.fr

[2] Voir Ghislain de Castelbajac : « l’OTAN : 70 ans pour quoi faire ?», juin 2019 www.geopragma.fr

[3] Voir Ghislain de Castelbajac : « Le peuple : combien de divisions » 28/10/2019 geopragma.fr

[4] Ghislain de Castelbajac : « des lions menés par des ânes » : 14/04/2020 globalgeonews.com

20/04/2020 - Toute reproduction interdite.


Amirali Hajizadeh, chef de la division aérospatiale des gardiens de la révolution, le permier lancement du satellite militaire Noor en orbite à Semnan, Iran, le 22 avril 2020.
WANA/Sepah News via Reuters
De Ghislain De Castelbajac