Société | 24 juillet 2020

Les chiens dans le collimateur de LREM?

De Jéremie Demay
min

Sous prétexte de défendre le bien-être animal, Loïc Dombreval, député LREM des Alpes-Maritimes, vient de présenter les conclusions d’un rapport qui propose des mesures relatives aux chiens mordeurs, aux élevages d’animaux de compagnie et à l’identification obligatoire. Des mesures fortes qui remettent en question des décennies de pratiques cynophiles. 

                                                                                                Par Jérémie Demay

 

Interdiction du mordant sportif *, homogénéisation des méthodes d'éducation, contraintes supplémentaires sur les éleveurs, fin des salons du chiot et des ventes de chiens et chats en animalerie, réorientation de la catégorisation des chiens non plus sur la race mais sur le caractère, et surtout survalorisation du rôle des vétérinaires… Certains extraits du rapport de Loïc Dombreval agitent et inquiètent les cynophiles. Comme il n'est pas rendu public, les fantasmes sont nombreux. À tort ou à raison.

Le monde canin est complexe, blindé de contradictions, chacun défendant son pré carré.

Cependant, après six mois d'enquête et de rencontres, seule l’opinion des vétérinaires paraît prise en compte, quand aucun représentant des 40 canines territoriales (équivalent des ligue régionale, Ndlr.), ni d'aucun club de race (à part l'ancien président du Club de race des « american staffordshire terrier »), ni des clubs canins (il en existe plus de 1 450 en France), et encore moins d'utilisateurs professionnels comme les maîtres-chiens de l'armée n'ont été interrogés… Est-ce parce que Loïc Dombreval est lui-même vétérinaire ?

Exemple le plus frappant : la volonté d'interdire le mordant sportif. « C’est schizophrène de vouloir limiter les chiens agressifs et en même temps de continuer à laisser n'importe qui faire mordre son chien pour effrayer les autres… » affirme le député. Ce que beaucoup de spécialistes réfutent, puisque ces activités canalisent et équilibrent le caractère des chiens. Un chien fait tout avec sa gueule : il mange, bois, communique avec ses congénères...

Les faits semblent montrer une autre réalité. « Les labradors et les caniches sont les races de chiens qui mordent le plus » les humains, assure Stéphane Renaud, président de l'association des Amis du ring. Ces deux races n'ont d'ailleurs pas le droit de pratiquer ces disciplines.

Le mordant sportif englobe plusieurs activités comme le Ring français, l'IGP, le Campagne ou encore le Mondioring… Ces sports sont spectaculaires et génèrent beaucoup de fantasmes, malheureusement confortés par quelques brebis galeuses utilisant des méthodes musclées indignes (voir l’article sur One voice). Heureusement, parmi les plus de 7 000 licenciés en France, la grande majorité est respectueuse de son animal qui, bien souvent, est aussi un chien de famille avec les enfants sur le canapé… Si cette interdiction se concrétise, d'autres problèmes risquent de se poser. Notamment pour la sélection des chiens des administrations. Le cheptel du mordant sportif est issu d'une longue sélection génétique où les aptitudes de courage sont privilégiées. Or, les militaires, les pompiers, les forces de l'ordre puisent dans ce vivier. Comment vont-ils faire désormais ?

Précisons que le mordant sportif ne convient pas du tout aux sociétés de sécurité privées. Pour les chiens, il s’agit d’un jeu, rien à voir avec de l’agressivité… D'ailleurs un chien agressif ne peut pratiquer le mordant sportif. Mordre le costume spécial est un jeu qu'il est incapable de reproduire sur un civil... Le député a été invité, deux éditions de suite, à la cérémonie des Trophées des chiens héros,  qui met en avant les chiens des forces de l'ordre et de sauvetage. L'importance du mordant sportif dans leur sélection y est à chaque fois expliquée, détaillée, démontrée.

Autre réforme souhaitée par le député Dombreval : un chiot acheté chez un éleveur professionnel ou amateur devra passer un test de caractère chez un vétérinaire. Si ce dernier remarque un « vice rédhibitoire pour défaut de comportement », le propriétaire pourra se retourner contre l'éleveur : « Dans le mois qui suit l'acquisition du chiot et s'il a un trouble comportemental ce n'est pas le maître qui est responsable », explique-t-il. Et si l'éleveur conteste le constat du vétérinaire ? Rien n'est prévu…

Identification des chiens

Autre point, partant pourtant d'un bon sentiment : l'identification du chien. De nombreux chiens abandonnés n'ont ni tatouage ni puce électronique. Résultat, le propriétaire reste introuvable. Loïc Dombreval souhaite rendre obligatoire la puce électronique et inscrire l'identification dans un fichier national. Pas sûr que cette mesure fasse sauter de joie les chasseurs. Pour leurs meutes, souvent nombreuses, le tatouage est privilégié. Il coûte cinq fois moins cher qu'une puce, pas toujours infaillible. Elle peut en effet naviguer et même être désactivée par un simple piratage. L'avantage de cette mesure, sujette à caution, représente en fait une vraie manne financière pour les vétérinaires…

Malgré ces lacunes, les extraits du rapport offrent quelques orientations intéressantes, notamment pour lutter efficacement contre les abandons. Loïc Dombreval souhaite bannir les salons du chiot qui fleurissent un peu partout en France. Dans la même logique, il veut interdire aux animaleries la vente de chiots et de chatons. « On voit l'adorable sur photo sur internet. Le chiot dans la vitrine, comme si c'était un objet, dans les animaleries. Les foires aussi dans lesquelles on craque avec les enfants, parce qu'ils trouvent la petite boule de poils absolument géniale ».

Adopter un chien ne peut se faire sur un coup de tête ou un coup de cœur. Ainsi, un husky a besoin de beaucoup courir et se dépenser. Un malinois demande des exercices stimulant à la fois ses besoins physiques et intellectuels. Un rottweiler n'est pas un chien de randonnée, comme un chihuahua d'ailleurs… Bref, le futur acquéreur doit avoir ces connaissances minimales. En conséquence, les acquéreurs d'un premier chien pourraient subir un questionnaire. Reste à savoir qui le remplira et quel niveau réel de connaissances sera demandé.

Sur 121 préconisations, combien seront retenues ?

Personne ne le sait, même si quelques élus affirment qu'elles resteront à l'état de simple littérature parlementaire.

En attendant, si le fond est surprenant, la forme l'est tout autant. Le rapport a été rendu au ministre de l'Agriculture après une commande du Premier ministre. D'après nos informations, les propositions seraient étudiées, en partie, par le ministère de l'Environnement qui n'est pas compétent pour se prononcer sur les élevages et les activités canines… Ni le ministère de l'Agriculture ni celui de l'Environnement n'ont souhaité commenter ces extraits.

De son côté, la Société centrale canine gère le Livre des Origines Français et toutes les activités cynophiles en France, des concours sportifs aux expositions.  Seulement deux de ses salariés ou élus responsables ont été interrogés par Loïc Dombreval... Le président de la SCC, Gérard Thonnat, qui n'a pas été auditionné a répondu qu'il préfère attendre la sortie officielle du rapport.

 

* Le mordant sportif, est une pratique comparable à l'obéissance ou au pistage. Elle a été maintenue par les Clubs des races soumises au travail afin de sélectionner les meilleurs reproducteurs (une réflexion devrait s'imposer à eux à l'heure actuelle), ceux qui possèdent des qualités de courage, en aucun cas on ne devra confondre celle-ci avec celle d'un chien de défense sur civil. Cette discipline n'aime pas les chiens agressifs, mais équilibrés.

 

25/07/2020 - Toute reproduction interdite



Aomsin/Pixabay
De Jéremie Demay

À découvrir

ABONNEMENT

Offre promotionnelle

À partir de 4€/mois Profitez de l’offre de lancement.

Je m’abonne
Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter fild

Recevez l'essentiel de l'info issue du terrain directement dans votre boîte mail.

Je m'inscris
Faites un don

Soutenez fild, média de terrain, libre et indépendant.

Nos reporters prennent des risques pour vous informer. Pour nous permettre de travailler en toute indépendance,

Faire un don