Six. C’est le nombre d’aviatrices que Katell Faria a décidé de faire revivre le temps d’un livre magnifique,  Les aventurières du ciel ( Ed. Points, 2021 ). D’Adrienne Bolland à Beryl Markham en passant par Maryse Hilsz, ces héroïnes sont ainsi mises à l’honneur. Au fil des pages, l’auteur nous fait découvrir le destin extraordinaire de ces femmes libres et indépendantes qui ont marqué l’Histoire.           

Entretien conduit par Marie Corcelle

Fild : Pourquoi avoir choisi d’écrire un livre sur ces femmes pilotes ?

Katell Faria :
Ce projet m’a été proposé par les Éditions Points. Dans la collection, on avait déjà les mémoires de Roland Garros et un très bel ouvrage sur Amelia Earhart. Je crois qu’ils avaient envie de continuer sur cette lancée de portraits de grands pilotes, en mettant ces grandes aviatrices qu’on a oubliées pour la plupart sous le feu des projecteurs. Je suis quelqu’un d’assez passionné et d’intuitif, et j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour ce projet. J’ai découvert l’aviation grâce au parachutisme, et j’étais intéressée par ces femmes, mais je connaissais mal leurs histoires. Puis j’ai découvert leurs vies : celles d’Adrienne Bolland, Beryl Markham, ou Bessie Coleman…. Et je me suis dit : « ces femmes sont extraordinaires ». J’ai tout de suite compris que ça allait être un vrai plaisir d’écrire ce livre.

Fild : Comment expliquez-vous que le nom de ces femmes trouve peu d’écho aujourd’hui ?

Katell Faria : Je pense que si vous interrogez des gens dans la rue, notamment les jeunes d’aujourd’hui, je ne suis pas sûre qu’ils sachent très bien qui est Blériot ou Roland Garros. Je trouve que les précurseurs de l’aviation ont un peu disparu du paysage. On se souvient à peine de quelques grands noms, et finalement même les grands pionniers ont totalement disparu du paysage. Alors s’agissant des femmes, c’est probablement lié au fait que ce sont des femmes, et c’est injuste : elles sont tombées dans l’oubli parce que leur mémoire a été moins honorée que celle des hommes. Pourtant, elles étaient très célèbres à leur époque. Elles attiraient beaucoup les journalistes et intriguaient le public, elles étaient admirées. On pensait que ces femmes s’évanouiraient aux moindres loopings, mais loin de là ! Adrienne Bolland a traversé les Andes en passant par le couloir de la mort, qui reliait Mendoza à Santiago de Chile, et elle a été le premier pilote du monde à le faire. Plusieurs aviateurs s’étaient déjà tués en tentant cette expédition. Quand elle a atterri avec son Caudron G3, son rafiot comme elle l’appelait, une foule énorme s’est jetée sur elle pour la soulever en triomphe, et des gens essayaient d’arracher des parties de son vêtement et de ses cheveux pour les garder comme reliques ! Elle a ouvert la voie à Guillaumet, Mermoz, à tous les héros de l’aéropostale. Mais qui se souvient d’Adrienne Bolland ?

Fild : Pensez-vous que le temps des exploits héroïques est révolu ?

Katell Faria :
Des records il y en aura sans doute encore, mais jamais dans les conditions de cette époque. Maryse Bastié a battu le record du plus long vol, seule à bord, pendant près de 38 heures. 38 heures dans un avion à hélices, sans cockpit, avec le vent qui vous gifle le visage, sans pouvoir manger, sans se poser… C’était un exploit extraordinaire ! Aujourd’hui les vols sont certes plus longs, mais on a un cockpit et un pilote automatique… Dans la préface, Patrice Franceschi écrit « on mesure tout ce qui a changé autour de nous en un peu moins d’un siècle, tout ce que nous avons perdu ». Ce n’est pas pour rien que cette époque était celle de l’héroïsme de l’aviation. C’était une époque où on était valorisé pour sa prise de risque, où ce qui était réalisé l’était par des gens casse-cou, pas vraiment adeptes du principe de précaution. On avait la liberté d’accomplir de grandes choses si on le voulait. Quand j’entends dire parfois à la radio que nos footballeurs sont des héros, j’ai envie de dire non. Ce sont des champions, mais pas des héros, ils ne mettent pas leur vie en danger pour accomplir des exploits.


Fild : Votre ouvrage est d’une précision sans pareille, rempli de détails plus vrais les uns que les autres. Comment vous y-êtes-vous prise ?

Katell Faria :
J’ai commandé de très vieux livres, d’anciennes biographies de l’époque et je suis allée sur le site de la BNF, sur Gallica. Ils ont scanné des centaines de journaux du siècle dernier, et ils se lisent comme des PDF. J’ai pu retrouver des interviews de l’époque, et ainsi croiser les sources, trouver différentes versions d’un même évènement. J’ai par exemple trouvé une interview de Maryse Bastié où le journaliste la trouve en train de se faire tailler un costume par sa couturière, ce qui m’a permis d’utiliser une de ses phrases dans son livre : « Je déteste les froufrous les chichis, ce que j’aime ce sont les lignes sobres » ! C’était vraiment un travail de recherche passionnant ! Ça a été difficile de choisir entre toutes ces informations, j’avais l’impression que tout était formidable. Alors j’ai conservé les éléments les plus emblématiques de la vie de ces femmes.

30/06/2021 - Toute reproduction interdite


Katell Faria
© DR
De Fild Fildmedia