Plus qu'un simple révélateur des hérésies de la mondialisation, la pandémie a aggravé les failles et les fractures du monde d'avant.

                                                                  La chronique de Guillaume Bigot.  

Un simple battement d'ailes de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ?

La question soulevée est résolue par l'épisode du coronavirus qui a vu une chauve-souris infectée gripper la mondialisation.

Jamais l'on n'avait vu une disproportion aussi vertigineuse entre une cause infinitésimale et des conséquences aussi cataclysmiques.En frappant nos sociétés, la Covid 19 a révélé les limites de la globalisation, en révélant notamment notre extrême dépendance aux importations. La crise du Covid a servi d'effet de loupe mais elle a aussi provoqué des chocs qui ont aggravé des fractures qui préexistaient.

La première concerne les tensions entre la Chine et le reste du monde, avivées par la crise sanitaire. Sans donner totalement raison à Donald Trump qui veut demander des comptes à Pékin, la mauvaise habitude de ce pays de considérer une épidémie comme un secret d’État a probablement fait perdre à l'humanité une chance de la juguler.

La deuxième fracture aggravée par la pandémie traverse l'opinion américaine. Entre Trump et ses adversaires, la tension était déjà à son comble avant la crise. Dans le contexte de la campagne électorale présidentielle, les républicains accusent les démocrates de briser la prospérité tandis que ces derniers dénoncent l'irresponsabilité des premiers qu'ils voient comme de dangereux corona-sceptiques. Il y a ceux qui veulent protéger la croissance quoiqu'il en coûte et ceux qui veulent défendre la santé à tous prix.

Une troisième fracture oppose ceux qui défendent la bourse et ceux qui défendent la vie. Celle-ci traverse tous les pays. Partout, le virus a creusé le fossé entre gagnants et perdants de la mondialisation, entre ses promoteurs et ceux qui subissent ses effets.

Les premiers ont pu grosso modo se protéger des effets de la pandémie, par le télétravail et par le chômage partiel tandis que les seconds ont été plus exposés au virus et encore plus fragilisés économiquement qu'ils ne l'étaient avant la crise sanitaire.

La pandémie a parfois même profité à des investisseurs qui ont su spéculer habilement sur les incertitudes engendrées par la crise.

Si les secteurs du transport, du tourisme, de la restauration et du spectacle ont été touchés de plein fouet, les entreprises de la big pharma et les producteurs de masques ont vu leurs bénéfices exploser. Les PME, les entreprises individuelles et les indépendants ne vont pas tous survivre à la crise contrairement aux GAFAS et à la grande distribution qui en ont largement profité. Fermant des sites moins rentables ou diminuant leurs coûts immobiliers, certaines entreprises ont profité d'un effet d'aubaine.

La quatrième fracture aggravée par la pandémie est intergénérationnelle. La Covid 19 menace presque exclusivement les personnes âgées alors qu'elle est bégnine pour l'écrasante majorité des moins de trente ans. Dans les grands pays développés, les politiques économiques ont choisi de défendre les intérêts des retraités et des détenteurs d'épargne au détriment des jeunes actifs. Sacrifier un emploi et même l'entreprise d'un jeune pour prolonger de quelques années et même de quelques mois la vie d'un senior n'est pas moralement scandaleux. Mais globalement, les discours de culpabilisation visent principalement les plus jeunes jugés non respectueux des gestes barrières. Quant aux très âgés, ils ont la sensation d'être de plus en plus isolés du reste de la société. Certains sont même totalement coupés du monde en Ephad.

Ce n'est pas simplement le fossé entre les générations qui s'est creusé, une cinquième fracture s'est approfondie, c'est celle entre les territoires. La banlieue a été mise à l'index par le comportement supposé moins respectueux des règles sanitaires par certains de ses habitants. En entendant les habitants des métropoles se plaindre du désert médical, de leur mauvaise connexion internet voire de la fermeture des bars, les ruraux et les péri-urbains ont sans doute grincé des dents. L'essayiste Salomé Berlioux confirme : "Les urbains confinés ont vécu ce que certains vivent à la campagne 365 jours par an[1]."

Alors que la France des métropoles est concentrée sur son propre sauvetage, cette France, laissée de côté depuis des décennies, aurait raison de sentir qu'elle est la grande oubliée de cette crise. Se laver les mains du sort de ce pays invisible, abandonner à leur sort 60 % des jeunes de notre pays qui y vivent, c'est se désintéresser de l'avenir.

La sixième fracture oppose les gouvernés aux gouvernants. Cette faille existe partout. Partout, elle s'est aggravée, et ce qui était une méfiance avant la crise sanitaire est devenue une défiance. En France, cette défiance s'est transformée en colère.

[1] Salomé Berlioux, Nos Campagnes suspendues, L’Observatoire, octobre 2020.

Guillaume Bigot, est directeur d'une école de commerce, politologue et chroniqueur sur C-News. Son prochain essai, Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirgeante française, sort aux éditions Plon le 22 octobre.

14/10/2020 - Toute reproduction interdite.


Une employée prépare une commande pour Amazon à l'entrepôt de Porona à Bruay-sur-l'Escaut près de Valenciennes, le 22 avril 2020.
Pascal Rossignol/Reuters
De Guillaume Bigot

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